Stallone, un artiste?

« Ce n’est pas moi qui ai inventé Rocky, c’est Rocky qui m’a fait. »

Sylvester Stallone est un artiste des plus atypiques. 90% de l’humanité lui dénierait sûrement ce titre d’artiste. Et pourtant, de nanar en nanar, Stallone est toujours là, et il a largement contribué à façonner notre imaginaire. 

La niaque

Le courage, celui qui lui fait monter les marches de la mairie de Philadelphie dans la scène culte du premier Rocky, est très certainement sa marque de fabrique. Stallone jeune était, il faut bien le reconnaître, aussi moche que mauvais acteur. Petit, gras, le cheveu plat. Le visage à demi-paralysé lui bloquant une paupière au milieu de l’œil et la moitié de la langue, venant d’une blessure due aux forceps utilisés par l’accoucheur au moment de la délivrance de sa mère. Et le regard vide, tellement vide que même les chiens battus, dit-on, le plaignaient du plus profond de leur petit cœur canin lorsqu’ils croisaient sa route ou en parlaient entre eux. La vie semblait avoir été totalement injuste avec le jeune descendant d’immigrés italiens.

Dans la plus pure tradition de l’American Dream, Stallone s’est largement vengé d’un destin contraire. Il a révélé la beauté qui se cachait derrière ce visage moitié monstre, moitié masque. S’appuyant sur la double tradition de l’Etalon italien et du héros de péplum musclé, Stallone, l’infirme qui rêvait de cinéma, a inventé le corps parfait de l’homme moderne. Sans le savoir sans doute, il se construit sur les valeurs romaines et stoïciennes, dans ce culte du corps antique symbolisé par la maxime de l’Esprit sain dans un Corps sain. Cela n’est pas venu d’un seul coup. Il faut attendre Rocky 3 pour lui voir un corps parfaitement travaillé. Depuis, la plupart des hommes de la planète rêvent d’avoir le même. Schwarzenegger et, plus récemment, Dwayne Johnson, dit the Rock en hommage sans doute à Rocky – le y étant de chute -, et tant d’autres qui continuent dans cette tradition. L’homme inventé par Stallone a abandonné la cigarette, l’alcool, la bière, le barbecue et le cheval, pour le footing et la fonte. Plus haut, plus vite, plus fort ! Stallone a enterré John Wayne et créé les salles de gym que l’on trouve aujourd’hui à tous les coins de rue.

S’inventer, se réinventer

Encore plus impressionnant, alors qu’il n’avait objectivement aucun talent, Stallone est devenu un bon acteur. Il ne sera certes jamais le meilleur comédien d’Hollywood. Mais une fois son corps posé et construit, il a su laisser ré-affleurer une certaine sensibilité débarrassée de son trop-plein de Calimero. Cependant, en dehors de Rocky, sa carrière a du mal à décoller. Fidèle à son héros, Sylvester y revient encore et encore. Et quand sa carrière semble s’effondrer, il sort en 2006 Rocky Balboa. Sylvester a 60 ans. il pourrait prendre une retraite bien méritée. Le film est triste, sombre. Vraiment pas extraordinaire. L’essentiel est ailleurs. Sylvester y invente le nouvel homme de 60 ans. Pas question d’être un papi gâteau. A 60 ans l’homme moderne, le senior, court, encore et encore, remonte sur le ring et n’a pas fini son combat. Une fois de plus, Sylvester donne à l’homme une image pour se construire. ll est là pour l’Homme! 

Il y a bien sûr les autres rôles : Rambo, dont ne sait jamais s’il aide l’Amérique ou s’en venge, et Expendables, troisième série de ces héros misérables, les loosers magnifiques, ceux dont personne ne veut, que personne n’assume, mais qui sont là pour faire le bien, sans tambour ni trompette, sans What else ? de Nespresso ou « Parce que je le vaux bien » de l’Oréal. Ce sont les vrais, les durs, les tatoués, qui n’hésitent pas à mettre les mains dans le cambouis rouge de la guerre, la vraie.

La fiction construit la réalité

A chaque fois qu’il a dû s’en sortir, pour se créer ou se relancer, Sylvester a utilisé son personnage de fiction, son alter ego de boxer. Il lui a tout donné. Il a créé sa propre vie autour de son héros. En cela il est bien un artiste, cherchant le modèle qui lui convient et faisant tout pour être à sa hauteur, tout en mettant en scène cette aventure psychologique. L’habit ne fait pas le moine, dit-on. Il semblerait bien qu’il le fasse tout de même un peu. L’identité se co-construit-elle par les récits que nous en faisons ? Pour Rocky-Stallone, la réponse est oui. Admirons ce tour de force. Donnons-nous nous aussi le courage de devenir celui que nous rêvons d’être, ne serait-ce que le temps d’un film.

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