- La question juive
- L’homme de paille du capitalisme
- Une question qui fait du surplace
- Le communisme, laïcisation de la position chrétienne
Jamais, dit-on, un penseur n’a eu autant d’influence sur le monde que Karl Marx. Jamais, devrait-on dire, un si mauvais penseur n’a eu une si mauvaise influence sur le monde. L’ampleur de l’échec de la doctrine marxiste est à nulle autre pareille dans l’histoire de l’humanité. Jamais un système politique communiste n’a fonctionné. Partout, pour diverses raisons, il a mené à la ruine. La plupart du temps même au massacre, avec un total de morts que l’on n’arrive toujours pas à évaluer, entre URSS, Chine, Cambodge et Corée du Nord. Mais, et c’est sans doute encore plus grave, le marxisme est un échec intellectuel à nul autre pareil, qui continue pourtant à avoir ses adeptes. À cette échelle, le fait que tant d’êtres humains se soient, et continuent de s’engouffrer dans un système presque partout marqué du coin de la fausseté, nous en dit long sur la réalité de la psyché humaine.
Un seul élément pourrait sauver Marx. Il n’est pas responsable de ce que le public a fait de sa pensée. Il a bâti, pour le meilleur et souvent pour l’erreur, une œuvre intellectuelle assez monumentale. L’édition des œuvres complètes, commencée en URSS et toujours pas achevée, recense plus de 100 ouvrages différents. On distinguera les œuvres de jeunesse, des œuvres de la maturité, celles écrites avec Engels et les très nombreux brouillons jamais terminés, comme les tomes 2 et 3 du Capital. Qui connaît vraiment la pensée de Marx? Sans doute pas grand monde, voire personne.
Malheureusement pour nous, les œuvres les plus connues et les plus marquantes sont aussi les plus intellectuellement néfastes. La question juive, L’Idéologie allemande et Le Manifeste du parti communiste. Le Capital est désormais un texte appartenant à l’histoire de l’économie, comprenant quelques analyses intéressantes, mais aussi une quantité d’erreurs assez monumentale. Les textes sur le congrès de Gotha, qui reviennent sur ce que pourrait vraiment être le communisme, sont bien trop critiques par rapport à la ligne du parti et sont en grande partie occultés. (Le texte Misère de la philosophie, est essentiellement un texte d’économie qui préfigure le Capital. Il est une réponse au texte de Proudhon Philosophie de la misère. Mais il n’est pas une dénonciation de la misère de la philosophie en tant que telle).
La question juive
La question juive aurait mieux fait de s’appeler directement Le juif, coupable de tous les maux. Ce livre, pour ceux qui auront le courage d’aller jusqu’au bout, est un modèle d’antisémitisme. Il peut être considéré comme le modèle de tout antisémitisme. Bien sûr, ce n’est pas le seul pamphlet de ce type. Il est dit-on souvent comme si cela devait excuser quoique ce soit, de son époque. L’antisémitisme serait, quant à lui, de droite et nazi, la gauche étant évidemment totalement pure. Tout à l’inverse, par l’aura que lui confère le nom de Marx, ce livre doit être considéré comme un sommet de l’antisémitisme, l’une des justifications de la solution finale, et la preuve que la pensée politique de gauche n’est pas accidentellement, mais fondamentalement antisémite.

Vrais problèmes, fausses réponses
Comme souvent avec les théories complotistes, la thèse part d’un questionnement légitime et pertinent. Mais elle répond aux problèmes posés par une thèse unilatérale, déconnectée du problème de base et désignant un coupable de tout. Il n’est pas forcément évident pour un esprit faible et peu cultivé de voir les fils de cet atermoiement de la pensée.
Marx part des analyses d’un certain Bruno Bauer, sur la lutte entre les religions catholiques et juives dans la nation allemande. Sans reprendre ces analyses, nous allons au contraire en montrer l’intérêt initial. Le texte part de la vraie question qui agite les républiques européennes naissantes: comment concilier l’État et la diversité des religions?
Il s’agit bien d’une reprise du problème de la tolérance qui a joué un si grand rôle dans la création de la philosophie politique des Lumières. Les philosophes des Lumières affrontaient deux questions principales. Comment mettre fin à la tyrannie des monarchies. Et comment faire pour arrêter les guerres de religion entre catholiques et protestants essentiellement. La réponse paraît si simple a posteriori. L’homme est libre, et aucun système politique ne peut le transformer en esclave. La religion est également une détermination secondaire et chacun a la liberté d’adorer Dieu comme il le souhaite.
L’argumentation de Marx ne se contente pas de cette simplification. Elle pointe la contradiction qu’il y a dans nos systèmes modernes, à se prétendre tolérant, en acceptant des systèmes, ici catholiques et juifs, qui n’ont rien de commun et que tout oppose. La « tolérance » n’est réalisée que par le biais d’une fiction qui fait de l’homme tantôt un citoyen non religieux, pour le vote, pour le service de l’État, et tantôt un membre d’une société religieuse dans la société civile. L’argument est clair et limpide. D’ailleurs, nous l’utilisons nous-mêmes, mais évidemment pas dans le même sens. Comment un peuple qui se considère élu peut-il accepter de vivre dans une République où tous les citoyens sont égaux? Marx se garde bien de le dire, et c’est sans doute là que les problèmes commencent, il en est exactement de même du catholicisme, qui considère que ne pas croire en Jésus, c’est ne pas croire au vrai dieu, et que tous les hommes ayant vécu avant l’avènement du Christ ont nécessairement été voués à l’Enfer.
Marx va même un peu plus loin dans la critique, en reprenant le thème hégélien de l’effectivité de la liberté. Il ne s’agit pas uniquement de penser la liberté en mots et principes. Il faut qu’elle se déploie dans la réalité. Ici Marx opère une double trahison d’Hegel. La première porte sur la filiation de l’argument. Hegel utilise cette notion de l’effectivité, inscription du concept et de l’Idée dans la réalité, pour critiquer et compléter la théorie du principe moral kantien. La morale kantienne, selon l’objection de Benjamin Constant, « n’a pas de main ». Parfaite au niveau du principe, elle perd pied quand il s’agit de la rendre concrète et réelle. L’exemple du mensonge le montre. Pour Kant, il est absolument interdit de mentir. Constant lui oppose que poser une telle règle comme absolue aboutit à des contradictions insupportables, comme celle de devoir livrer un innocent à un meurtrier qui voudrait le tuer. Ou pire, et bien sûr cet exemple n’est pas de Constant, à livrer un juif à une autorité illégitime voulait le tuer. La première trahison de Marx est de ne pas reprendre ce fondement de la pensée de Hegel.
Pour résoudre ce problème issu de Kant, Hegel explique que la morale doit s’incarner. Cette entrée dans la réalité, cette effectivité, est réalisée par la vie éthique, concrétisée dans les institutions de l’État, la famille, le travail, la vie de membre d’une nation. Ces éléments sont pour Hegel des déterminations concrètes de la liberté. Or Marx les retransforme en structures uniquement formelles et non réelles. Nous retrouvons ici, seconde trahison, ce qui sépare le maître philosophe du propagandiste politique.
Fausses réponses
Marx pose donc le problème sans en suivre correctement la filiation. La nation, la citoyenneté sont des universaux vides. Seule la réalité concrète à du sens. A partir de là, dans cette double trahison, il n’est en fait plus possible de résoudre le problème, puisqu’il a perdu sa problématique. C’est dès ce moment que l’argumentation – que nous avons entièrement reconstruite pour la rendre compréhensible – que le raisonnement de Marx dérape complètement.

Plutôt que de chercher à affronter ces problèmes, de prendre en compte des idées d’adaptation des religions à la République, comme le tenteront le Concordat et la reconnaissance de la supériorité de la République par le concordat. Ou plutôt que de comprendre l’intérêt du nouvel espace de liberté offert par le citoyen nouveau, Marx, et c’est un classique de toutes les critiques de la modernité universaliste, jette le bébé avec l’eau du bain. Ce citoyen nouveau n’est rien d’autre que la défaite du catholicisme devant le judaïsme et la victoire du juif sur le chrétien. Marx introduit rapidement le statut de bourgeois, dont on ne voit pas très bien ce qu’il vient faire là, pour très rapidement le fusionner avec celui de juif.
L’effort intellectuel s’arrête là. On sent bien l’élève mal dégrossi du cours de philosophie. La seconde partie du texte est quant à elle parfaitement antisémite. Elle dessine la caricature de toutes les critiques de la société capitaliste, et l’appelle juif. Avant d’en faire la description, il faut expliquer pourquoi ce portrait est celui d’un homme de paille, d’un faux contradicteur, d’une fiction qui n’existe nulle part, si ce n’est dans les critiques du capitalisme. On la retrouvera par exemple mot pour mot dans la pensée de Schumpeter, dans Capitalisme, Socialisme et Démocratie. Pourquoi c’est faux? Tout simplement parce que « le » juif n’existe pas. Les Juifs se vivent comme un peuple élu, pas comme des individus élus. Or toute l’attaque est dirigée contre l’égoïsme de l’individu capitaliste. Or le juif ne se pense jamais comme un individu, mais toujours comme le membre d’une communauté. Première erreur. La seconde est évidemment de réduire ce juif imaginaire à la matérialité. L’argent serait la véritable religion du juif, et partant, comme le juif a gagné, de toute la modernité.
On a du mal à croire que Marx puisse venir d’une famille juive, pour écrire une telle série d’âneries sur cette religion. Son grand-père paternel aurait été rabbin. Le judaïsme est fondé sur une lecture critique du texte, pas un saccerdoce qui répète, mais une foi inquiète qui questionne la volonté de dieu, le pourquoi de la création, le destin de Moïse… S’il y a une composante matérialiste dans le judaïsme, comme le montre l’épisode du Veau d’or, il y a encore plus une dimension prorprement spirituelle, s’interrogeant sur le sens de la vie, et de la transcendante, cherchant des lois pour toute l’humanité, comme le montre amplement les 10 commandements. Le judaïsme est également une religion de la culpabilité et de la loi, prix à payer pour l’Alliance du peuple élu. C’est la dimension principale de cette religion. Elle est totalement absente de l’argument de Marx. On a du mal à ne pas être tenté de chercher une cause psychologique. Son père, avocat de métier, se convertit au protestantisme, pour avoir de meilleures perspectives professionnelles. Marx suit le mouvement familial et est baptisé à 6 ans.
L’homme de paille du capitalisme
Marx nous sert donc ni plus, ni moins qu’une caricature mensongère et raciste du judaïsme. Il nous sert surtout la description chimiquement pure du diable capitaliste, celle qui vaut encore aujourd’hui. Il suffit de lui retirer sa caractéristique de juif et nous obtenons le même bouc émissaire, le même ennemi parfait, qui n’existe nulle part. Il est individualiste. Mais cela ne suffit pas. Il est égoïste. Il ne pense qu’à l’argent et il est purement matérialiste. Il utilise les autres, sans reconnaître leur humanité. Il les exploite.
Marx accuse les Juifs. Weber désigne le protestantisme comme la source de toute la cupidité capitaliste. Schumpeter soutient que Locke défend le droit de propriété uniquement pour soutenir ses alliés politiques, Le traité est rédigé dans le contexte de la Glorieuse Révolution anglaise et son unique objectif serait de justifier la déposition de Jacques II d’Angleterre et l’arrivée au pouvoir de Guillaume III d’Orange et de Marie II d’Angleterre. Adieu Magna Carta (1215 – le roi est soumis au droit) et Habeas corpus (1679) qui renforce la protection contre les détentions arbitraires, principe fondamental de liberté individuelle.

La mécanique de ces pseudos explications anti-Lumières repose toujours sur le même quadriptique.
- La tyrannie des monarchies est niée. Le système aristocratique est réhabilité rétrospectivement. Schumpéter y voit par exemple l’origine glorieuse de l’administration moderne.
- Un bouc émissaire est désigné et oh surprise, ce n’est jamais le catholicisme. C’est toujours le judaïsme ou le protestantisme. La description du salaud capitaliste que nous dépeint Marx sert aussi bien à décrire le capitaliste américain que le banquier Lombard juif. Il n’est pas question de rappeler que les métiers d’argent étaient parmi les seuls que les juifs avaient le droit de pratiquer parce que les chrétiens les considéraient impurs. La vraie source de la compétence financière concrète, et pas mythique comme le veau d’or, est occultée.
- La démarche philosophique rationnelle concernant la recherche de la liberté est niée. Elle ne serait pas honnête et pas rationnelle. Ce serait une idéologie.
- Le catholicisme n’est jamais critiqué. Étrange absence….Ou pas. Les critiques de Luther, le scandale des indulgences, l’intolérance de la France qui révoque l’Edit de Nantes, les guerres de religion, tout cela disparaît comme par magie.
Le communisme est fondamentalement antisémite
La question juive est à la gauche communiste ce que La première dissertation de La Généalogie de la morale de Nietzsche et Mein Kampf d’Hitler sont à la droite nazi. Un traité préparant l’épuration de l’élément juif. Marx reprend un texte de Rousseau, soigneusement sorti de son contexte, et explique tranquillement qu’il faut un homme nouveau pour une démocratie nouvelle. L’une des solutions du problèmes, on le sait, est la disparition de toute forme de religion… enfin surtout de l’une d’entre-elle tout de même. Le juif est là encore perçu comme la cause du renversement de l’ordre ancien. Chassé d’Israël par les romains, parqué dans des pogroms, harcelé pendant plus d’un millénaire en Europe… les juifs n’en demandaient certainement pas tant.
Notons au passage qu’il existe bien, venant de la gauche, une critique radicale du texte de Marx. Nous la trouvons dans le livre de Jean-Paul Sartre, Réflexion sur la question juive. Sartre ne nomme pas directement Marx, mais le titre est suffisamment clair et référentiel. Le contenu l’est encore plus, Sartre ne parlant pas du judaïsme, mais uniquement de la création de cette figure fantasmée du juif qui permet de le haïr en se donnant bonne conscience. Sartre dénonce clairement l’antisémitisme de Marx. On lui reprochera d’ailleurs de réduire le judaïsme à ce rôle de bouc émissaire et de ne pas en avoir suffisamment défendu les particularités. Il l’avait fait exprès, pour ne pas retomber dans une forme d’essentialisation. Il y a là une problématique connexe à laquelle nous avons déjà répondu en donnant quelques caractéristiques du judaïsme (peuple, alliance, élection, loi, culpabilité, commandements, veau d’or, auxquels nous ajoutons ici, absence de paradis et réalisation ici-bas).
Aron, juif pourtant, se gardera bien de produire un assaut aussi direct. Ici, on aura clairement raison avec Sartre et tort avec Aron, contrairement à la doxa si répandue.

Le retour d’une thèse catholique
Si l’on enlève le terme de juif de la description, on peut retrouver les principaux éléments de cette condamnation directement dans la doctrine catholique. On a, par exemple, dans la Cité de Dieu de Saint Augustin, cette condamnation a priori de toute forme de liberté individuelle.
« Deux amours ont donc fait deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu a fait la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi a fait la cité céleste. »
Cette condamnation est développée le long des livres XIV à XIX. L’individu cherche la domination, il est cupide, il veut les honneurs, il cherche la richesse. En résumé, il est bouffi d’orgueil.
On trouve en gros la même position chez Saint Thomas. Somme théologique, IIa-IIae, questions 55 et suivantes : les vertus. La recherche des plaisirs, honneurs et richesses, est la marque d’une psyché désordonnée.
Le même principe est présent chez Pascal, qui refuse le « je pense » cartésien au nom du mépris de l’ego. Pascal ne voit pas, ou feint de ne pas voir, la différence entre le « je pense » transcendant, et l’ego, fondement des passions égoïstes.
On peut nuancer. Saint Thomas, notamment, très fidèle à Aristote, distingue bien l’excès et l’équilibre. Mais la racine de la condamnation est bien là. L’Église refuse la spéculation sur l’argent. Le temps est divin. L’égoïsme est pécamineux (pécheur) et il est responsable de la chute du paradis. Pour Saint Augustin, la cause de la chute du Paradis est l’orgueil (superbia), qui est un désordre amoureux ((amor inordinatus). L’homme qui s’aime lui-même plutôt qu’il n’aime dieu, finit par aimer les biens terrestres plus que tout autre chose.
La logique de cette chaîne n’est pas absolue, et pas absolument claire. Ce n’est d’ailleurs pas au penseur rationnel de justifier les positions religieuses, même s’il peut y chercher une cohérence. Nous verrons un peu plus loin qu’une autre interprétation est possible.
Une question qui fait du surplace
Pire que tout, aux yeux du philosophe, le problème concret posé au début de l’argumentation n’est pas du tout résolu. Plutôt bien posée dans un premier temps, la question ne peut plus avancer dès lors que le système libéral est considéré comme la victoire du juif.
L’universel doit-il écraser toutes les déterminations concrètes pour que son règne advienne? Comment peut-on concilier le citoyen universel et les hommes concrets particuliers appartenant à des religions qui s’opposent par nature au statut du citoyen et aux autres religions? La réponse concrète est dans le recul de l’acceptation du fait religieux, et en tout cas dans le recul de toutes les religions intolérantes. Judaïsme, chrétienté et islam sont incompatibles entre eux et avec la République. La République n’est ni une théocratie sans liberté, ni un totalitarisme sans religion, mais aussi sans aucune liberté. La liberté religieuse est tolérée, quand bien même elle reposerait sur les chimères de supériorité de leur doctrine sur celle des autres, tant qu’elle ne viole pas la loi de la République, c’est-à-dire tant que cette prétendue supériorité n’est plus du tout effective, justement. Marx se trompe sur ce qu’est l’effectivité de la liberté, et il fera la même erreur sur l’égalité. « Effectif » ne veut pas dire concrètement réalisé dans la réalité. Cela signifie qu’il y a un champ ouvert pour une pratique éthique.
Le communisme, laïcisation de la position chrétienne
Attaquant ici le judaïsme, là le protestantisme, ou dénonçant un « individu » que l’on aurait bien du mal à trouver nulle part, les romantiques, antidémocraties-libérales et anti-capitalistes, ne critiquent donc jamais frontalement le catholicisme. Pourquoi? Tout simplement parce qu’ils continuent à défendre l’idéal religieux catholique. Haine de l’argent, amour de l’autre, charité opposée à l’économie, interprétation des textes par l’Église et non par l’individu.
Le modèle parfait de la Cité communiste, c’est l’abbaye de Thélème. Pas de propriété, pas d’argent, pas de famille. Tous égaux dans la soumission à Dieu. Il est insuffisant de dire que le système démocratico-libéral n’est qu’une laïcisation des autres monothéismes. La démocratie, même si elle était plus absolue, existait avant l’arrivée du protestantisme. Platon et Aristote, dans les rares descriptions qu’ils font de leur économie, nous montrent un système libéral.
Les pays où le communisme a le mieux réussi sont essentiellement des pays catholiques et des pays monarchiques. La réussite dans les pays asiatiques doit sûrement être interprétée un peu différemment, à l’aune de l’adoption rapide d’un système politique libéral par le Japon, détesté par ses voisins, et de la continuité impériale, notamment en Chine. C’est la raison pour laquelle le communisme n’a pas été une révolution économique suivant le capitalisme, comme le voudrait la doctrine. Il n’a pas réussi en Angleterre, ni en Allemagne. En France, fille aînée de l’Église, il reste extrêmement vivace, malgré la Révolution.
L’effet de la Révolution des droits de l’homme est de subsumer les positions religieuses sous la loi de la République. Mais ces positions n’ont pas disparu pour autant. Elles se sont en fait, toutes laïcisées. Et c’est bien le but. Ce faisant, elles se diffusent dans toutes les nations et le combat entre les religions se transforme et devient une dimension sous-jacente du combat entre les partis politiques. Les thèses religieuses n’ont plus le droit d’être politiquement absolues. Nous voyons bien que les positions restent très présentes, très structurantes dans les débats. Mais elles ne le sont plus dans la forme et la violence générale tend à reculer, notamment en ce qui concerne les guerres. L’héritage chrétien refuse de laisser sa place éminente. Il reste celui qui a le plus perdu dans la Révolution. Ses défenseurs continuent à vouloir promouvoir les « racines chrétiennes de l’Europe », par exemple. Il est de bon ton de détester les États-Unis, etc.
Ce mouvement de laïcisation n’est pas terminé et notamment pour une raison assez profonde, l’incapacité des plus anciennes démocraties à tenir leurs finances. Angleterre, France et dans une moindre mesure, les Etats-Unis, pour des raisons complètement différentes mais parvenant aux mêmes conclusions, sont ruinées. Les opposants ont beau jeu de dénoncer un ultra-libéralisme qui ne sait en fait pas tenir ses finances. Cette ruine finira, notamment en Angleterre et en France, par renforcer la discipline financière, comme ce fut le cas en Espagne, Irlande, Portugal. Comme c’est un peu plus en cours en Italie.