Olivier Duhamel, Science-Po, et les autres: y-a-t-il quelque chose de pourri au royaume de l’amour ?

Hamlet, au début de la pièce de Shakespeare, constate qu’ « il y a quelque chose de pourri au royaume de Danemark ». Et de fait, un spectre hante le palais. Un fantôme qui ne parvient pas à rejoindre l’autre monde terrorise ces anciens bourreaux. Il semble bien qu’il y ait aussi aujourd’hui quelque chose de pourri au royaume de France.

Something is rotten in the State of Denmark – Hamlet Acte 1- Scène 4

Science-Po Paris, la décadence

La chute de Science-Po vient de loin. Tout à commencé il y a 20 ans, peu après l’an 2000. A cette époque, la révolte gronde. Mais pas celle que l’on pourrait croire. Ce sont les professeurs qui se révoltent… contre leurs élèves! Ils commencent alors à peser sur le concours d’entrée et ouvrent la voie à une modification de la sélection. Dans leur collimateur: les élèves de khâgnes, sur-représentés rue Saint Guillaume. Pourquoi tant de haine? La raison en est aussi triste que simple. Les khâgneux ont une véritable formation intellectuelle. En philosophie notamment. Ils ne s’en laissent pas raconter et peuvent citer Rousseau, Hobbes, Spinoza ou Aristote, en vrai, dans le texte, et pas seulement version people ou salon. Ils savent faire des plans en 3 parties et 3 sous-partie, et pas en deux parties. Quel professeur de Science politique pourrait supporter cela? La science politique n’est en effet quasiment rien comparée à la philosophie politique. Comparer Aritote et Bourdieu? La bonne blague…Les professeurs ne supportent plus ces contradictions et ces élèves mieux formés, plus cultivés, plus exigeants intellectuellement qu’eux-mêmes. Quel est leur réflexe ? Se mettre à la page ? Changer leur approche ? Non bien sûr. Nous sommes en France, ce pays que Descartes a quitté pour conserver sa liberté d’expression. Il est beaucoup plus simple pour ces sophistes d’ empêcher ces étudiants d’entrer à l’école.

On connaît la suite, dramatique. Richard Descoing, le directeur fossoyeur, entonne le chant du signe. Les élèves sont trop forts pour les professeurs? Qu’à cela ne tienne, on baissera le niveau tout en se cachant derrière un masque d’égalité sociale. Ce sera la voie ouverte aux élèves des quartiers défavorisés. De manière complètement paradoxale, et sans doute pour faire plaisir aux riches de droite, l’anglais devient l’épreuve la plus importante, alors que cette langue est rigoureusement inutile à la compréhension de la politique… Le vers est dans le fruit. Personne ne fait rien. Et bientôt, c’est la Culture générale qui disparaît du concours.

On ne saurait trop insister sur les conséquences dramatiques de cette décision. Cette épreuve, unique en son genre, avait construit à elle-seule la réputation de l’école. Elle garantissait l’ouverture d’esprit des étudiants. Mais plus important encore, cette épreuve irriguait dans toute la société. Elle n’était pas travaillée que par ceux réussissant le concours, mais aussi par tous ceux le présentant. Elle plaçait la culture générale à un rang particulier dans la société française, un rang qui correspondait parfaitement avec une certaine idée de la République et de la méritocratie. Tout ceci a été rayé d’un trait de plume.

Les affaires Olivier Duhamel, Richard Descoing, dominic Strauss-Kahn

L’affaire Olivier Duhamel nous plonge dans un abîme de perplexité (https://www.lepoint.fr/societe/la-familia-grande-les-coulisses-de-l-inceste-06-01-2021-2408516_23.php). Le savoir n’a décidément pas grand chose à voir avec la vertu. En tout cas, pas ce savoir-là. Le pouvoir, aussi minime soit-il semble corrompre irrémédiablement. M Duhamel, l’un des principaux professeurs de l’IEP de Paris, gourou de la science politique, aurait abusé de son beau-fils alors que celui-ci était adolescent. Pire, non pas en ce qui concerne les faits, mais la société en générale, les soupçons étaient largement connus, répandus par les parents de cet enfant. Sans rentrer dans tous les détails, nous avons une mère morte mystérieusement, un père biologique, ancien ministre, qui n’a pas réussi à protéger son fils, un directeur de Science-Po, le nouveau, qui était au courant des allégations et n’a rien fait… Mon dieu que l’ambiance est lourde…

On aimerait croire à un fait isolé. Mais l’onde de choc met en avant un chiffre hallucinant concernant l’inceste. 10% des français en auraient été victime! 6,7m de personnes. Tous les autres scandales sexuels, prêtres pédophiles, violence faites aux femmes (et aux hommes), ne semblent plus rien face à ce tsunami. Avant d’y revenir, on s’interroge sur Science-Po. Un doute soudain nous assaille, et le besoin de vérifier. Le précédent directeur de l’IEP est mort en sortant de boîte de nuit. Homosexuel revendiqué, amant de Peppy (ancien Président de la SNCF), mais surtout cocaïnomane (https://www.lejdd.fr/Politique/Les-derniers-secrets-de-Richard-Descoings-727360), couvert par le tout Paris, et notamment par le lobby gay, alors qu’il était totalement en roue-libre, on l’a défendu pour qu’il continue de réformer – saboter – l’institution. DSK enfin, ancien professeur, lui aussi pris dans un scandale sexuel, partie fine, impliquant un certain Dodo la saumure, ce qui aurait pu faire rire, mais qui est allé jusqu’aux accusations de viol qui ont brisés sa carrière.

L’IEP, triste reflet des mœurs sexuelles rien moins que dépravées des français. Cette école, supposée un phare, supposée former les prochains ministres et hauts dirigeants, qu’elle est-elle? Que dit-elle d’un mal français apparemment incrusté partout dans la société?

Le mal d’amour

Depuis des années, nous lisons avec circonspection toutes les critiques, souvent de droite, dénonçant la dépravation sexuelle de la gauche soixante-huitarde. N’étant pas de cette génération, mais plutôt de la génération sida, nous n’y avons pas vraiment prêté attention. Tout cela ressemblait trop à une campagne de diffamation.

Malheureusement, nous sommes désormais enclin à nous questionner. Y aurait-il un fond de vérité dans ces accusations? Par-delà les quelques lignes de Cohen Bendit où il explique avoir été touché par des enfants, moins isolé que la folie d’un Matzneff qui est allé jusqu’à défendre des pédophiles accusés en justice, au nom du droit de l’enfant au plaisir… Les dossiers s’empilent. Le « 10% » résonnent dans les oreilles. Et si… Si 68 avait en effet ouvert, légitimé, encouragé une liberté sexuelle qui n’a vraiment pas grand chose à voir avec la défense des minorités, de l’homosexualité ou des trans-genres, pour masquer tout simplement une légitimation du viol, de l’inceste, de la pédophilie?

Zola, Balzac, Flaubert, Stendahl – le pays de la passion amoureuse

Tous ces auteurs ont décrit l’amour au temps de la République, après la Révolution. Le changement de régime politique, le passage de la Monarchie à la Démocratie et à la République, a induit un bouleversement complet des émotions, des mœurs, des carrières. La littérature du XIXème s’était assigné comme grand rôle d’expliquer ce nouveau monde émotionnel.

Monter dans la société – en séduisant les femmes

Mais l’on est soudain pris de vertige en se demandant si tous ces auteurs, génies de la littérature française, auraient, non pas inventé les histoires qu’ils racontent, mais uniquement décrit ce qu’ils avaient sous les yeux. Que l’on songe deux secondes principalement aux histoires de Zola et Balzac. Elles sont littéralement remplies de prostituées. Nana, l’héroïne de Zola, est le prototype de la jeune actrice qui vit de ses charmes. L’avantage de ce roman, c’est qu’il n’en fait pas mystère. Le langage est cru: « baiser », « coucher », se retrouvent à presque toutes les pages. C’est apparemment le seul moyen de monter dans le monde. Chez Balzac ce n’est pas mieux. Ces deux plus grands romans, que l’on cache aux collégiens: les Illusions perdues et Splendeur et misère des courtisanes. Tout y passe de l’arnaque entre associé à la prostitution de sa propre épouse. On voit alors ces projets pharaoniques d’un tout autre œil. Il ne s’agit plus de décrire les « mœurs d’une famille sous le Second Empire« , ou la Comédie humaine, mais sous cette couche marketing, de décrire par le menu toute la noirceur des mœurs françaises réelles. A ce titre, ce que l’on observe à la une des journaux en 2021 semble dépasser en noirceur ce que nos poètes ont consigné sur des dizaines de milliers de pages.

L’Amour, vraiment?

La question brûle les lèvres. Y aurait-il quelque chose de pourri en France, cet auto-proclamé royaume de l’Amour ? Houellebecq aurait-il visé juste avec ses récits sordides sur la vie sexuelle de son héros dans Les particules élémentaires ? Où sont passées les vraies histoires d’amour? Que Molière et Racine nous manquent! Qu’est devenu le code de la chevalerie, l’amour courtois des poètes d’antant?

En filigrane, les questions relatives à l’amour, et à leurs corollaires, la sexualité et la procréation, irriguent en permanence le débat public. Avortement -violence faites aux femmes – et dans une moindre mesure, aux hommes – mouvements homo, LGBT – viols, meurtres et autres horreurs sexuelles – pédophilie – question de la prostitution, de la traite des femmes, de la pénalisation des clients, des maisons closes – procréation: fiv, PMA, GPA – féminisme – et enfin, pour couronner le tout, inceste.

Si l’on y ajoute les consommations de drogue, alcool, et anti-dépresseurs, et ce phénomène nouveau de violences urbaines quasiment systématiques, des dealers de banlieue aux black blocks, on est tenté de dire que le pays vit un véritable effondrement.

Amour, liberté, que de violences commises en vos noms! Que ce soit à droite, comme nous l’avons déjà expliqué dans notre série sur le Mal de France, ou à gauche, comme nous le voyons désormais assez crument, on ne peut qu’être confondu par la réalité française de l’amour. Derrière les beaux discours, on aperçoit crument la bête, l’excitation du bas ventre, revendiquant la satisfaction d’un désir qu’elle est incapable de maîtriser, ou de contrôler. Les violences ont une fâcheuses tendances à se perpétrer de générations en générations. La victime, surtout enfant, peut reproduire ce dont elle a été victime de manière complètement automatique, inconsciente chez certain. Elle devient bourreau. Elle a intériorisé le fait que ces violences étaient « normales », qu’elle les avait d’une manière ou d’une autre « mérités ». Reconnaître la violence, c’est se reconnaître comme malheureux. Tout le monde n’est pas capable de cette révolte.

Que faire? La morale, la loi, l’éducation, sont les trois piliers du développement de toute civilisation.

On le voit clairement sur ces questions, c’est la morale publique, celle des journaux et des réseaux sociaux, du jugement populaire, des condamnations sociales, qui mènent les débats sur tous ces sujets. La loi de l’omerta est, espérons-le, désormais entièrement brisée. La parole « libérée », y compris sur les sujets les plus difficiles. On se pose souvent la question: est-il utile de révéler tout cela au public? Flavie Flamant a-t-elle eu raison de raconter son histoire? Hanael Haneke n’est-elle pas un peu ridicule quand elle s’emporte contre Polanski aux Césars? Maintenant que les masques tombent et que la réalité émerge dans toute sa violence, il est évident que tous ces courageux et souvent courageuses hommes et femmes ont eu parfaitement raison. Ils, elles, ont attaqué le mur du silence, des lâches compromis, des arrangements de l’entre-soi. Rien n’aurait pu changer, ni dans les mentalités, ni dans les lois, sans leurs interventions. Evidemment, l’opinion est un matériau instable et hautement inflammable. La calomnie peut détruire ceux qui ne le méritaient pas et châtier ceux qui étaient des victimes. Elle est facilement manipulable pour défendre les intérêts d’un groupe.

C’est pourquoi elle doit être tempérée et continuée par le travail de la justice et de la Loi. Nous découvrons avec effarement que la situation juridique des crimes d’inceste n’a fait son entrée dans le Code Pénal qu’en 2010, et qu’il était couverte par une prescription ! Affirmons le haut et fort: toute prescription, quelle qu’elle soit, est un renoncement à la justice et au droit, et un encouragement au vice et à l’illégalité. Il suffit d’attendre pour être absout. C’est libérer à peu de compte l’injuste d’une partie de la peine morale qu’il doit ressentir en permanence, nécessaire au réveil et à l’entretien de sa conscience morale, qu’un jour la vérité pourra éclater et qu’il pourra être jugé pour ses fautes et crimes. Saluons le travail du gouvernement qui a doublé tous les délais de prescription. https://www.lepoint.fr/justice/inceste-prescription-retroactivite-3-questions-sur-l-affaire-duhamel-05-01-2021-2408288_2386.php. On pourrait aller encore plus loin, et refuser la prescription en cas de mort ou de disparition. Mais ce serait aller dans un domaine où le droit refuse d’aller.

Le droit, donc, doit permettre d’organiser la confrontation, de reconnaître les torts, de dédommager au moins en donnant à la victime le droit d’être victime et d’être défendue. Le bourreau saura préventivement ce qu’il en coute. Sa conscience sera éclairée par le droit. Il y a aussi, bien sûr, le risque de vouloir faire disparaître le corps, comme on le voit dans les affaires de viol auxquelles s’ajoute le meurtre, réaliser pour tenter de faire disparaître les preuves et ne pas se faire accuser. Le risque est réel. Il n’y a aucune autre solution là encore, que de faire peser sur le futur coupable tout le poids d’une condamnation future.

L’éducation enfin, est le seul vrai remède. Les dépravations sexuelles ont de multiples sources. Tout comportement sexuel disons débridé, ne peut pas être assimilé à un comportement illégal ou immoral. La puissance du désir sexuel, la manière dont il résonne par rapport à tous nos autres désirs rendent impérieux la possibilité de soupapes. La sexualité, par les plaisirs qu’elle peut apporter, fait partie des grands moyens de compenser tous les malheurs du monde. La puissance de la sexualité, qui assure la perpétuation de l’espèce, nous échappe le plus souvent. L’amour même n’est peut-être qu’une illusion, une ruse de la nature pour nous conduire sur le chemin de la génération. On ne peut pas empêcher un hétéro d’être hétéro, ou un homo d’être homo. Cela n’a pas de sens, cela ne sert en plus aucun but social clair. Seule la violence est répréhensible. La notion de Consentement, mise en lumière avec beaucoup de tact et délicatesse par Vanessa Springora, est la clé. Mais l’on voit bien qu’il faudra des règles à ce consentement.

Le désir d’avenir

Il n’y a alors qu’un seul critère vraiment valable. Que voulons-nous pour les générations futures? Tous ces comportements insupportables ressemblent à ceux des ogres des contes, ces dévoreurs d’enfants, qui comme Chronos, arrêtent le temps en leur faveur et brise symboliquement et réellement la chaîne des générations. Sur ce terrain, la France connaît une regression formidable. La génération 68 a arrêté le temps en sa faveur, et notamment le temps comptable, en précipitant la création d’un formidable déficit, que nulle génération postérieure ne sera en mesure de remboursé. François Bayrou a été bien seul à défendre la responsabilité du gouvernement devant les générations futures. Un discours qu’il a fini par abandonné, faute d’audience. Frapper ses enfants, leur laisser des dettes, les violer parfois, organiser la prescription de ces crimes, comme d’autres rêves de l’effacement de toute dette, favoriser les vieux en faisant payer leur retraite par les jeunes. C’est toute une société qui marche complètement à l’envers, qui ne regarde plus l’avenir. Il faut un courage, une lucidité pour reconnaître que notre horizon est la mort, et que la seule chose que nous léguerons sera le résultat de nos actions présentes. Nous le transmettrons par notre exemple, par notre attitude, par l’éducation que nous donnerons à nos enfants, bien plus que par tout autre moyen. Ce courage a disparu avec le primat du jouir dans l’instant présent. Mais l’instant présent n’est rien. C’est toujours l’avenir que nous construisons. Jacques Attali a eu cette belle formule. Il nous engage à retrouver « le désir d’avenir ». Il nous prie d’arrêter de vendre le futur à découvert, comme nous avons vendu tous nos fleurons industriels.

On nous demandera comment faire. Comment réaliser un tel miracle. La réponse n’est pas simple. Elle est sans doute l’une des plus difficiles que nous ayons à adresser. Mais savoir dans quelle direction nous devons aller, celle de la génération, du respect et de la construction du meilleur avenir, du respect et du bien, tout ceci est déjà énorme quand on regarde l’état actuel des choses. Les masques sont tombés, les jouisseurs, les défenseurs du présent doivent reculer face aux défenseurs de l’avenir. Le plaisir présent n’est rien comparé aux conséquences futures des actes et au respect des principes.

Tous nos actes ont des répercussions dans le futur. C’est une nécessité de notre action, comme de toute action. « Ce que nous faisons dans la vie, résonne dans l’éternité ».

Annexe

Pour une remise en contexte de l’affaire: https://www.lefigaro.fr/vox/societe/jacques-julliard-l-affaire-olivier-duhamel-une-bombe-a-fragmentation-20210131

Sur les arcanes de la direction de Sc-Po : https://www.challenges.fr/france/sciences-po-les-papys-font-de-la-resistance_750890

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