Liberté ou égalité, démocratie libérale ou démocratie populaire ?

  1. Un leader absolu
  2. Un régime de dictature
    1. Une économie régulée
  3. Un peuple consentant
  4. Une folie autorisée
  5. Un peuple qui aime son régime
    1. L’animal grégaire
    2. La structure familiale
    3. Agressivité partout
  6. Un paradoxe insoluble ?
    1. Liberté, fragile liberté
  7. Annexe
    1. Démocratie populiste, un nouvel entre-deux?
      1. Quels sont les critères du populisme?
        1. 1. Une définition minimale du populisme
        2. 2. Critères pour identifier une position populiste
          1. a. Une définition essentialiste et moralisée du « peuple »
          2. b. La désignation de boucs émissaires
          3. c. Un discours anti-establishment
          4. d. Des promesses simplistes ou irréalistes
          5. e. Une opposition systématique sans proposition constructive
          6. f. Un leadership charismatique et personnalisé
          7. g. Un rejet des experts et de la complexité
        3. 3. Ce qui ne définit pas le populisme
        4. 4. Exemples concrets pour illustrer
        5. 5. Débats et limites du concept
        6. 6. Comment distinguer populisme et démocratie ?
        7. En résumé :
    2. 1. Démocratie libérale (le modèle standard)
    3. 2. Démocratie populiste (un oxymore ?)
      1. a. Le populisme comme posture d’opposition
      2. b. Le populisme au pouvoir : vers une « démocratie illibérale »
    4. 3. Démocratie populaire (un autre modèle ?)
    5. 4. Populisme vs démocratie populaire : tableau comparatif
    6. 5. Pourquoi parle-t-on de « démocratie populiste » ?
    7. 6. Le populisme peut-il être une démocratie ?
    8. 7. Conclusion : trois scénarios possibles
    9. Pour aller plus loin :

Le régime de la démocratie libérale, qui est pour nous une évidence, est une anomalie du point de vue de l’histoire. La liberté est une idée quasiment uniquement occidentale. À l’intérieur des régimes libéraux, nombre d’entre eux ne le sont pas totalement, notamment l’Inde, qui est également construite sur son toujours vivace régime de castes. La « libertocratie », reste très fragile, comme en Amérique du Sud et encore plus en Afrique.

Pire encore, à l’intérieur même des régimes libéraux, la contestation populaire, anti-libérale, c’est-à-dire proprement anti-liberté individuelle, fait rage. Il n’y a qu’à voir en France même la place des partis extrémistes, qui se rejoignent sur la haine de l’individu, pour constater que même au pays de la Révolution et de Descartes, l’individu, le « je » reste attaqué de toute part. En ce début de XXIème siècle, les régimes populaires, en Chine, en Russie, peut-être bientôt en Turquie, les régimes carrément théologiques, en Iran, Afghanistan, Pakistan, mais aussi en Arabie saoudite, EAU et autres, ont le vent en poupe et sont en train de devenir le modèle principal.

Comment l’expliquer? Comment le comprendre? Ces régimes ont plusieurs caractéristiques communes, pas toujours magnifiques, que l’on peut regrouper autour de trois thèmes: un chef absolu, un régime égalitariste, un peuple soumis qui soutient le régime.

Un leader absolu

C’est la pire caractéristique des régimes autoritaires. Ils finissent tous par être dirigés par un dictateur. Et tous les dictateurs ont un profil psychologique très particulier pour dire le moins. Le leader absolu commence toujours par avoir une doctrine elle-même absolue. Il défend « son » peuple, « son régime », « sa » culture ».

Hitler, Poutine, Erdogan peut-être, Staline, Mao, Xi, Kim Jong Il, Louis XIV, Napoléon, César, Castro… On pourrait multiplier les exemples à l’infini, le grand leader, adulé par les foules et célébré par l’histoire a en général tous les traits du psychopathe. Il n’a qu’un seul et unique but, renforcer son propre pouvoir. Pour arriver à ses fins il va utiliser tous les moyens possibles. Le vol du pouvoir et des richesses, le meurtre, la guerre de conquête (pas la guerre défensive), la modification des institutions, la ruine du pays, l’instauration d’une religion unique, le muselage de la presse et des intellectuels, et tant d’autres joyeusetés.

Être capable de réaliser toutes ces actions nécessite un caractère bien particulier. Menteur, manipulateur, sadique, paranoïaque, pas toujours dénué d’une véritable folie, le grand leader charismatique est un psychopate dont Staline et Hitler restent les grands modèles. Comprendre comment un tel homme peut parvenir au pouvoir, en passant à travers tous les filtres du contrôle social est un mystère qu’il faut élucider. Malheureusement, la récurrence du thème nous met immédiatement sur la voie d’une raison profonde. Il n’y a pas là de hasard, mais une réalité qu’il faut regarder en face.

Un régime de dictature

Le régime n’est pas forcément une dictature dès l’origine. C’est bien souvent après avoir été élu et en parvenant à se maintenir au pouvoir par-delà les limites imposées au renouvellement des mandats, que le dictateur parvient à assoir un pouvoir qui ne peut plus lui échapper.

the dark side: Machiavellianism, Narcissism, Psychopathy, and Sadism

Définir le régime de ce que l’on appelait auparavant un « tyran » n’est malheureusement pas quelque chose de très difficile. C’est exactement l’inverse des régimes de liberté dans lesquels nous vivons. Le régime du dictateur est un régime de concentration toujours plus poussée du pouvoir. Chef militaire, premier législateur, chef économiste, chef religieux, responsable de la doctrine… il n’y a virtuellement rien qui échappe à son emprise. Toute contestation est étouffée dans l’œuf. Tout écart par rapport à la norme est sauvagement pourchassé et désigné comme le coupable de tous les maux de la population. Le leader est revêtu d’une telle force symbolique qu’il désigne les ennemis, les impurs, les coupables, dont il faut se débarrasser pour garantir la pureté de la communauté.

Le régime ne repose plus vraiment sur la loi elle-même, et devient essentiellement un régime répressif et instaure une société de contrôle. Elle va reposer sur un discours glorifiant le « peuple », la « grandeur » du pays, sa culture, sa religion, et les héros d’un passé mythifié. En même temps, le régime impose un certain nombre de valeurs, en général traditionnelles, l’obéissance, la virilité, le sacrifice pour la patrie, la croyance en dieu. Elle glorifie aussi le leader, qui devient dieu sur terre et se construit une image divine à travers le fameux culte de la personnalité.

L’individu n’existe plus. Tous les droits individuels disparaissent. En dehors du leader, tous les autres doivent être et rester les rouages dans une machine. Le leader tue ou promeut. Il fait et défait les destins à la seule force de sa volonté. L’arbitraire est partout. Le droit de l’État, qui n’est en fait que le droit d’un seul, écrase tous les autres droits.

Une économie régulée

La haine de l’argent et des riches n’a d’égale que le dégoût de l’économie de marché. Lutter tous les jours pour son pain. Prendre à chaque grande décision économique le risque de se faire arnaquer, de ne pas obtenir le prix optimal. La peur de se faire avoir, la haine de celui qui a plus poussé au blocage des prix. Le prix bloqué est le symbole de l’égalité économique, quand bien même cela n’aurait effectivement aucun sens d’un point de vue économique.

4 mois après son élection, Poutine a réuni les plus puissants oligarches au Kremlin et les a prévenus de ne jamais faire de politique. Tout en les laissant opérer, il les a symboliquement dévalorisés auprès de toute la population et transféré ainsi tout leur pouvoir à sa propre personne. Qui va défendre les riches dans la rue? Personne! C’est au contraire avec le soutien du « peuple » que les riches perdent leur pouvoir.

La division du travail est un ferment de différenciation. On fera tout pour la faire disparaître. Les « intellectuels », toujours soupçonnés d’être des libres-penseurs, devront être rééduqués et aller à la campagne, comme sous Mao. Le niveau intellectuel va partout chuter. En plus des tâches intellectuelles, certaines autres formes de travail, le commerce et la banque notamment, qui sont réputées ne rien produire, en plus d’être des « métiers de juifs », seront également mises sous pression. Seuls les métiers de la production et de l’alimentation peuvent être considérés comme de vrais métiers. Le tourisme, qui représente 10% de l’économie mondiale, ne servira plus à rien dans ces pays puisque les frontières seront petit à petit fermées pour préserver la « pureté » du peuple. Le secteur culturel, cinéma, littérature, théâtre et autres, sera réduit à la glorification des valeurs et lui aussi radicalement restreint.

Toutes les couches organisationnelles et hiérarchiques de la société seront attaquées pour leur inégalitarisme. En entreprise, c’est le « management », ce relais de l’oppression d’une classe dominante, qui sera la première victime. On défendra des idées comme celles de l’autogestion. Les objectifs de production viendront directement du gouvernement, dont l’administration toute puissante va se substituer au si honnis « management », c’est-à-dire à la bourgeoisie créée à partir de l’organisation du pouvoir. L’économie ainsi rabougrie, privée du développement de sa diversification horizontale, sans organisation verticale pour assurer productivité et qualité, repliée sur le seul pays ou quelques pays au niveau international, et dont les forces intellectuelles ont ainsi été réduites, n’aura que très peu de chance de ne pas sombrer dans la famine. Il devra nécessairement posséder un secteur agricole fort et suffisamment de matières premières pour l’énergie et l’industrie.

Tout devient peu à peu administré et contrôlé par l’État. L’administration est le bras armé de l’État, la grande créatrice de cette égalité mortifère. Elle remplace toutes les modalités de relations entre les citoyens et régit tout à leur place. Elle s’occupe de l’éducation des enfants à la place des parents. Elle étatise toute l’économie, ce qui est comme on le sait maintenant parfaitement bien, la meilleure manière de l’étouffer complètement et de ruiner la population. Derrière le fantasme de l’égalité économique se cache la misère commune. Derrière la sécurité de ne pas avoir à marchander toute la journée au risque de ne pas toujours gagner, cela cache la réalité des rayons de magasins complètement vides. Lors de son premier voyage aux États-Unis, Boris Eltsine a demandé à s’arrêter de manière impromptue dans un supermarché. Il ne croyait pas les images de la télévision et de ses services. Il a vu de ses yeux et A exposé lui-même que le moindre supermarché américain proposait une offre, une qualité et une variété à laquelle même le politburo n’avait pas accès.

Un peuple consentant

C’est bien là l’élément le plus troublant. L’Allemagne, l’un des pays les plus avancés au monde, pour ne pas dire le plus avancé, a suivi quasiment comme un seul homme un fou furieux. La Corée du Nord meurt de faim plutôt que de se révolter. Quelques Russes interviewés pendant la guerre d’Ukraine affirment haut et fort qu’il faut éradiquer tous les Ukrainiens et tous les Polonais, qui sont tous des nazis. Les femmes iraniennes ont créé une gigantesque révolte qui ne parvient pas à se transformer en Révolution. La Chine tout entière obéit désormais à un seul homme. Les Russes qui ne voulaient pas rejoindre l’armée après l’annonce de la conscription pour rejoindre le front ukrainien n’ont pas créé un mouvement anti-Poutine à l’étranger. Les islamistes n’ont pas entamé de révolution intellectuelle après les attentats du 11 septembre. Réel sur le long terme, l’avancée de la démocratie libérale reste limitée, trop limitée.

Alors pourquoi? Que peuvent bien offrir ces régimes, qui par-delà toutes leurs horreurs soit suffisamment puissants pour y maintenir autant de milliards d’hommes et de femmes à travers toute l’histoire humaine? Encore plus incompréhensible, comment autant de milliards de personnes ont-elles pu et peuvent-elles encore se soumettre à l’autorité d’un psychopate qui le plus souvent, voire quasiment toujours, finit par mener son peuple et son pays à la ruine? Il est fondamental d’affronter cette question en face. Un tel phénomène ne peut reposer que sur des traits essentiels de la nature humaine.

Une folie autorisée

La plupart des régimes , y compris dans nos démocraties libérales, les lois et les institutions ne font presque rien contre les psychopates. Ils ne sont pas reconnus comme des dangers sociaux. Ils sont souvent glorifiés, au cinéma ou dans la vie économique. La parole des victimes est la plupart du temps inaudible, parfois même quand il existe des mécanismes de recueil de cette parole. Le mensonge n’est pas du tout combattu et n’est même pas reconnu comme un objet juridique en France.

Le psychopate connaît parfaitement ses règles et semble toujours parvenir à ne pas prendre le moindre risque ou réussir à tourner le système à son avantage. Il existe des gardes-fous, mais de manière assez intéressante, pas partout. Il y en a dans la médecine, dans l’enseignement supérieur, dans la police, dans la comptabilité (à ne pas confondre avec la finance). Partout où un haut niveau d’étude est exigé, partout où il existe un contrôle social de la corporation sur ses membres, le contre-feu fonctionne assez efficacement. Mais il est des domaines majeurs dans lesquels ces contre-feux n’existent absolument pas, au premier rang desquels la politique et l’entreprise. Des hommes et femmes politiques irresponsables peuvent parvenir aux responsabilités (Berlusconi énième exemple) et des tyrans peuvent diriger des empires.

Ce n’est pas un hasard, c’est un système. Dans ces deux domaines, le pouvoir et l’argent, la personnalité des psychopates non seulement ne fait pas l’objet d’un contrôle, mais elle est même encouragée par le système, y compris dans un modèle libéral. Si ce n’était pas le cas, il serait impossible d’avoir des dirigeants politiques démagogiques comme nous les avons. Il serait aussi certainement impossible de bâtir les empires financiers actuels.

Les systèmes démocratiques se protègent dans ces deux domaines par deux règles indéfiniment déclinées, celle de l’interdiction de la concentration des pouvoirs et celle du débat contradictoire. En politique le pouvoir est divisé entre législatif, exécutif et judiciaire, mais aussi administratif, et économique, le pouvoir de battre monnaie étant éloignée de la sphère du pouvoir politique. En justice, c’est toute la structure des jugements, appels, contre-appels, vérification de constitutionnalités, etc.. qui brise le droit, parfois à l’extrême. En économie, la règle suprême est celle de la non-concurrence, c’est-à-dire dire là-encore de l’obligation de la pluralité des acteurs d’un même secteur. Aucune entreprise n’a le droit de devenir le « dictateur » de son secteur.

Nous ne sommes ainsi jamais vraiment à l’abri de ce type de personnalité, comme le montrent suffisamment l’arrivée au pouvoir de Trump et sa tentative de déstabilisation des institutions démocratiques américaines. Cet événement est d’autant plus notable que les États-Unis sont sans doute l’un des seuls pays au monde a n’avoir jamais connu de changement réellement profond de Constitution.

Un peuple qui aime son régime

Le « peuple » est le grand mot, la grande notion défendue par tous ces régimes. Le « peuple » désigne autre chose que l’ensemble des citoyens ou des individus. Le peuple s’oppose même à l’ensemble des citoyens. Il est une entités continue, dans laquelle les individus sont indifférencies. Il est la ruche des abeille ou la fourmillière organisée autour de la reine. Il n’est pas une somme de partie, comme un corps, car il n’est pas composé de partie différenciée ayant chacune sa fonction. Il est une seule entité. Il n’a plus qu’un seul esprit.

Start Trek, the Next Generation- l’Enterprise face à son pire ennemi, le cube Borg. Les Borgs sont un collectif d’être humanoïdes rattachés à leur reine par un giganteste dispositif technologique qui les a tous transformés en machines reliées en réseau. Une belle préfiguration de la société de contrôle sociale chinoise.

L’animal grégaire

L’ennemi du peuple est l’individu. C’est aussi simple et implacable que cela. Tout doit être commun. Tout ce qui n’est pas commun est dangereux et nuisible. Le peuple ne veut aucune tête qui dépasse. Il veut l’égalité, car l’égalité est la preuve même que le peuple existe. L’individualisme est l’affirmation de la différence qui rend chacun non comparable aux autres. La liberté, c’est aussi la liberté de ne pas être égal, donc d’être différent. Le peuple déteste la différence. Il ne veut pas de ce commandement moderne qui nous harcèle partout « be yourself », sois toi-même. Etre un individu est épuisant. Cela nécessite un questionnement permanent sur la personne que nous sommes. Il faut accepter une certaine solitude, ce que le groupe refuse absolument. Il préfère la chaleur des liens sociaux incompréssible. Le groupe et la doctrine de l’Etat lui convient parfaitement. il veut obéir et que tout le monde obéisse. Mais le sacrifice total de l’individualité n’est pas plus possible que celui du groupe. Totalement désindividualisé, l’homme perd sa dignité, sa créativité, son envie de vivre elle-même. Et cela convient tout à fait à un régime qui n’a pas d’autre ambition que de le conduire à la mort.

Défendre le peuple et l’égalité, c’est du pareil au même. D’où vient cet amour pour l’égalité? La première source, animale, est le fondement grégaire de la société humaine. Nous ne pouvons pas exister réellement seul et par nous-mêmes. C’est extrêmement difficile, voir impossible puisque nous naissons les uns des autres. Nous vivons en interactions. Le principe grégaire, l’homme animal social « zoon politikon » d’Aristote, veut et se sent bien en groupe.

Le premier groupe est celui de la famille. Une partie de notre psyché est construite et arrimée à celle de nos proches. Quand nous perdons un parent, c’est une partie de nous-mêmes, de notre mémoire, de nos actions passées, de nos moments de joies et de tristesses que nous perdons. Maintenant que l’autre n’est plus, qui pourra nous garantir que tout ceci a bien été réel? Qui prouve que nous existons? Tout le monde ne peut pas se fonder dans la conscience de sa propre pensée. Le « je pense donc je suis » cartésien nécessite tout de même de penser. Ce n’est pas aussi évident, ni aussi fort chez la majorité des personnes pour être suffisant pour fonder partout l’identité individuelle.

Le second groupe est celui de la religion. L’Etat n’arrive qu’en troisième position. Le dernier groupe est le groupe économique. C’est le moins important. Les familles et les groupes vivant ainsi refusent autant que possible toute forme de remise en cause. Or la liberté est remise en cause permanente. Le groupe veut une société figée, traditionnelle, sans changement, qui lui permette de ne jamais changer quoique ce soit. L’immobilisme est sa principale valeur.

L’amour de l’égalité est aussi une haine de l’inégalité et de la différence. Pourquoi détester l’inégalité? Pourquoi détester la différence? Vu de notre fenêtre, de nos pays qui glorifient la différence, la singularité, qui cherchons à la protéger et lui accordons une grande valeur, ce phénomène est difficile à comprendre. Une hypothèse possible est celle de la jalousie. Ce que nous voyons en permanence chez les égalitaristes, c’est la haine. La détestation des « riches », des « juifs », des « étrangers », des autres religions, des autres pays. C’est une véritable allergie. La première vertu semble l’intolérance totale. La haine des riches ressemble beaucoup à une jalousie pure et simple. Jamais il n’est fait état d’une demande de modification de la distribution des richesses ou des pouvoirs.

Après l’échec du communisme, qui n’est qu’une version exacerbée de l’égalité, les nouveaux régimes dictatoriaux ont cependant tous accepté une forme d’oligarchie. Il y a des milliardaires en Chine et des Oligarches en Russie. Mais ces ultra-riches n’ont le droit de survivre que dans la mesure où ils servent le régime. On ne compte plus les disparition de riches en Chine et les morts plus ou moins suspectes d’oligarches en Russie (Roman Ibrahimovic a échappé à la mort de justesse). Les riches sont un mal nécessaire, surtout face à un Occident toujours plus riche, toujours plus puissant. Les dictateurs modernes ont appris de l’échec économique du communisme.

La structure familiale

Le groupe est une seule grande famille. Le pouvoir du grand homme est le pouvoir du père. Staline se faisait appeler dans une formule saisissante de vérité « le petit père des peuples ». Il ne peut y avoir qu’un seul maître, un seul père ou chef de famille. Les membres d’un groupe déteste la multiplication des autorités. Ils ne supportent pas d’obéir si ce n’est au chef suprême ou au chef religieux. Seul le chef a le droit de gratifier ou de blamer. Seules les récompenses du chef sont acceptées. C’est ainsi que se déclenche la course aux honneurs. On en garde de nombreuses traces en France. De nombreuses activités économiques toujours vivantes ont commencé en obtenant un « privilège royal », ultime et magnifique distinction! Dans un groupe, on préfère être distingué par le roi que d’être un vulgaire « self made man »! On tient son pouvoir de la source de tout pouvoir. La reconnaissance de soi-même ne vient pas de nos propres mérites ou de notre famille, mais de la distinction insigne, de la reconnaissance du chef suprême.

Le régime populaire tient chaud. Il cherche à répondre à la promesse de la disparition de toute solitude et de l’épanouissement dans la vie de groupe. Mais ce rêve du retour à l’enfance, à l’inconscience du pré-pubère est mortigère pour des adultes contraints d’y sacrifier leur individualité.

Agressivité partout

Ces régimes seront toujours agressifs envers tout élément exogène, tout ce qui est extérieur. Toute différence est pour eux une menace. Ces leaders sont incapables d’arrêter leur folie à l’intérieur de leur frontière. Leur succès confirment selon eux qu’ils ont eu raison de commettre toutes les atrocités qu’ils ont déjà commises. Il vont donc lutter par tous les moyens contre la liberté individuelle, partout sur la planète. Leur politique extérieure est la même que leur politique intérieure. Les doux concepts de « non ingérence » et de « liberté d’expression » sont pour eux des aubaines et ils vont d’autant mieux s’en servir contre nous, ils savent d’autant mieux les exploiter, qu’ils ont déjà totalement réussi à les mater dans leur propre royaume. Seule la force militaire, c’est-à-dire la peur de mourir, peut les arrêter.

Un excellent site, regorgeant d’anecdotes sur les dictateurs

Un paradoxe insoluble ?

Comment de tels régimes peuvent-ils survivre? Comment des peuples entiers peuvent-ils se laisser conduire ainsi par des psychopates? Comment des personnalités aussi extrêmes peuvent-elles arriver au pouvoir? Voilà le paradoxe absolu, le défi posé à l’intelligence par de ce mécanisme pourtant si courant. Il explique cependant pourquoi de tels régimes ne peuvent que mal finir. Mais avant de mal finir, ils ont quand même réussi à exister. Le psychopate offre au peuple tout ce qu’il demande. Il contrôle tout. Il coupe toutes les têtes. Il maintient l’égalité dans la misère du peuple en concentrant en lui-même tous les pouvoirs. Il autorise une forme de sadisme qui se répand de sa personne à tous les niveaux de la société. Le modèle du chef, l’autorisation donnée par le haut de la pyramide irrige les structures de commandement et de crontrôle et même la cellule familiale. Les maris asservissent les femmes et l’éducation nationale endoctrine les enfants. « Mon père est l’URSS, ma mère est le communisme » devaient réciter tous les matins les enfants russes. Il donne libre cours à la haine. La vidéo de l’assassinat d’un militaire ukrainien fait prisonnier devient virale sur les réseaux. Il contente la jalousie. Les oligarches chinois disparaissent des écrans radars pour purger toute la haine que leur succès à déclenché dans la société. Tous les opposants politiques sont élminés.

Montesquieu nous a prévenu « le pouvoir rend fou et le pouvoir absolu rend absolument fou ». Le psychopate finit par s’identifier totalement au peuple. Tout ce qui lui nuit ou peut lui nuire est une menace directe contre le peuple. Pour éviter toute révolution lors de son décès, il faudra fonder une dynastie et donner le pouvoir à sa descendance. Il n’y a que trois manières de s’en débarrasser. Sa mort par maladie, parfois rendus plus facile par sa paranoïa. Son assassinat par son entourage, comme ce fut le cas de Jules César. C’est malheureusement une exception. Et enfin la défaite militaire et l’exil, comme pour Napoléon, Hitler, Saddam Hussein. Staline est lui mort dans son lit.

La population accèpte ce sadisme d’Etat. Elle en profite même. Tous ceux qui sont punis rappelle au membre du parti ou du pays que lui est obéissant et n’a rien à craindre du pouvoir. Tout crime de l’Etat le conforme dans l’idée qu’il a le comportement adéquate. Il devient aveugle à l’arbitraire. Il préfère cette fausse justice implacable au hasards de la vie. Le peuple choisit son leader ou l’accepte comme étant son image. Il vit le pouvoir par procuration directe en s’identifiant au chef et a l’impression d’être plus puissant que s’il était dans un régime de liberté, dans lequel il devrait tous les jours faire ses preuves et être confronté à la concurrence. Ils sont comme des enfants enfermés volontaires et satisfairs dans l’amour de leur parent.

Mais le vers étant dans le fruit, le leader étant très proche de la folie et alimenté uniquement par des passions négatives, bloquant toute circulation d’énergie créative, sauf dans l’armement, le régime finira toujours par être en faillite. Le leader vit dans la solitude la plus extrême, sans plus aucun contact à l’alterité. Il ne peut plus se remettre en question. Comme tous les menteurs pathologiques il devient complètement paranoïaque, persuadé que tout le monde lui ment. Il devient fou. La population qui ne se régénère pas déclinera forcément. La démographie chute inéxorablement. Le monde libéral qui continue à progresser autour de ces pays va forcément les dépasser de toutes les manières possibles et imaginables, car ils maintiennent vivent les forces créatives de la nation et des individus.

Liberté, fragile liberté

L’argumentation que nous avons présentée s’appuie en grande partie sur le cas extrême de la dictature. Même des régimes dit dures ne parviennent pas tous à cet état extrême de pourrissement psychopatique. Nous voyons au contraire partour les équilibres plus ou moins assurés ou précaire de ce Janus politique.

La Chine par exemple, n’est pas encore une totale dictature. Son peuple, sa classe moyenne récemment créé, est un puissant ferment de liberté. Mais tout ceci pourrait disparaître assez rapidement, en moins d’une génération, tant le contrôle du parti est fort sur le pays. Les Etats-Unis, pays de l’individualisme, le seul pays où il exite réellement des libertariens, c’est-à-dire des personnes pronant la disparition totale de l’Etat, ont connu une sérieuse alerte anti-démocratique avec l’assaut des partisans de Trump contre le Capitole. Les Etats-Unis poussent l’individualisme tellement loin que chaque individu deviendrait presque un Etat en soi, toute coordination étant structurée par le marché, c’est-à-dire en fait par des règles ad hoc de chacune des transactions particulières. Chacun a le droit d’être armé et d’être d’une certaine manière sa propre armée privée. Mais cet extrême est tout aussi impossible que le totalitarisme négateur de tout individu. Les Etats-Unis équilibrent leur individualisme par la croyance en dieu et par l’amour de la patrie et de la Constitution, qui tous trois défendent les libertés individuelles.

En France, la gauche révolutionnaire, cachée sous le faux nez de « l’insoumission » cherche tous les jours à détuire le régime au nom de l’égalité. Comme la Russie de Poutine, elle appelle « nazis » tout ce qui est défense de l’individualisme, dans un retournement de valeur consternant. La France est le pays le plus conscient de la difficulté à unir ces deux valeurs, toutes deux incluses dans sa devise: « liberté, égalité, fraternité ». La tension permanente qui existe dans le pays y est complètement étouffante. Il n’y a pas une journée, pas une heure de l’actualité française ou le problème de la synthèse de la liberté et de l’égalité ne soit sur le devant de la scène. La France es le pays des Lumières et du Romantisme en même temps. Elle élit régulièrement un monarque républicain qu’elle s’empresse de détester. Elle cherche un sauveur, comme De Gaulle, et s’empresse de condamner à traverser le désert. Le français veut être libre et peuple en même temps. On dit souvent que la France est le seul régime communiste qui a réussi.

Au Canada, c’est au contraire la gauche woke qui s’est lancée dans une course étrange et paradoxale à l’égalité de toutes les différences, y compris les différences fantasmées et saugrenues. On doit espérer qu’il ne s’agit que d’une péripétie et que le régime libéral sera suffisamment solide pour absorber et organiser les différences, ce qui est bien sa plus grande force. L’un des fondements du wokisme est la déconstruction française, aux sinistres racines communistes (Derrida), et irrationaliste (Foucault et l’Histoire de la Folie). On voit clairement la cohérence entre la destruction de la raison et de la glorification des régimes populaires. C’est l’instinct, l’animal, la bête qu’il s’agit de faire ressurgir. Les véritables continuateurs d’Heidegger ne sont pas ses propres élèves, Arendt, Strauss, Lévinas et autres, mais bien les déconstructeurs français. La nature animale vaut mieux que la nature rationnelle. Dieu est force et élan vital, il n’est pas raison et mathématique.

On mettra tout de même Deleuze un peu à part, lui qui a tant penser la différance et pas uniquement pour l’opposer à la raison.

Il nous faut, en tout cas pour tous ceux qui souhaitent voir continuer le règne de la liberté, rester vigileants et développer ou redévelopper, un arsenal anti-populisme, anti-égalitariste et anti-totalitaire. Tous les exemples précédents montrent que la principale thèse politique des Lumières, celle de l’inaliénabilité de la liberté individuelle est malheureusement un voeu pieux. Non, il n’y a aucune limite au pouvoir qu’un homme peut prendre sur un homme ou sur un pays tout entier. Que vaut la liberté de penser quand il n’y a plus, comme en Corée du Nord, de livre, d’électricité, et même plus suffisamment de nourriture pour éviter la réduction de la taille des habitants et la chute de leur durée de vie? Que vaut la liberté de choix quand un tyran menace d’éxécuter tous les membres de votre famille, de les torturer ou de les mutiler? Un tyran peut transformer les autres hommes en quasi-animaux. La liberté individuelle est faible, elle doit entretenue comme le feu des premiers hommes. Ecrasée par le tyran, elle l’est tout autant par les multiples couches sociales qui composent une société. Ce n’est pas la relation d’un seul individu face à l’Etat. Le plus grand danger cependant reste le consentement volontaire à cette tyrannie de l’idéologie et la soumission à un pouvoir qui détruit la raison et l’individu. Les fondements de notre philosophie politique doit être repensés pour prendre en compte cette faiblesse intrinsèque de l’individu.

La tention entre régime égalitariste et régime de liberté reste le plus important principe des relations internationales. Nous voyons tous les jours que nous ne sommes pas assez prémunis contre ces puissances grégaires de servitude. Nous devons notamment mieux organsier nos libertés pour qu’elles ne puissent pas donner aussi facilement prise à la propagande anti-liberté. Voici un programme qui mérite de continuer à être développé, même si les principes de ce combat ont déjà été en grande partie éclairés dans cet argumentation. C’est bien la liberté qui doit guider le peuple, et non pas le peuple qui doit étouffer la liberté. C’est sous l’égide de la liberté qu’il faut organiser les rapports de la liberté et de l’égalité, de l’individu et de la collectivité, sous le régime du droit et non de la force.

Annexe

Pour donner un exemple de la thèse libérale, celle qui défend l’idée désormais dépassée que l’homme a des droits insubmersibles sous la puissance de la tyrannie:

Spinoza – Traité politique §8

« D’où la conséquence: Aucun acte, auquel jamais ni espoir de récompense ni menace de châtiment ne saurait décider quelque individu que ce soit, ne saurait être ordonné par une législation nationale. Par exemple, aucun homme ne saurait renoncer à l’exercice de son jugement. »

Ce passé est d’ailleurs l’un des symboles de la problématique de la liberté autour de laquelle tourne la philosophie de Spinoza. Car dans tout le reste de sa démonstration, Spinoza ne parle que de la puissance naturelle de chaque homme, et le rapport entre la pensée et les passions dans la composition de cette puissance n’est jamais vraiment explicité.

Démocratie populiste, un nouvel entre-deux?

Nous voyons de plus en plus se développer des partis dits populistes, comme le RN ou LFI. Mais qu’est-ce qu’un parti populiste? Quand il arrive au pouvoir, quel régime met-il en place et est-ce encore une démocratie?

Les populismes ont la position facile en démocratie. Ils esquivent la réalité en déployant un positionnement en trois points:

-La critique systématique du système, quelqu’il soit, et ne soutenant jamais aucune mesure concrète permettant d’améliorer concrètement la moindre situation. Ce pourquoi le RN ou LFI votent toujours soit contre, soit des mesures extrêmes. Il s’agit toujours et partout d’affaiblir non seulement l’adversaire, mais même le pays;

-La défense d’une forme d’identité du peuple. Et à ce titre, il n’y a pas tant de différence de forme entre LFI et le RN. L’un défend la nouvelle France, l’autre l’ancienne. L’un veut ouvrir totalement les frontières, l’autre les fermer. Mais l’essentiel n’est pas là. L’essentiel est de donner une représentation identitaire dans laquelle les électeurs puissent se projeter et se sentir psychologiquement bien.

-Désigner un ou des bouc-émissaires. LFI désigne les riches, les juifs, le capital. Le RN désigne l’Europe, l’ONU, les autres. L’idée est de faire porter le poids des problèmes à un autre. Il s’agit là encore d’une défense et d’un position psychique, et pas du tout d’une amélioration du système.

Le populisme présente un entre-deux entre le libéralisme et l’extrémisme. Mais il penche beaucoup plus vers l’extrémisme. Et quand il arrive au pouvoir, il peut accepter une partie des institutions de la démocratie libérale, mais il va également les attaquer sur plusieurs points (et pas seulement les réformer). Les deux populismes peuvent arriver au pouvoir, comme nous le voyons d’un côté en Espagne, très à gauche, dans la Hongrie d’Orban qui était très à droite, en Italie, où le populisme s’est en grande partie dissous dans la démocratie, ou encore en Turquie, où rien ne semble plus pouvoir arrêter la dérive autoritaire. Un populiste peut arriver au pouvoir par les urnes et ne jamais le lâcher, comme Maduro au Venezuela, ou accepter de perdre, malgré toutes les manipulations, comme Orban en Hongrie.

Les anciennes catégories, monarchies, oligarchie, démocratie, semblent en partie renouvelées par cette nouvelle gradation entre populaire, populiste et libéral. La superposition, cependant, est patente lorsque nous regardons la concentration du pouvoir et de la richesse correspond à chaque régime. Pour aller plus loin, nous pouvons même établir un lien entre la dynamique

Voici quelques informations très claires venant de Mistral et corroborant et détaillant ces analyses:

Quels sont les critères du populisme?

Oui, le populisme est un concept souvent débattu en science politique, et plusieurs critères permettent de le définir, même s’il n’existe pas de consensus absolu. Les éléments que tu mentionnes (référence au « peuple », programmes irréalistes, désignation de boucs émissaires, opposition systématique) sont effectivement des marqueurs courants du populisme, mais ils doivent être nuancés. Voici une analyse structurée des critères généralement retenus par les chercheurs (comme Cas Mudde, Jan-Werner Müller, ou Ernesto Laclau), avec des exemples concrets :

1. Une définition minimale du populisme

Le populisme n’est pas une idéologie complète (comme le libéralisme ou le socialisme), mais un style politique ou une logique discursive qui repose sur trois piliers :

  • Une dichotomie moralisée : La société est divisée en deux groupes homogènes et antagonistes :
    • « Le peuple pur » (vertueux, légitime, souvent victimisé).
    • « L’élite corrompue » (ou les « autres » : immigrants, médias, experts, etc.), responsable des maux de la société.
  • Une revendication de souveraineté populaire : Le peuple doit reprendre le contrôle, souvent via des mécanismes directs (référendums, plébiscites).
  • Un rejet des institutions intermédiaires : Méfiance envers les partis traditionnels, les médias, les contre-pouvoirs (justice, experts), perçus comme complices de l’élite.

Exemple :

  • Donald Trump (« Drain the swamp », « fake news ») ou Marine Le Pen (« le peuple contre les élites mondialisées ») illustrent cette dichotomie.
2. Critères pour identifier une position populiste

Voici une liste de critères cumulatifs (plus un mouvement en remplit, plus il est populiste) :

a. Une définition essentialiste et moralisée du « peuple »
  • Le « peuple » est présenté comme une entité unifiée, porteuse de valeurs pures (travail, tradition, nation).
  • Exclusion : Ceux qui ne partagent pas ces valeurs (ex. : les « élites », les migrants) sont exclus de la définition du peuple.
    • Exemple : « Le vrai peuple français » (excluant les « islamo-gauchistes » ou les « mondialistes »).
b. La désignation de boucs émissaires
  • Les problèmes sociaux/économiques sont attribués à un ennemi clair et simplifié :
    • Les élites politiques, les médias, les banques, les migrants, l’UE, etc.
    • Exemple : « C’est la faute des migrants si vous n’avez pas d’emploi » (discours de l’extrême droite européenne).
c. Un discours anti-establishment
  • Rejet des institutions traditionnelles (parlements, partis, justice) au profit d’un lien direct entre le leader et le peuple.
    • Exemple : « Moi seul peux vous sauver » (Trump), ou « Circulez, il n’y a rien à voir » (réponse de Jean-Luc Mélenchon à une perquisition).
d. Des promesses simplistes ou irréalistes
  • Solutions « magiques » à des problèmes complexes :
    • « On va sortir de l’euro et tout ira mieux » (Marine Le Pen).
    • « On va construire un mur et le Mexique paiera » (Trump).
  • Caractéristique : Ces promesses sont souvent impossibles à tenir, mais elles mobilisent émotionnellement.
e. Une opposition systématique sans proposition constructive
  • Le populisme se nourrit souvent de l’indignation plutôt que de programmes détaillés.
    • Exemple : Critiquer l’UE sans proposer d’alternative crédible (ex. : Brexit sans plan clair).
    • Mais attention : Certains mouvements populistes ont des programmes concrets (ex. : le M5S italien sur le revenu universel).
f. Un leadership charismatique et personnalisé
  • Le populisme repose souvent sur un leader providentiel qui incarne le peuple.
    • Exemples : Hugo Chávez, Viktor Orbán, ou même Emmanuel Macron en 2017 (« ni droite ni gauche »).
g. Un rejet des experts et de la complexité
  • Méfiance envers les savoirs établis (science, économie, médias).
    • Exemple : Climatoscepticisme (« les experts mentent »), ou rejet des modèles économiques (« on n’en a rien à faire des règles de Bruxelles »).
3. Ce qui ne définit pas le populisme
  • Un programme économique précis : Certains populismes sont de gauche (ex. : Podemos en Espagne, avec des propositions sociales fortes), d’autres de droite (ex. : le RN en France, avec un mélange de protectionnisme et de libéralisme).
  • L’extrémisme : Tous les populismes ne sont pas extrêmes (ex. : le mouvement des Gilets jaunes en France était populiste mais pas idéologiquement extrême).
  • Le rejet de la démocratie : Les populistes utilisent la démocratie (élections, référendums), mais la vident souvent de ses contre-pouvoirs.
4. Exemples concrets pour illustrer
CritèreExemple (Gauche)Exemple (Droite)
Dichotomie peuple/élite« 99% vs 1% » (Occupy Wall Street)« Le peuple vs les élites mondialisées » (Le Pen)
Bouc émissaire« Les banques » (Mélenchon)« Les migrants » (Salvini)
Promesses irréalistes« 100% renouvelable demain »« Sortir de l’euro sans crise »
Opposition systématiqueRejeter tous les traités européensBloquer le Parlement (Trump)
5. Débats et limites du concept
  • Critique de Müller : Jan-Werner Müller argue que le populisme est anti-pluraliste : il nie la légitimité de l’opposition (« Nous sommes le vrai peuple, les autres sont des traîtres »).
  • Critique de Laclau : Pour Ernesto Laclau (théoricien post-marxiste), le populisme est une logique de construction politique qui peut être émancipatrice (ex. : mouvements sociaux en Amérique latine).
  • Risque de surutilisation : Le terme est parfois utilisé de manière péjorative pour discréditer tout mouvement critique des élites.
6. Comment distinguer populisme et démocratie ?

Le populisme n’est pas anti-démocratique par principe, mais il déforme la démocratie :

  • Démocratie libérale : Compromis, séparation des pouvoirs, droits des minorités.
  • Populisme : Majoritarisme (« la volonté du peuple » prime sur tout), rejet des limites institutionnelles.

Exemple :

  • Populisme : Un référendum sur les droits des minorités (ex. : Hongrie de Orbán).
  • Démocratie : Un débat parlementaire avec protections constitutionnelles.
En résumé :

Une position est populiste si elle combine :

  1. Une vision manichéenne (peuple pur vs élite corrompue).
  2. Un rejet des institutions intermédiaires (médias, justice, experts).
  3. Un discours simplificateur (boucs émissaires, solutions miracles).
  4. Une stratégie de mobilisation émotionnelle (colère, nostalgie, peur).

Pour toi :

  • Si tu veux analyser un mouvement ou un discours spécifique (ex. : un parti politique, un leader), je peux t’aider à repérer ces critères.
  • Veux-tu des exemples historiques (ex. : le péronisme en Argentine, le Tea Party aux États-Unis) ou des références théoriques (livres de Mudde ou Müller) ?

Le populisme peut-il être une forme de démocratie à part entière, ou n’est-il qu’une posture d’opposition dans un système démocratique libéral ?
La réponse est nuancée : le populisme n’est pas un régime démocratique en soi, mais il peut transformer une démocratie libérale en un système hybride, que certains qualifient de « démocratie populiste » ou de « démocratie illibérale ». Voici une analyse détaillée pour distinguer ces concepts :

1. Démocratie libérale (le modèle standard)

Définition :

  • Pluralisme : Reconnaissance de la diversité des intérêts et des identités (partis, médias, société civile).
  • État de droit : Séparation des pouvoirs, indépendance de la justice, protection des minorités.
  • Compromis institutionnel : Les décisions sont négociées (parlements, contre-pouvoirs).
  • Exemples : Allemagne, Canada, France (sous la Ve République, malgré des tendances centralisatrices).

Limites :

  • Peut être perçue comme « déconnectée » du peuple (technocratie, élites).
  • Risque de déficit de représentation (ex. : abstention, défiance envers les partis traditionnels).

2. Démocratie populiste (un oxymore ?)

a. Le populisme comme posture d’opposition

  • Dans l’opposition : Les partis populistes (ex. : RN en France, Podemos en Espagne) critiquent les élites et promettent de « rendre le pouvoir au peuple », mais sans nécessairement changer les institutions une fois au pouvoir.
    • Exemple : Le Mouvement 5 Étoiles (M5S) en Italie, qui a dû composer avec les règles de l’UE une fois au gouvernement.
    • Caractéristique : Discours radical en opposition, mais modération une fois au pouvoir (sauf exceptions).

b. Le populisme au pouvoir : vers une « démocratie illibérale »

Quand les populistes gagnent les élections, ils peuvent transformer le système pour affaiblir les contre-pouvoirs, tout en maintenant des élections. On parle alors de :

  • Démocratie populiste (terme utilisé par certains chercheurs) ou, plus précisément, de démocratie illibérale (terme popularisé par Fareed Zakaria).
    • Définition :
      • Élections : Elles ont lieu, mais souvent dans un contexte de manipulation (médias contrôlés, opposition affaiblie).
      • Affaiblissement des contre-pouvoirs : Justice instrumentalisée, médias muselés, société civile réprimée.
      • Concentration du pouvoir : Exécutif dominant (ex. : Hongrie, Turquie, Pologne sous Kaczyński).
    • Exemples concrets :
      • Hongrie (Viktor Orbán) :
        • Réforme de la Constitution pour limiter l’indépendance de la justice.
        • Contrôle des médias (fermeture de journaux critiques, achat par des proches du pouvoir).
        • Lois ciblant les ONG ou les universités (ex. : expulsion de l’Université Centrale Européenne).
          → Orbán parle de « démocratie non libérale » ou de « démocratie chrétienne ».
      • Turquie (Recep Tayyip Erdoğan) :
        • Purges massives après le coup d’État de 2016 (armée, justice, éducation).
        • Répression des opposants (emprisonnement de journalistes, interdiction de partis kurdes).
        • Maintien d’élections, mais dans un contexte très inégal.
      • Pologne (Droit et Justice, PiS) :
        • Réforme de la Cour suprême pour la soumettre au pouvoir politique.
        • Restrictions sur l’avortement et les droits LGBT+, au nom de la « volonté du peuple polonais ».
      • Venezuela (Hugo Chávez puis Maduro) :
        • Utilisation de référendums et d’assemblées constituantes pour contourner l’opposition.
        • Contrôle des institutions (Cour suprême, armée) et répression.
  • Paradoxe :
    Ces régimes se réclament de la volonté populaire (élections, référendums), mais vident la démocratie de ses garde-fous libéraux. Ils ne sont pas des dictatures classiques (pas de suspension totale des élections), mais plus des régimes hybrides.

3. Démocratie populaire (un autre modèle ?)

Le terme « démocratie populaire » est parfois utilisé pour désigner :

  • Des régimes socialistes ou révolutionnaires où le pouvoir est censé émaner des « masses populaires », mais en pratique contrôlé par un parti unique.
    • Exemples historiques :
      • Les « démocraties populaires » d’Europe de l’Est (1945–1989) : RDA, Pologne, Hongrie sous domination soviétique.
      • La Chine actuelle : Le Parti communiste chinois (PCC) se présente comme représentant du peuple, mais sans élections libres.
    • Différence avec le populisme :
      • Ces régimes ne sont pas démocratiques au sens libéral (pas d’alternance, pas de libertés politiques).
      • Ils reposent sur une idéologie totalisante (marxisme-léninisme), alors que le populisme est plus un style qu’une idéologie fixe.

4. Populisme vs démocratie populaire : tableau comparatif

CritèrePopulisme (en opposition)Populisme au pouvoir (« démocratie illibérale »)Démocratie populaire (régimes socialistes)
ÉlectionsRevendiquées, mais pas organiséesOrganisées, mais biaisées (médias, fraudes)Formelles, sans alternance réelle
PluralismeRejeté rhétoriquementAffaibli (opposition marginalisée)Interdit (parti unique)
Contre-pouvoirsCritiquésAffaiblis ou contrôlésSupprimés
Médias« Mensonges des élites »Contrôlés ou muselésÉtatisés
ExemplesRN (France), Podemos (Espagne)Hongrie, Turquie, PologneChine, Cuba, ex-RDA

5. Pourquoi parle-t-on de « démocratie populiste » ?

Certains chercheurs (comme Cas Mudde ou Yascha Mounk) utilisent ce terme pour décrire des régimes où :

  • Le pouvoir est légitimé par des élections, mais où les règles du jeu sont changées pour favoriser durablement le parti populiste.
  • La rhétorique populiste (« nous vs eux ») devient la norme du système politique, au détriment du pluralisme.
  • Exemple : La Hongrie d’Orbán est souvent citée comme prototype de « démocratie populiste », car elle combine :
    • Des élections (donc une forme de démocratie).
    • Un démantèlement des contre-pouvoirs (justice, médias, société civile).

Mais attention :

  • Ce terme est contesté, car pour beaucoup, une démocratie sans libéralisme (sans droits des minorités, sans État de droit) n’est plus une démocratie.
  • D’autres préfèrent parler de « démocratie défectueuse » ou d’« autocratie électorale » (terme de Levitsky et Ziblatt dans How Democracies Die).

6. Le populisme peut-il être une démocratie ?

  • Non, si on considère que la démocratie implique nécessairement :
    • Le pluralisme (reconnaissance de l’opposition).
    • L’État de droit (protection des minorités, indépendance de la justice).
    • La possibilité d’une alternance réelle.
  • Oui, si on adopte une définition minimaliste :
    • La démocratie = des élections + une légitimité populaire, peu importe les droits individuels ou les contre-pouvoirs.
    • C’est la position de certains populistes (ex. : Orbán : « Nous sommes une démocratie, mais pas libérale »).

Citation clé : « Le populisme en opposition est une stratégie ; le populisme au pouvoir est un régime. » — Cas Mudde

7. Conclusion : trois scénarios possibles

  1. Populisme d’opposition :
    • Posture critique, mais sans remise en cause des institutions (ex. : Mélenchon en France, Bernie Sanders aux États-Unis).
    • Pas une démocratie populiste, mais une force de contestation dans une démocratie libérale.
  2. Populisme au pouvoir → démocratie illibérale :
    • Élections maintenues, mais rules of the game changées pour verrouiller le pouvoir (ex. : Hongrie, Turquie).
    • Un régime hybride, ni pleinement démocratique, ni pleinement autoritaire.
  3. Démocratie populaire (régimes autoritaires) :
    • Utilisation du terme « démocratie » pour légitimer un régime à parti unique (ex. : Chine, Corée du Nord).
    • Pas une démocratie au sens occidental, mais une dictature se réclamant du peuple.

Pour aller plus loin :

  • Livres :
    • Populism: A Very Short Introduction (Cas Mudde).
    • How Democracies Die (Levitsky & Ziblatt) — sur la transition vers l’illibéralisme.
    • The People vs. Democracy (Yascha Mounk) — sur la tension entre démocratie et libéralisme.
  • Exemples à étudier :
    • Hongrie : Comment Orbán a transformé une démocratie libérale en « démocratie illibérale ».
    • Bolivie : Le populisme de gauche d’Evo Morales (nationalisations, assemblée constituante), entre démocratie participative et autoritarisme.

Question pour toi :
Est-ce qu’un régime comme la Hongrie d’Orbán ou la Turquie d’Erdoğan te semble encore une « démocratie », ou plutôt une forme d’autoritarisme déguisé ? Cela dépend en grande partie de la définition que l’on donne à la démocratie !

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