De la Volonté de vivre à l’Elan vital

La philosophie kantienne introduit un grand tournant dans l’histoire de la philosophie, clôturant d’une certaine manière toute la philosophie chrétienne, de Saint Augustin à Kant lui-même. Cette révolution philosophique ouvre une nouvelle ère de sagesse, qui commence avec Schopenhauer, passe par Nietzsche, Bergson, Heidegger et Sartre, et continue toujours aujourd’hui. Après la philosophie grecque, et la philosophie chrétienne, c’est le troisième moment de la pensée européenne.

Schopenhauer, injustement méconnu

La thèse de la volonté de puissance est généralement attribuée à Nietzsche, dont les derniers fragments ont été compilés sous ce titre général par sa sœur, pour former les deux volumes posthumes de la Volonté de puissance. Pourtant, l’origine de cette thèse n’est pas du tout de Nietzche, qui se garde bien d’ailleurs de citer ses sources. C’est bien Schopenhauer, dans le livre lui aussi éponyme Le monde comme volonté et comme représentation, qui le premier, et comme nous allons le voir dans la continuation de Kant, met cette thèse au devant de la scène.

1788-1860
DE La chose en soi, la volonté

Schopenhauer se pense comme le grand continuateur du Kant de la Critique de la raison pure. Même s’il ne se prive pas de critiquer son maître, il en garde les grandes découvertes, et principalement l’intuition a priori de l’espace et du temps, et l’inconnaissabilité de la chose en soi.

Le temps et l’espace ne sont pas des éléments objectifs qui existent en dehors de nous, mais bien des éléments internes, propre à nos facultés, qui conditionnent notre réception de tous les phénomènes, internes et externes. Tout ce qui est donné à la conscience ou à la sensibilité l’est dans le temps et l’espace. Telle est la grande et géniale découverte de Kant. Les conséquences sont incroyables. Non seulement nous ne connaissons aucun temps ni espace réels et objectifs, mais même ce que nous percevons du monde extérieur est sujet à une certaine caution, une prudence épistémologique. Nous ne recevons des objets hors de nous que des images, plus ou moins sophistiquées, acquises par nos sens et nos instruments, et toujours données dans l’espace-temps a priori. Mais, nous dit Kant, quand bien même nous pouvons comprendre ces représentations des objets, rien ne nous donne cependant accès à l’essence de ces choses, à ce qu’elles sont en dehors de la représentation. La chose en soi, auparavant visée par la science et la connaissance, notamment sous le nom d’essence ou d’Idée, nous est totalement inaccessible.

La naissance de l’idéalisme allemand

C’est en suivant cette piste que s’est développé ce que l’on appelle l’idéalisme allemand. Il faut bien prendre garde à ne pas le confondre avec l’idéalisme de Platon. Chez Platon, les Idées ont une existence réelle, en dehors de notre pensée et de la réalité physique. Notre pensée et la réalité participent de ces Idées, elles y ont accès. Ces Idées sont les archétypes, les modèles ayant permis la création des étants. Tous les chiens réels sont une forme de copie concrète de l’Idée de chien, qui est seule parfaite. Il en est ainsi pour les espèces et les genres, mais aussi d’idées plus abstraites, comme la justice ou le bien.

L’idéalisme allemand est radicalement différent de l’idéalisme platonicien. Les Idées n’existent pas réellement en dehors de nous. En tout cas, nous n’en savons rien. Mais elles existent en nous, comme concepts, tout comme l’espace et le temps comme forme de l’intuition. Tout est principalement dans la conscience et nous empruntons finalement très peu à l’extérieur et à l’expérience. C’est cela, l’idéalisme allemand, l’exploration des structures internes de la conscience, de la raison, ou de l’entendement, exploration qui doit nous donner les clés de toute vérité possible pour un homme. En internalisant l’espace et le temps, Kant a ouvert la voie à ce nouvel idéalisme. Contrairement à l’idéalisme de Berkeley, qui ne faisant plus aucune différence entre « être et être perçu », et pour lequel tout objet n’existant qu’en tant qu’il était perçu par la conscience, et pas en dehors, le kantisme maintient l’existence des choses en dehors de nous. Sans expérience, « le concept est vide ». Tous les phénomènes sont rattachés à des objets auxquels ils se rapportent. Même si je ne perçois le chien, le chat, ou l’arbre qu’à travers les concepts et ma forme de l’espace-temps, il n’en ait pas moins vrai que leurs couleurs, leurs formes, leurs existences, me sont donnés par la sensation et l’expérience. Je ne produits pas a priori l’idée de chien, qui est un concept empirique.

Pour résumé, l’idéalisme platonicien est un idéalisme objectif, les idées existent dans un monde des Idées auquel l’âme a accès lorsqu’elle est détaché du corps. L’idéalisme allemand est quant à lui subjectif. Les idées et les concepts existent uniquement dans ma représentation qui est presque entièrement conditionnée par le sujet.

lE MONDE COMME volonté

Schopenhauer maintient strictement la distinction kantienne, qui constitue le pivot de sa doctrine. « Le monde est ma représentation »: tout ce que je perçois dans l’espace et le temps appartient au domaine des phénomènes et est soumis au principe de raison, auquel Schopenhauer réduit toute la table des jugements de Kant ( nihil est sine ratione – rien n’est sans raison – principe identique à celui de Leibniz).

Mais qu’en est-il de la chose en soi? Comment pouvons-nous la connaître? Comment faire surtout pour continuer à penser au delà de la pensée seulement scientifique? La chose en soi, ou la substance, ou l’en soi, quel est-il et que pouvons-nous en dire malgré tout? Schopenhauer défend l’idée que c’est dans la pensée morale, dans la compréhension que nous avons de nous-même, que nous sommes les plus proches de la chose en soi, qui correspond à la volonté. Volonté de vivre, de survivre, malgré toutes les difficultés de la vie. Volonté, postulat impossible à économiser, quand bien même toute action réelle dans le monde est et demeure toujours entièrement soumise au principe de raison et au déterminisme.

Le caractère personnel, propre à chacun, est pour Schopenhauer la marque de la finitude de l’homme. Il tombe du côté du phénomène. Bien loin d’être en notre pouvoir, nous nous découvrons nous-mêmes dans nos actes, nos réactions, nos manières d’être et de faire. Nous sommes, en tant que phénomène, notre propre objet. L’expérience nous révèle à nous-mêmes. Nous le constatons tous les jours, tant il ne nous suffit pas de vouloir pour faire. Car notre volonté n’est pas une volonté individuelle. Elle est la présence en nous de la volonté universelle présente en toute vie et toute création, et cela de toute éternité. Comme chez Spinoza, la conscience n’est rien d’autre que l’objectivation de ce phénomène. Nous pouvons le voir par l’esprit. Mais nous ne sommes pas libre pour autant.

La volonté est donc l’autre versant du monde. Elle est le dieu, même si Schopenhauer n’utilise jamais ce terme, immanent, qui se tient derrière tout être. Elle est ce qui veut être à tout prix. De-là, par exemple, la si grande difficulté qu’il y a à ce suicider, même lorsque l’on est pour ainsi dire « au bout du rouleau’. Nous sommes retenus par une puissance plus grande, la Volonté elle-même. De-là, également, provient la puissance du désir sexuel et de sa transformation en « amour », dont le but est la perpétuation de l’espèce. A travers ces phénomènes, c’est la vie, la puissance de vivre, qui parle directement en nous, dépassant notre simple vie individuelle et assurant sa propre continuité à travers les générations.

Une morale ascétique

Etrangement, Schopenhauer, qui récuse les anciennes philosophies du libre arbitre, revient pourtant à une morale ascétique. Le sage est celui qui saura faire taire en lui la volonté de vivre. Il s’infligera ascétisme, retenu, jeûne, pour maîtriser la « volonté ». Ce point de vue ne laisse pas de paraître contradictoire avec la doctrine de la volonté. Comment ne pas au contraire, comme le fera Nietzsche, embrasser la puissance vitale et l’accepter? C’est ici que l’on entre dans la partie la plus troublante, mais aussi la plus belle, des méditations de Schopenhauer. Elles sont exposées dans le Livre 4 du Monde comme volonté et représentation, le monde comme volonté et les suppléments associés.

Là où le livre 4 reste assez classique, les suppléments nous offrent une véritable médiation sur la vie, la mort, le destin et la religion, qui, même si la cohérence de l’ensemble reste difficile, constitue à n’en pas douter la plus belle partie de cette philosophie. Récusant la théorie du libre arbitre, Schopenhauer trouve dans la philosophie hindou le chemin de sa méditation.

L’individualisme et l’égoïsme sont également des formes de la Volonté de vivre. Mais ils sont du côté de l’individualisation, de la différenciation.

Le philosophe Hindou

Là encore, la pensée de Nietzsche ne fait que continuer celle de son maître. Rejetant la doctrine juive de la naissance du monde décrite dans la genèse, Schopenhauer adopte au contraire la doctrine de l’éternité du temps et de l’espace de la pensée Hindou. Le temps et l’espace ne peuvent en toute logique, avoir ni début, ni fin, puisqu’ils sont des formes a priori de la sensibilité et non des éléments objectifs. Du côté de la chose en soi, ou de la volonté, au-delà du phénomène, seule l’éternité existe. Le temps et l’espace ne sont qu’un voile d’illusion recouvrant la réalité, le voile de Maya. Schopenhauer trouve dans cette religion la seule qui soit cohérente avec la thèse du monde comme représentation. Il va jusqu’à reprendre la thèse du karma: ce que nous subissons dans cette vie est ce que nous avons fait subir dans une vie précédente. Nous sommes vivants pour expier et purifier nos péchés passés. Si nous y parvenons, nous arriverons au Nirvana, qui est un état de cessation de toutes choses, de pur retour à la volonté.

L’idée de la morale ascétique est donc de revenir au plus proche de la volonté elle-même, avant toute individuation, pour retrouver une forme de volonté ante incarnation, Il s’agit de purifier son karma. Notre accès à l’éternité est dans ce retour à la Volonté. La conscience et le caractère ne peuvent en rien être immortel. Pourtant cette morale sonne tout de même comme un étrange retour à l’ascétisme rationnel des morales issues de la philosophie chrétienne. Il s’agit bien de lutter contre son désir, de le limiter, voir réellement de l’humilié pour le réduire au minimum.

Parmi les points difficiles, que nous considérons personnellement comme faux, de la doctrine, l’opposition maintenu entre la pensée rationnelle d’un côté et la volonté de vivre de l’autre. Parfois Schopenhauer fait le lien, expliquant que la raison est le sommet de la vie, de la volonté objectivée dans le vivant. Parfois il les oppose, comme il oppose la seule et unique chose en soi à la multiplicité des phénomènes. L’accord des deux modes de son substantialisme n’est pas sans poser de questions, alors qu’il est clair que l’on peut considérer la pensée comme une continuation de la volonté en nous, et que son rôle est bien dans le développement de la satisfaction des désirs. Schopenhauer défend également cette thèse, la conscience étant la création la plus haute de la Volonté.

postérité Nietzschéene

Les principaux grands concepts de la dernière partie de l’oeuvre de Nietzsche, comme la volonté de puissance, l’éternel retour, ou encore l’Amor Fati, doivent, l’essentiel à la pensée de Schopenhauer, le reste venant de la pensée Stoïcienne et de Spinoza, son dernier grand représentant. A tel point que Nietzsche ne se donne même pas la peine de les expliquer. Il ne précise que les points sur lesquels il diffère de son maître.

La principale différence concerne la morale. Là où Schopenhaeur conserve une morale pour ainsi dire religieuse et en tout cas ascétique, Nietzsche va plus loin et affirme notre soumission totale à la volonté, qu’il transforme de « Volonté de vivre » en « Volonté de puissance ». Nous n’avons qu’un but, développer au maximum notre puissance et notre volonté. La volonté ne veut que sa propre augmentation, sa propre objectivation pourrait-on ajouter. Le but est d’apprendre à maîtriser les forces vitales pour augmenter sa propre puissance. Contrairement à Schopenhauer, Nietzsche récuse la morale de l’ascétisme, qui est pour lui toujours une morale du faible et du religieux. Il lui oppose sa morale de la force, celle du discours de Calliclès dans le Gorgias de Platon. C’est d’ailleurs dans la création de la Généalogie de la morale, dans la démonstration du poids historique des thèses morales, que Nietzsche est plus créatif (malheureusement la postérité de cette méthode est essentiellement les théoriciens de la déconstruction des idéologies). La morale des faibles, des platoniciens, des chrétiens, des égalitaristes, bride partout la morale du fort et de la volonté. La Volonté de puissance n’a pas d’autre fin qu’elle-même. Définalisée, elle est volonté de volonté, un processus aveugle.

Nietzsche -l’ubermensch (surhomme)

Pour le reste, Nietzsche n’innove finalement pas beaucoup. Dieu est mort avec Kant, qui l’a relégué à n’être qu’une idée. Schopenhauer lui, l’enterre comme Idée, lui objectant sa non universalité, la plus grande partie de l’humanité étant polythéiste. L’Amor fati de Nietzsche reste plus positif que la complainte perpétuelle de Schopenhauer contre les misères de la vie, mais comme tout est nécessaire, que la liberté n’existe pas, et que le concept est historiquement stoïcien, Nietzsche n’ajoute pas grand chose à cette idée. Notre propre vie nous échappe – ce qui entre d’ailleurs en contradiction avec sa morale de la volonté de puissance. Quant au surhomme, ce n’est finalement qu’une nouvelle version du Sage, un sage qui n’est pas un ascète, mais qui embrasse la vie et le désir. Tel est le grand et unique mérite de la philosophie de Nietzsche. Il réaligne la volonté et le désir. D’ailleurs l’ascétisme peut tout à fait être considéré comme une manière, un chemin, d’augmenter sa puissance en disciplinant ses forces pour rendre le corps plus fort et l’esprit plus vif. Il n’y a pas de contradiction.

L’élan vital

Le retour de la cause finale

Comme nous l’avons déjà vu, la seconde grande ligne de pensée provenant de la thèse de la volonté, à côté de la morale, est celle de « l’élan vital » ou de la « vie ». L’élan vital est la Volonté dans la nature. Il s’agit notamment de la pensée de Berson, ou encore de toutes les pensées suivant la théorie de l’adaptation de Darwin.

La racine de ces pensées est exposées dans le texte De la volonté dans la nature. Cette thèse voudrait être aux sciences du vivant ce que les Premiers principes métaphysiques de la science de la nature de Kant sont à la physique. Schopenhauer y développe les thèmes qui irriguent encore la pensée moderne à ce sujet: le lien à la physiologie, l’explication de tout l’être et de toute l’évolution par le seul recours au principe finalement peu déterminé lui-même de Volonté. On prétend alors expliquer ainsi tous les phénomènes de la physiologie des pathologie, et même du magnétisme animal, très en vogue à cette époque, suivant les premiers travaux sur l’hypnose. Malheureusement, cette tâche nous paraît impossible. On ne peut pas conclure du phénomène à la chose en soi.

Le programme est simple. Il y a « à la source de toutes les fonctions vitales une Volonté inconsciente, d’où sortent tous les processus dans le mouvement de l’organisme. »

L’autre grande innovation qui va irriguer les théories de l’élan vital, doit directement soit par un questionnement, est le retour de la finalité. Enfin! pourrait-on s’exclamer, après sa mise au banc par Spinoza et Kant, la cause finale signe son grand retour. Dans son style direct Schopenhauer explique tout simplement qu’il s’agit maintenant de penser une cause finale immanente à la nature, incluse dans le développement des êtres. L’ancienne doctrine de la cause finale la calquait uniquement sur le modèle de l’action et de l’activité humaine.

Quand l’homme invente un outil, un couteau, une table, il n’a en vu que l’usage de cette cause, ce que l’on va en faire. C’est la cause finale. En généralisant cette conception, en s’appuyant sur le concept chrétien du Dieu parfait et démiurge, autant que sur la doctrine platonicienne des Idées archétype et modèle des choses de la nature, la tradition philosophique a bâti une théorie de la création comme objet externe du créateur. Dieu aurait comme un homme crée les différentes espèces selon un modèle externe. Sur cette base, s’est développée la preuve physico-théologique de l’existence de Dieu. La création et la manière dont tout en elle est si bien agencée pour former un tout prouve l’existence d’un grand architecte.

En qualifiant la chose en soi de Volonté, il était clair que la cause finale, devait revenir. Cependant, il faut bien distinguer la volonté humaine, qui est une conscience des motifs de l’action, une conscience passant par la connaissance et la rationalisation, de la Volonté dans la nature, qui s’exprime notamment chez l’animal par l’instinct. En développant plus avant, Schopenhauer lance un pont entre la Volonté et la physiologie, cette nouvelle science qui étudie la puissance vitale dans l’animal.

Schopenhauer cite la physiologie de Burdach: « Le cerveau s’étend en rétine, parce que l’élément central de l’embryon veut recueillir en lui les impressions de l’activité universelle; la muqueuse de l’appareil intestinal se développe en tissu pulmonaire, parce que le corps organique veut entrer en relation avec les substances élémentaires de l’univers; le système des vaisseaux donne naissance aux organes de la reproduction, parce que l’individu ne vit que dans l’espèce, et que la vie, commencée en lui, veut se multiplier » Comme toujours en médecine et lorsque l’on s’intéresse aux causes des phénomènes vivants, la cause finale est incontournable, quand bien même son pouvoir herméneutique, explicatif, certes complexe à manier.

Schopenhauer continue: « Le caractère adéquat sans exception aucune, la finalité manifeste de toutes les parties de l’organisme animal montrent avec trop d’évidence (…) que ce n’est point là l’oeuvre de forces naturelles contingentes et anarchiques, mais bien d’une Volonté ».

Retour à Aristote?

Cette conception, la doctrine de la Volonté semble également un pur retour à la théorie de l’âme d’Aristote, présentée dans le De anima. Aristote désigne par Âme le principe du mouvement, le principe vital de tout organisme. L’âme est ce qui fait la différence entre un animal vivant et un animal mort. C’est le pur produit de cette soustraction, qui peut nous amener à penser, comme nous voyons le corps sans vie subsister, que l’âme également serait douée d’une vie différente et propre, voire qu’elle serait immortelle. De-là l’idée des différentes substances, matérielles et intellectuelles. Mais la Volonté de Schopenhauer et l’élan vital font plus que cela. Ils ne sont pas que le principe du mouvement. Ils sont également posés comme principe créateur. La nature est la Volonté objectivée, réalisée dans le monde. Elle est la force créatrice des êtres, force immanente, unique, partout la même, qui se renouvelle sans cesse à travers des organismes tous différents. Elle est immortelle et en dehors du temps, là où les créatures sont éphémères et radicalement finies.

Postérité cachée de Schopenhauer

Etre et temps

La question du passage de la volonté de la nature à la volonté déterminée est un point qui sera repris. C’est notamment ainsi que l’on peut comprendre l’Etre et le néant de Hiedegger, qui avance un peu masqué mais ressemble beaucoup plus à l’analyse du passage de l’âme de l’éternité à la vie incarnée, renouant avec les spéculations de Schopenhauer.

L’écologie

Nous voyons sans peine que la pensée écologique trouve ici une nouvelle fondation. S’il n’y a plus de Dieu transcendant, si la liberté personnelle n’est qu’un mythe, le mieux que nous puissions en attendre étant finalement d’apprendre à nous connaître dans la vie phénoménale qui nous révèle notre caractère, mais pas du tout intellectuellement; alors que reste-t-il d’autre que la nature, cette vue objectivée de la volonté? La nature devient la puissance principale, le nouveau Dieu, comme chez Spinoza qui identifie Dieu et la nature (Deus sive natura) quand bien même serait-il immanent. N’est-ce pas le Dieu de notre époque?

Tentative de retour du religieux

Fonctionnant comme un Deus ex machinae, une cause permettant de tout expliquer, la « doctrine de la vie » n’a pas échappé à la pensée religieuse, qui l’utilise à tout bout de champ pour remettre en causes la pensée rationnelle. Le dernier exemple en date étant le texte Demeure de François-Xavier Bellamy, qui se conclue par une forme de recours assez vide à la notion de « vie » elle-même pour expliquer … la vie, sombrant dans la pire des tautologies. Comme le dit Schopenhauer, plus un concept est large, moins il explique. Cette distorsion du concept oublie la limite de son application à l’explication scientifique de la vie, notamment biologique, et sa réfutation d’une divinité transcendante.

Il faut dire que Schopenhauer a bien ouvert la voie à ce type de pensée. Dans l’un des derniers chapitre de De la volonté dans la nature, Magnétisme animal et magie, il semble bien expliquer que la magie est tout à fait possible. Alors que sur le plan intellectuel et physique nous ne sommes pas plus libre que n’importe quel caillou, l’accès à la volonté universelle que constitue notre conscience de la volonté nous permettrait d’agir à distance sur les autres êtres. La Volonté étant ce qui relie tous les êtres, un désire puissant permettrait d’agir sur la volonté de toute chose et rejoindrait ainsi son objet. Schopenhauer cite Horst  » Comment parvenons-nous à cette force magique? Dans la renaissance par la foi, c’est-à-dire par la concordance de notre Volonté avec la Volonté divine. » Nous avons ainsi accès à une Volonté d’une « puissance invincible ». C’est ainsi que Jésus pouvait accomplir ses miracles. Paracelse énonce également « Il est donc possible que mon esprit, sans l’aide de mon corps, tue ou blesse quelqu’un grâce à mon épée, à mon désir fervent ». Schopenhauer reprend d’autres auteurs, défendant tous la même thèse. « A partir d’un point du phénomène, on pouvait agir directement sur n’importe quel autre, à travers un nexus metaphysicum; que par conséquent, il y avait possibilité d’une action sur les objets de l’intérieur, au lieu de l’action habituelle de l’extérieur, une action du phénomène sur le phénomène, grâce à la chose en soi, qui demeure une et identique à elle-même dans tous les phénomènes. » L’individuation est contournable, « brisée » même, et permet une communication par l’accès à la volonté universelle. Nous sommes là très proche des thèses développées par Plotin avec l’âme du monde, ou des explications données par Giordano Bruno sur la communication permettant la magie dans son De la magie. Schopenhauer a au moins le mérite de tenter une explication dans ce domaine hautement spirituel. Cependant, la réalité de la magie n’est et ne peut être qu’une hypothèse.

Gloire soit rendue à ce penseur si souvent ignoré, sans doute parce que sa doctrine est trop simple, Schopenhauer, l’un des principaux fondateurs de la modernité.

Le Qi Gong, art chinois, prétend maîtriser l’énergie vitale de l’homme

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