L’âme, la force, la vie, et la parole

L’âme

Une grande partie de la pensée occidentale est organisée autour d’une seule notion, celle de l’âme. Elle concentre l’essentiel de ces mystères, de ces beautés, et, qu’elle soit prouvée ou réfutée, les principaux sommets de sa pensée.

Le point de départ de cet univers est la définition de l’âme donnée par Aristote dans son De anima. L’âme, nous dit-il, est ce qui fait la différence entre ce qui est animé et ce qui est inanimé. Elle est la différence, on est presque tenté de dire mathématique, entre l’animal vivant, mouvant, courant et l’animal mort; figé, desséché, immobile. La soustraction entre ces deux entités, ces deux version de l’animal, est l’âme. C’est ainsi que de nombreux savants ont tenté à diverses époques de peser l’âme pour prouver son existence. Il s’agissait de retrancher le poids du corps mort de son homologue vivant, et de retrancher encore le souffle du reste supposé. On imagine facilement que ce calcul est presque impossible. Au-delà de cette recherche d’une preuve matérielle. c’est bien dans l’expérience de la mort, dans le mystère de la cessation de la vie, du puissant contraste, et de l’effet qu’il produit sur l’esprit de celui qui est confronté à la mort, que repose l’hypothèse de l’âme. Comment peut-on avoir l’instant d’avant un être plein de vie, de désir, de force, et l’instant d’après, un seul corps totalement immobile, inerte, proche de la pierre, et pourtant parfaitement identique? L’âme est ce principe du mouvement.

La définition d’Aristote, qui fait de l’âme le principe de la différence entre l’animé – ce qui a une âme – et l’inanimé – ce qui n’a pas d’âme – relie également l’homme et la divinité. Dieu est en effet pour Aristote, le premier moteur, c’est-à-dire le premier principe du mouvement, la cause efficiente première, c’est-à-dire là encore ce qui fait la différence, de qui donne le mouvement à l’animé pour en faire un animé.

Dieu et l’homme sont tous deux doués d’un principe de mouvement, et ce principe est l’âme. Est-ce la même âme? Sont-elles différentes? Communiquent-elles entre elles ? Les réponses à ces questions ont donné différentes philosophies. Le plotinisme, par exemple, pose l’existence d’une âme divine, d’une âme du monde, et d’une multitudes d’âmes uniques. Toutes ces âmes communiquent, participent les unes aux autres. De là également la question de savoir si l’âme est une substance différente de celle du corps, si chaque âme est une substance distincte, ou si finalement, seule l’âme de Dieu, ou devrait-on dire l’âme-Dieu est l’unique substance psychique.

Le mouvement, principe de la physique et de la psychologie

L’âme, est le principe, l’origine du mouvement. Elle présuppose en creux l’existence d’une matière, inerte en-elle même, à laquelle elle donne le mouvement. C’est le dualisme des substances, ou plus communément, le dualisme de l’âme et du corps, comme on peut le retrouver chez Descartes par exemple.

La physique

L’étude du mouvement se dédouble en deux grandes disciplines, la physique et la psychologie. La physique étudie aujourd’hui le mouvement de manière mathématique, mesurant force, distance, masse, résistance, etc. On s’interroge souvent sur le lien qu’il pouvait y avoir pour tous ces penseurs, entre l’étude de la nature et celle de dieu. Pourquoi Newton et Descartes étaient-ils aussi croyants? Pourquoi les philosophes furent-ils si longtemps confondus avec les physicien, de sorte que philosophie, physique et médecine n’ont longtemps formé qu’une seule et même discipline? Pourquoi finalement physique et métaphysique sont-elles ainsi liées par la tradition, au moins jusqu’à Heidegger qui soutient l’idée que ces deux disciplines se sont radicalement tournée le dos ? La réponse était sans doute tellement limpide et transparente pour ces anciens philosophes, qu’ils n’avaient même pas besoin de l’expliciter. Dieu est cause et principe du mouvement. Etudier le mouvement, c’est étudier Dieu. Plus le mouvement est pur, plus l’explication est proche du divin. Les astres, éloignées de la sphère terrestre et de ses mouvements complexes, pour ne pas dire confus, sont plus proches de la divinité. Aristote lui-même considérait les planètes comme étant des dieux. Il est fort probable qu’il en était de même pour les pythagoricien. Newton était très croyant. Un dieu parfait est montré, démontré par l’existence dans la nature d’un mouvement parfait donc il est la cause, ou mieux, avec lequel il se confond complètement. Etudier le pur mouvement des planètes, ou mieux encore, étudier une « force », comme la gravité, que l’on ne peut trouver matériellement nulle part, n’est-ce pas démontrer mathématiquement l’existence de Dieu?

La force

La force est une quantité de mouvement concentrée en un point donnée. Elle est l’une des composantes de l’étude du mouvement. Sur la base de la physique de Galilée et de Newton, nous savons que le mouvement est composé, d’une part de la puissance de l’objet qui lui est propre et vient de sa masse, c’est la force d’inertie – et d’autre part, de la force venant des autres objets autour de lui, c’est la force de la gravité. Tout ce qui est, est ainsi un composé de forces, que ce soit sa force interne, relative à son poids, et les forces externes qui agissent sur lui. Que l’on remplace « force », par « âme », et nous voyons que la description est toujours identique.

La force est le concept mathématique de la causse efficiente. Tout mouvement mathématisé l’est nécessairement par ce concept de force. C’est la structure a priori de l’étude physique du mouvement, telle qu’expiquée par Kant dans Les premiers principes métaphysiques de la nature. Quelle est l’origine de cette force? Kant ne se pose plus la question, puisqu’il réfléchit du point de vue du pouvoir de l’esprit humain, totalement dépassé par cette question. Mais Aristote n’avait pas ces limitations.

La psychologie

La psychologie, prise au sens stricte de logique (logos) ou science de l’âme (psyché), est la discipline qui s’intéresse aux corps qui ont en eux-mêmes le principe de leur mouvement. L’homme est, ou serait, à l’image de dieu, capable d’initier lui-même un mouvement, spontanément, en se déterminant librement, spontanément ou par sa propre raison. La question de la volonté, de son existence ou non existence, n’est finalement rien d’autre que celle du mouvement, c’est-à-dire de l’âme, appliquée au vivant, et singulièrement à l’homme.

La psychologie ainsi conçue est la recherche du principe du mouvement dans l’homme. Les philosophes ont rapidement été confronté à la difficulté d’assigner un seul principe de mouvement. Il y a la raison, qui calcule et projette, Elle peut soit agir pour respecter des valeurs. Mais le plus souvent, elle cherche un but, une cause finale, qui devient alors la cause déclenchant le mouvement. La raison surclasse la clause efficiente. Mais il n’y a pas que cela. Il y a toutes les causes venant pour ainsi dire du vivant, du corps, aux premiers rangs desquelles l’appétit, que ce soit de nourriture, de boisson, sommeil ou sexualité. On l’appelle instinct chez l’animal, pour marquer qu’il est sans conscience et sans calcul. Chez l’homme, on l’a souvent appelé désir, pour désigner par là qu’il échappe à la raison, qu’il est pour ainsi dire tout organique et échappe à la raison – sans pour autant être comparable à l’instinct. Nous pouvons en effet, être conscience de nos désirs. C’est d’ailleurs souvent notre drame que d’en être conscient et de ne pouvoir malgré tout pas agir dessus. Plus généralement, cet embarras sur les causes des mouvements de l’homme, comme celui sur l’organisation de nos pouvoirs intellectuels, ont donné naissance à toutes ces dénominations dont l’enchaînement resterait à faire: esprit, âme, pensée, corps, désir, excitation, conscience, instinct, etc.

Lorsque l’on nie l’existence de l’âme, ou que l’on réduit son pouvoir, on entre alors soit dans l’analyse du corps humain faite comme l’analyse de n’importe qu’elle autre corps, soit dans l’analyse d’un composé, mêlant les forces extérieures et les forces internes.

La VIE

La biologie est la discipline qui se situe entre les deux études précédentes de l’âme. Dans la physique (en limitant ici l’analyse à la physique classique) les corps sont étudiées essentiellement dans la mesure où justement, ils ne sont pas principe de leur propre mouvement. Tout leur mouvement au contraire leur vient d’ailleurs. Par eux-mêmes, ils ne sont que principe de résistance, immobilité ou inertie. C’est la loi du choc et son corollaire, la loi de l’inertie. Dans la psychologie, tout à fait à l’inverse, on tente principalement de montrer qu’un corps doué d’âme peut entièrement de mouvoir de lui-même, comme la volonté peut commander l’action de l’homme.

Aristote suit ces principes dans son De anima. Partant du moins animé par lui-même, il poursuit vers le plus animé. Il y a d’abord l’âme végétative, celle des plantes, puis l’âme animal, qui permet de se mouvoir en dehors de son lieu, de vivre sans être attachée au sol, puis l’âme intellective, celle qui échoit à l’homme et peut permettre de se mouvoir par soi-même par la pensée. On pourrait compléter cette liste en la commençant par l’âme matérielle, cet oxymore servant à désigner l’âme de ce qui ne bouge pas, mais est tout de même, la matière, dont le prototype est le minéral, la pierre. De la même manière on finira la liste par l’âme humaine, la volonté éclairée par la raison, et l’âme du monde, ou Dieu, principe ultime de tout mouvement et principe intégral de son propre mouvement.

Ce que l’on appelle, depuis Schopenhauer, le mystère de la « vie », dont on nous rebat parfois les oreille en accordant une importance insigne à ce qui n’est le plus souvent qu’un mot creux, n’est donc rien d’autre que le mystère de l’âme appliquée à la biologie. C’est ce que tente de comprendre Bergson avec sa théorie de l’élan vital. Comment le vivant végétatif animal peut-il justement « vivre » et même accéder à la vie, se conformer d’une manière qui lui permette de s’insérer dans une continuité de vivant? Malheureusement, ce qui n’est qu’une partie de la théorie de l’âme est souvent utilisée pour en désigner le tout. C’est notamment le cas des pensées religieuses, comme celle de François Xavier Bellamy, qui finissent toujours par mettre la « vie » au-dessus de la raison. Cela leur permet de mettre la religion au-dessus de la philosophie, en plongeant la question de l’âme dans celle du mystère de la vie biologique, alors qu’elle est loin de se réduire uniquement à cela. L’âme humaine n’est ni l’âme de la plante, ni l’âme de la bête. Le mystère humain n’est pas que celui de la vie, qu’il partage avec le reste de la création. Il est aussi celui du pouvoir de la pensée, dont il a l’apanage.

La parole

Pourquoi ajouter une partie concernant la parole à ces analyses portant exclusivement sur l’âme? Tout simplement parce que la parole est ce qui nous rapproche le plus de la compréhension de ce que peut être l’âme.

Il n’est pas suffisant de dire que Dieu est un premier moteur immobile, qu’il donne le mouvement sans que ce mouvement ne lui vienne de nulle part. On en connaît tous les paradoxes. En affirmant que remonter de cause en cause conduit forcément à une cause première, Aristote fait un saut. Il sort de la série pour en trouver un début. Ce saut, cette complétude la série infinie, est le passage de la physique à la métaphysique. Il est assumé par Aristote. Mais ce n’est pas forcément suffisant pour le rendre pleinement compréhensible. Comment Dieu accomplit-il se mystère?

L’une des réponses passe par l’identification de Dieu et de la Parole, du théos et du logos. Pour ne pas trop déformer la réalité des sources, il faut convenir que cette identification n’est pas totale dans la pensée de la Grèce antique. On en trouve des pistes dans la théorie du noùs, l’intelligence divine qui gouverne le monde, d’Anaxagore; puis chez Héraclite; et enfin chez Platon. Mais si l’on juge l’esprit et non la lettre, il est clair que pour les grecs, le logos, la parole rationnelle organisée, permet de comprendre le monde, et jusqu’à un certain point, de le maîtriser. Même les sophistes en conviennent.

La tradition juive est bien plus puissante. Dieu est logos, selon la traduction grecque, Verbe, selon la traduction française. C’est par la Parole que dit crée le monde et l’univers. Dieu « dit » et le monde fût. La parole est en effet pour l’homme ce qui peut dire ce qui est, et même ce qui n’est pas, le futur, le passé, le présent, l’imaginaire. La parole créatrice de Dieu est soulignée par l’usage du terme Verbe, de cette catégorie grammaticale qui désigne toujours l’action, et ici, la création.

Le logos, comme parole, et ou discours rationnel, dépasse la seule Parole créatrice. Il faut faire fit de la distinction entre muthos et logos, qui en partie artificielle. Le muthos, le mythe, ou la fable, l’histoire, est toujours un récit articulé, un logos. Tout ce qui touche à notre esprit est logos. La conscience est logos. Ainsi, le logos ne s’arrête pas non plus au langage. Il englobe tous les systèmes de signes, langues, mathématiques, et toute forme de code du même type, qu’il soit visuel, c’est alors le glyphe, le signe écrit, auditif, le son, ou les deux. Dieu crée par la parole, et c’est par la parole que nous-mêmes sommes créateur. Il y a dans l’Ancien testament et dans l’Antiquité, de nombreuses définition de l’âme. L’âme est le souffle, pneuma en grec, car celui qui meurt rend son « dernier souffle ». L’âme est aussi parfois le sang. Là-encore, celui qui a perdu tout son sang meurt. Mais la définition la plus importante reste celle de l’âme logos, qui rend compte non seulement du mouvement, mais aussi de la création.

La parole a un potentiel créateur. Des sophistes au démagogues, des magiciens aux sorcières, des coaches aux psy… La parole est ce qui transforme un seul signe, une trace sur le papier, un son dans l’air, en une réalité psychique pour l’homme. Elle permet aussi de décrire le monde, quand elle se fait parole mathématique, raisonnement, démonstration. Le langage, au sens large, est notre accès à la divinité et à la création

Annexe

l’expérience de la mort

L’expérience décisive qui nous entraîne sur le chemin de la question de l’âme est celle de la mort. Comment ce cheval, si beau, à la robe brillante de vitalité, aux courbes parfaites pour son usage, comment peut-il presque d’un seul coup, devenir ce corps pesant, à l’oeil vitreux, à la peau sèche? La puissance du mouvement qui se lisaient à travers ses muscles a fait place à la raide des os et des muscles tétanisés dans leur dernier effort. Il ne reste qu’une masse inerte, un rocher infiniment sculpté mais aussi immobile que n’importe qu’elle autre pierre. La couleur s’échappe pour laisser place à une forme de blanc jaunâtre, justement nommé cadavérique. La naissance ne pose pas la question avec tant d’acuité. Le nouveau né arrive avec son âme, son mouvement. Il n’est que vie et promesse de vie, ce pourquoi il est justement célébré. Seule la mort sépare ainsi le corps et son ancien mouvement.

Le souvenir de nos anciens amis et parents ne nous quitte pas. Il nous habite littéralement. Pour les anciens, qui pensaient la conscience divine et communiquant directement avec les dieux, le souvenir des anciens était presque une preuve suffisante de leur non disparition. Il reste bien quelque chose en conscience, souvenir, habitude, pour le meilleur de la chaleur familiale, et parfois aussi pour le pire des mauvais comportement. La mort, incompréhensible, brutale, asymétrique dans cette manière de laisser le corps inerte, commençant un lent parcours de décomposition, plutôt que de tout faire disparaître d’un seul coup, nous assaille, nous force à nous poser la question de la vie.

Le poids de l’âme

Sur le poids de l’âme, le chiffre de 21 grammes a été rendu populaire par Dans Brown.

Le calcul intégral

La question centrale du calcul intégral est la suivante: comment trouver le résultat d’une suite de calcul infini?

Cette formidable question mathématique a agité toute la modernité, de Pascal à Laplace. On ne compte plus tous les génies ayant fait avancer cette question: Newton, Leibniz, Euler, etc.

Sous cette question mathématique, nous voyons clairement la question philosophique ressurgir. Comment suivre une suite de cause et d’effet? Comment les synthétiser dans la même formule pour en connaître tous les moments et toutes les conclusions? Le problème est exactement du même type, et il n’est pas faux, bien au contraire, d’affirmer que Newton, Leibniz ou Euler cherchaient Dieu à travers leurs calculs.

Que la force soit avec toi – la magie & la force

Les jedis maitrisent la « force ». Ils maîtrisent le pouvoir physique de déplacement des objets. Ils ont aussi la capacité à convaincre les esprits faibles par leurs simples paroles. Ils défient la gravité dans leur saut et peuvent se déplacer très rapidement. Ils voient par delà le temps, le passé, le futur.

Leur pouvoir magique se rapproche d’un pouvoir divin. La magie est rendue possible par une astuce qui permet de faire le lien entre la volonté, l’esprit du Jedi, et la réalité extérieure. Le Jedi n’a pas besoin de son corps pour mouvoir le monde. Il lui parle comme l’Esprit lui parle. Le pouvoir de la volonté et le pouvoir mécanique des corps sont dans, sa personne, réconciliés, unifiés pour ne faire qu’un. Une seule force.

Il en est de même dans The WitcherLe sorcelleur, dont le héros Géralt est calquée sur les jedis. Il peut comme eux convaincre à distance, projeter une force télé kinésique. Il ne peut pas cependant attirer les objets à lui ou les projeter à distance.

L’enchanteur Ophir décrit son art, la fabrication des glyphes, mots de pouvoir

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