Cursed : La Rebelle -saison 1

La nouvelle série de Netflix, directement adapté de l’un de ces romans young adults dont rien ne semble arrêter le succès. Quels en sont les racines? Qu’est-ce qui explique ce succès?

La réponse la plus commune, que l’on trouve notamment sur l’article Wikipedia, est de dire que l’on y retrouve les clés du passage à l’état adulte, et que l’on y retrouve les thèmes du rapport à la nature et du respect des différences. Ce n’est pas à notre avis, faire honneur à cette oeuvre – dont l’adaptation est tout de même un peu paresseuse.

Le monde médiéval mythique de l’héroïque fantaisie

Comme dans les oeuvres similaires, héritières de Tolkien, nous retrouvons les grands thèmes de l’héroïque fantaisie: la lutte entre différents royaumes, les anglais, les vikings, la différence des créatures intelligentes, dans un monde ou l’intelligence et le cœur ne sont pas l’apanage de l’homme. Les Fae, les saxons, les Paladins rouges, une milice catholique, les vikings, auxquelles s’ajoutent les pirates vikings. On retrouve une dynamique proche de cette de Game of thrones.

Un monde de Chrétiens et de Celtes

Mais l’intérêt de l’ouvrage dépasse largement cette reprise. Il se concentre principalement sur la liaison, la fusion, entre la tradition celte, représentée par les Fae, et la religion chrétienne. L’oeuvre nous rappelle à quel point la tradition celte continue de nous de nous intéresser, de nous parler et de nous faire rêver.

=> Un petit rafraîchissement sur la culture Celte ici: https://fr.wikipedia.org/wiki/Celtes

Cette culture a duré du XIIème av-JC jusqu’au début de l’ère chrétienne et reste fondamentale dans notre vie psychique. L’intérêt de la série est de revenir sur le personnage clé de la fusion entre la culture celte et la culture chrétienne, à travers le personnage de Merlin. Dans le Livre du Graal, écrit au XI et XXII siècle, l’un des grands textes de cette fusion des cultures celtes et chrétiennes, comme Tristant et Iseut, du IXème siècle. Un autre roman célèbre du Moyen-Âge, le Roman de la Rose, du XIIIème siècle, rompt avec cette tradition en ne mettant en scène aucun recours à la magie. Mais revenons à Merlin.

Dans le Livre du Graal, Merlin le mage, le magicien, à la fois réminiscence des druides et futur modèle de Gandalf, nous étonne par son origine. Il est en effet décrit comme le fils du diable. Cette origine est d’autant plus étonnante que Merlin défend des valeurs à l’opposée de son origine diabolique. Pourquoi? Sans doute pour une question de censure. Comment faire passer la culture celte dans un monde chrétien, à l’époque pas totalement reconnu pour son ouverture d’esprit? En le déguisant en diable! L’histoire peut ensuite rallier les valeurs celtes en toute tranquillité aux valeurs chrétienne, en faisant de Merlin le principal artisan de la quête du Graal, cette coupe qui a (aurait) recueilli le sang du Christ après sa mort.

Une histoire de famille, of course!

Cursed a le grand mérite de revenir sur la génèse des personnages du mythe, et notamment ses magiciens: Merlin, Morgane, et la Dame du Lac. C’est une sorte de prequel (préquel en bon french), qui s’inscrit, par l’originalité de son sujet, parfaitement bien dans les différents cycles du Graal. Mais de quoi parle vraiment Cursed, qui signifie Maudite en français, et pas du tout Rebelle, un sous-titre qui n’a pas beaucoup de sens et n’existe pas dans la version originale?

Tout simplement de famille, comme toujours! Nimue, l’héroïne, est une jeune adolescente magicienne, qui appartient au peuple Célestiens, partie intégrante des Faë. Son peuple est en train de se faire massacrer par les Paladins rouges, une armée catholique intégriste, intolérante, qui veut faire disparaître son espèce au nom du Christ. A travers moultes rebondissements Nimue tombe amoureuse d’Arthur, un jeune voleur, devient ami avec Morgane, qui n’est pas encore une sorcière, et découvre que Merlin est son véritable père.

L’épée de pouvoir, sûrement Excalibur

Durant son enfance, Nimue s’est retrouvée confrontée à un ours. Elle a réussi à lui échapper en invoquant son pouvoir magique, et en tuant l’ours. Mais son père, ne se reconnaissant pas dans sa fille – c’est sûrement lui qui l’avait emmené dans la grotte de l’ours, mais ce n’est pas dit clairement – et n’ayant sûrement pas digéré de devoir élever l’enfant d’un autre, la renie avec violence.

Nous retrouvons le schéma de la naissance du « sauveur », qui comme le Christ, ou comme Luke Skywalker, ne connaît pas son père et est en route, en chemin vers lui. Elle le retrouve, assez vite d’ailleurs. Mais dans un bien triste état. Merlin a perdu ses pouvoirs. Il a beau avoir 700 ans, comme Yoda, il n’en mène pas large. La faute à l’épée, Excalibur, qui n’était pas plantée dans un rocher, ou en tout cas ne l’est pas à ce stade du récit, mais bien directement dans le corps de Merlin. L’épée a contaminé Merlin. La mère de Nimue, elle même magicienne, a sauvé Merlin en lui retirant l’épée et c’est ainsi qu’ils se connurent.

Gustaf Skarsgård incarne Merlin – Il était l’incroyable Floki de Vikings

Notons que Merlin, dans cette version du mythe, est donc fertile, tandis que dans d’autres, comme l’Enchanteur de Barjavel (sans doute son meilleur roman, quoiqu’il ne soit pas le plus célèbre) Merlin et Morgan sont tous deux stériles. Nimue doit ses pouvoirs, lui permettant de contrôler les racines des arbres, et la végétation, à son ascendance maternelle. Ce sont ses émotions qui contrôlent son pouvoir. En colère, elle tue. Amoureuse, elle fait pousser des pommes sur un arbre. C’est mignon et biblique à la fois. Et elle tient de son père sa capacité à utiliser l’épée de pouvoir, épée décrite comme maléfique. Son père adoptif le déclare en l’abandonnant « Elle est marquée du sceau de la magie noire »! De-là à conclure que son destin est de restaurer l’équilibre dans la Force, il n’y a qu’un pas. Merlin se découvrant une fille voit tout son agenda politique bouleversé. Il doit en tenir compte. Heureusement, s’il a perdu sa magie, il n’a pas perdu son sens de la fourberie.

Mais ce n’est pas la seule histoire de famille. Une autre, tout aussi fondamentale, concerne Uther Pandragon, le roi. Uther est supposé être le père d’Arthur, qu’il a eu grâce à une ruse de Merlin. Merlin déguise Uhter en une autre personne, le mari d’Ygren, pour qu’Uther puisse coucher avec elle. En échange, il demande le fils de cette union, un peu comme le sorceleur de The Witcher, invoque le droit de surprise pour récupérer de nouveaux candidats à la carrière de sorceleur et combat sa fertilité (nous y reviendrons dans notre article sur The witcher).

Ici encore, Cursed nous emmène aux origines et nous révèlent qu’Uther n’est pas le Roi légitime! Sa mère n’a pas réussi à avoir un enfant viable et a acheter un petit dans une ferme voisine. Le roi n’est pas le Roi, et celle qui n’était rien Nimue, est bien une reine.

Dernier et ultime coup de théâtre de la saison, et là le scénario (ou le roman) fait preuve d’un vrai courage, Nimue meurt en tombant dans une cascade en tentant d’échapper aux Paladins rouges. L’héroïne est morte, vive l’héroïne! Cette mort sera en effet, soyons en sûr, uniquement un passage, une transformation, selon la célèbre figure de la catabase, la descente aux enfers du héros. Dans un chiasme très réussi, la fin de la saison rappelle les images du début, où l’on voit l’héroïne, criblée de flèches, s’enfoncer dans un lac. Le héros, ce mal né, qui tire de sa naissance obscure un pouvoir spécial, doit renaître au monde pour y trouver sa place de guide et de sage.

Le mythe

Toutes ses affaires de famille sont recouvertes, chapeautées, enchâssées par un mythe commun. Ce mythe dit d’une manière énigmatique ce qui va arriver. Peu en importe le contenu d’ailleurs, car nous avons déjà l’essentiel. Le mythe rejoint l’histoire de famille. Le passage du héros de l’enfance à la souveraineté passe par le questionnement sur l’origine et la destination. Il fait retour sur son enfance, ses secrets, et il en tire la force de trouver sa propre voie.

Même si la série reste assez pataude, avec un jeu d’acteurs et une mise en scène trop rapide, on devine que le roman sur laquelle elle est fondée n’a rien de Young Adult. C’est une oeuvre véritable.

En attendant la saison 2 de Cursed vous pouvez allez lire l’article consacré à The witcher, dont les thèmes ne sont finalement pas si éloignées.

Devon Terrell, dans le rôle d’Arthur

Pour les amoureux de la légende arthurienne et de la civilisation celtes:

Il n’y a pas tant d’ouvrages de qualité sur la période celtes. Parmi ces rares études, celle de Green est assurément l’une des meilleures:

On croit souvent que la légende Arthurienne est un mythe anglo-saxon. Que nenni! C’est un mythe tout ce qu’il y a de plus Bretons, de l’Irlande à la Bretagne, en passant par la Cornouailles. J’irai même plus loin en affirmant qu’il s’agit d’une légende française, écrite en français médiéval. Alors pour ceux qui ont la passion des sources:

Concluons par l’oeuvre qui présente selon nous l’une des plus belles et des plus justes interprétation ou réécriture du mythe:

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