Sur la décapitation du professeur d’histoire Samuel Paty de Conflans- Saint-Honorine

Le 18 octobre 2020,

Légitimement le scandale de la décapitation de vendredi dernier soulève un tollé unanime dans la société française. Pourtant les premières mesures qui sont évoquées pour lutter contre l’islamisme radicale et la défense de nos valeurs ne me semblent pas aller à l’essentiel. Certains demandent toujours plus de moyen pour la police, plus de tranchant à la justice. D’autres insistent sur le soutien à donner aux professeurs, qu’ils n’ont pas peur de continuer à comparer aux « hussards noirs » de la IIIème République. D’autres, plus radicaux encore, prônent la fermeture immédiate des frontière et la fin de toute immigration, le renvoie des imans, la fermeture des mosquées radicales. Pour une fois cependant, tout le monde semble aller dans le même sens. Les critiques nuisibles se font de plus en plus rares. Les défenseurs d’une tolérance hors de propos, uniquement comparables aux lâches signataires des accords de Munich, se tairont, espérons le sans trop y croire, longtemps. Il faut dire que depuis 2015 et l’attaque terroriste contre Charlie Hebdo, la situation a à peine évoluée. Les musulmans sont restés incroyablement silencieux. Qui ne dit mot consent dit l’adage populaire. Le déni est également complice. Saluons enfin le courage du nouveau représentant du culte musulman qui a condamné, il y a quelques semaines à peine, toute forme de barbarisme islamique.

Pourtant, toutes ses bonnes volontés me semblent manquer l’essentiel et ne pas aller au cœur du sujet. Rousseau note dans son Contrat social, à la fin du chp IV. « Voilà pourquoi un auteur célèbre a donné la vertu pour principe à la République; car toutes ces conditions ne sauraient subsister sans la vertu ». Ce n’est pas qu’une question de loi. La loi et la justice ne suffisent pas à tenir un pays. C’est une question de valeur morale, d’éducation générale. Le seul ciment d’une nation juste est la justice de chacun de ses membres. Si l’islamisme peut continuer à survivre, c’est aussi que nos valeurs ne sont pas assez fortes pour le contrer.

Rousseau, venu de Suisse

Et comment pourrait-il en être autrement? Quand un pays n’a pas voté un budget à l’équilibre depuis 45 ans; quand un M Jouyet, qui a fait parti de presque toutes les équipes dirigeantes depuis le gouvernement Jospin, confesse, sans même se rendre compte de la gravité de ses propos, que lorsque la gauche a mis en place les 35h, Jospin, Hollande, Aubry, tous savaient qu’ils menaient le pays, et particulièrement la fonction publique et l’hôpital dans le mur, mais qu’ils l’ont tout de même fait; qu’aucun gouvernement avec lequel il a travaillé n’a réduit la dette, qu’il n’a jamais rien dit, et qu’aujourd’hui il feint de le regretter; que les enseignants n’apprennent plus à lire, écrire, compter aux enfants et que le pays s’enfoncent dans les classements comme Pisa; que le traffic de drogue prospère dans les quartiers, organisé au plus au niveau de l’Etat – le Maroc étant le principal fournisseur de la France – tandis que la police se concentre sur les amendes au stationnement; quand les richesses se concentrent comme jamais depuis le début du capitalisme, et que le pays s’est enfoncé dans un chômage de masse qui ne fait pas réagir les élites; quand la CGT démolit le tissu industriel sans réaction au niveau de la loi; que la culture générale a disparu du concours de Sc-Po, alors que cet école, premier échelon de la formation de nos hommes politiques, était supposé en être le phare; que l’ENA reste irréformable, malgré les volontés des uns et des autres; que le seul discours politiquement correcte est le discours victimaire, que ce soit celui des féministes, des islamistes, des LBGT, et du communautarisme… Comment ne pas comprendre en effet, que tout ceci ne peut que mal finir!

Voltaire – parti en Suisse

Il ne s’agit pas uniquement de renforcer la loi et la police. C’est toute la mentalité du pays qu’il faut changer, pour revenir vers plus de justice, de sens de l’intérêt général. Il n’y a qu’un seul moyen, qu’une seule source: la culture générale. Il est assez consternant de voir que ce travail a été pour ainsi dire sous-traité aux professeurs d’histoire-géographie, à travers l’éducation morale et civique. Ce n’est pas leur rôle, ce n’est pas leur spécialité. Les lumières viennent des penseurs, des écrivains et des philosophes. Pas des historiens. Il faut lutter contre les valeurs par des valeurs. La culture générale devrait être enseignée depuis le primaire, et à partir de la seconde sous la forme d’une éducation à la philosophie, qui doit remplacer les cours de lettre, et continuer jusqu’à bac + 2 dans toutes les formations. Quant au personnel politique, il doit devenir responsable. Comment une maire de Paris peut-elle ruiner la ville sans qu’il n’y ait aucun recours? Comment des projets comme l’EPR ou la canopée du forum des Halles peuvent-ils déraper, l’un de plusieurs dizaines de milliards, l’autre de 600m€ dans la plus totale opacité, sans que personne ne soit jamais responsable? Nous ne sommes pas que des êtres techniques. Nous devons redevenir des êtres spirituels éclairés. Laisser l’opinion aculturée, alors que nous avons toutes les ressources intellectuelles pour la faire briller plus que jamais auparavant est un crime contre la République. L’ennemi est intérieur, comme le souligne l’ancien premier ministre Emmanuel Valls, mais il ne s’agit pas que des islamistes. Il s’agit de nous tous.

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