L’erreur de Marx – Quel avenir pour le capitalisme? (2/5)

Le grand philosophe de l’économie cultive les paradoxes. Il a été à la fois l’un des philosophes ayant eu le plus d’influence sur l’histoire mondiale – même s’il ne se reconnaissait pas dans le communisme historique – et celui qui est aujourd’hui devenu le philosophe le moins étudié de l’histoire!

Parmi ces différentes thèses, deux sont restées ultra-célèbres, celle de la transformation du capitalisme en communisme? et celle de la spoliation que constituerait le salariat. S’il est fort probable que le capitalisme disparaisse un jour, tout se transformant, il est en revanche à peu près sûr que la théorie du salariat est en partie fausse. Commençons par rappeler de quoi il s’agit.

karl marx

« Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde. Il s’agit maintenant de le changer. »

Le calcul de la plus-value

Marx dans son chef d’oeuvre, Das Kapital, a posé ou clarifié tous les calculs modernes de la rentabilité des entreprises. Même si ses calculs utilisent des termes et des formulations qui ne sont plus utilisés aujourd’hui, il thématise d’une manière jamais dépassée et peut-être indépassable, le calcul de la plus-value sous toutes ses formes. En voici un rapide résumé:

Il y a d’un côté les intrants, ou facteurs de productions, ou encore les « ressources ». Ce sont le Capital initial lui-même, les machines immobilisées, l’énergie nécessaire à la production, les matières premières et bien sûr la « force de travail » des salariés. De l’autre côté, il y a le prix de vente du produit sur le marché. Entre les deux, la très célèbre plus-value, grâce à laquelle le capitaliste peut vendre plus cher sur le marché ce qu’il a acheté pour produire ses marchandises, biens ou services. Et c’est là que les choses de gâtent.

Le salariat, forme moderne de l’esclavage

La question de Marx est la suivante: « D’où vient la plus-value »? Techniquement et selon ses calculs, la plus-value correspond à une survaleur entre ce qui est produit et ce qui est vendu. Normalement le prix de vente devrait être parfaitement équivalent au prix d’achat, ou plutôt à la somme des prix d’achat et il ne devrait donc y avoir aucune plus-value.

Dans un marché capitaliste parfait, tout doit en permanence arriver à son meilleur prix. Dès qu’un produit se vend, la concurrence doit s’installer et faire fondre la plus-value. Il n’est évidemment pas question de monopole, ni d’oligopole dans un marché parfait. Or si le capitaliste parvient à dégager un sur-profit, c’est bien qu’il le trouve quelque part. Et ce quelque part, qui n’est pas dans le marché, il est pour Marx, c’est chez le salarié.

Le salarié est littéralement exploité: il rapport plus qu’il ne coûte. Son salaire horaire est calculé de manière a lui permettre uniquement de reproduire sa force de travail, telle une machine, et de se nourrir, se loger, d’avoir quelques enfants. Mais en aucun cas il ne doit lui permettre de procéder à l’accumulation primitive du capital qui pourrait en faire un concurrent du capitaliste. Tout étant égal par ailleurs sur le marché, l’exploitation du salarié est la seule solution rationnelle de la question de la plus-value. Le salarié est rémunéré à une valeur inférieures à celle de sa production. Et c’est le capitaliste qui empoche la différence. La célèbre formule de Hobbes, selon laquelle « L’homme est un loup pour l’homme » devient « le capitaliste exploite le prolétaire ».

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Cette thèse trouve l’une de ces racines dans la théorie physiocrate de l’économie. Les physiocrates, représentée par François Quesnay, fondent leur analyse sur l’hypothèse suivante: un toute la richesse est produite directement par la terre, et l’homme ne fait finalement que l’exploiter, la récoltée. L’agriculture, ou l’exploitation de la nature est la seule source réelle de richesses. Le bois des forêts, les céréales des champs, la laine des moutons, le miel des abeilles, le lait des vaches et des chèvres, autant de produits fabriqués directement par la nature et que l’homme n’a plus qu’a récupérer et à revendre. Il y a bien un travail d’exploitation, effectué par la seule classe productive des paysans, mais dans le prix de vente, il y a aussi une part venant de ce qui est produit par la nature elle-même: le prix du bois, du lait, de la fraise, du marbre, de l’ardoise, etc. Et la nature n’est pas rémunérée pour se travail. Marx d’une certaine manière reprend cette théorie et l’applique à l’homme. Certains hommes « productifs » sont utilisés par d’autres hommes, des « bourgeois », des « capitalistes » qui s’accaparent une partie de leur travail et le revendent à leur profit. Marx conclut: “L’exploitation est un transfert forcé de plus-value”.

L’armée de réserve du capitalisme

La coalition des intérêts des capitalistes va se développer pour empêcher les salariés de se faire payer à leur juste valeur. La classe des capitalistes va s’assurer qu’il n’y ait jamais assez de travail pour toute la classe laborieuse des prolétaires. C’est la lutte des classes pour la plus-value et la richesse. Les capitalistes vont créer, en refusant d’investir la totalité de leurs gains et en retenant une partie de l’argent à investir, une « armée de réserve du capitalisme », c’est-à-dire du chômage structurel. Les salariés ne pourront jamais lutter efficacement pour récupérer le salaire qui leur est dû, parce qu’ils seront toujours sous la menace d’un renvoi. Ils ne peuvent jamais s’allier efficacement pour négocier contre les « patrons », car ils sont toujours maintenus dans une concurrence entre eux pour trouver un emploi, puis pour converser l’emploi trouvé. Comme le disent les milieux d’affaires « personne n’est irremplaçable ». Les salariés ne peuvent demander d’augmentation, car ils risquent, à cause de l’armée de réserve des sans-emploi, de se faire remplacer automatiquement.

La fiction juridique du contrat de travail

Marx enfonce le clou. Le salariat ne protège de rien, ne garantit rien. Le salarié est exclu de la propriété et son travail n’est pas garanti. Il peut, et souvent doit, retourner sur le marché du travail. Il a même moins de privilège que les anciens esclaves qui pouvaient se targuer de rester à vie chez leur propriétaire. Le salariat est pure fiction juridique qui fait croire à une liberté de contracté, mais dans une asymétrie juridique totale, puisqu’en aucun cas le salarié ne peut se séparer du capitaliste et conserver son travail dans l’entreprise. « Le salariat, c’est l’esclavage » dénonce Marx.

Pourquoi c’est économiquement faux

On le voit, c’est tout un système d’entraves du salarié que décrit Marx, essentiellement dans le livre 1 du Capital, s’attaquant à toutes les facettes de cette relation, économique, juridique, politique. D’ailleurs, tout n’est pas faux dans cette dénonciation. L’asymétrie du contrat de travail et de la relation patron employeur est reconnu en droit français au moins depuis Napoléon. L’Empereur lors de la rénovation du Code civil a demandé de conserver toute sa place antérieure au droit de propriété, contrairement au droit civil qui a lui été complètement revu. Nous en sommes toujours là, et les milieux économiques expliquent en permanence qu’il faut précariser le salariat au non de la « flexibilité » du marché du travail. Derrière l’argument économique, qui n’a jamais fait ses preuves, comme le montre les récentes réformes du travail en Italie et en France, l’argument politique est lui bien présent. Sur ce point, Marx semble avoir vu juste. Il y a bien un privilège exorbitant du droit de propriété, régulièrement dénoncé par les juristes.

D’où vient la plus-value?

Alors pourquoi peut-on dire que grand penseur s’est tout de même trompé sur la plus-value? Tout simplement parce qu’il n’en a pas identifié clairement l’origine. Marx oublie, ou passe sous silence, le fait que le prix d’un produit sur le marché est fixé par la différence entre l’offre et la demande, et non par la différence entre les coûts de production et le prix de vente. Il est ainsi possible qu’un entreprise se retrouve à vendre sans marge, ou même à perte, si le marché n’accepte pas d’autre prix. Allons plus loin et posons que le principal déterminant du prix, c’est uniquement le désir du produit.

Pourquoi les iphone d’Apple ont-ils pu générer une telle marge, aussi longtemps, sans qu’aucun concurrent sérieux puisse rivaliser avec la firme à la pomme? Tout simplement parce que les clients voulaient des iphone, ipad, et autre i-produits. Et ils ne voulaient pas des produits des concurrents. Ce succès s’expliquent par de nombreux factures. D’abord le produit était quasiment révolutionnaire, c’est le téléphone portable. Ensuite parce qu’une seconde révolution, celle des Applications, a transformé le produit en couteau suisse moderne, complètement indispensable en ce début de millénaire. Une foule d’innovations – concernant l’écran, le clavier tactile et la navigation si intuitive qu’un enfant de 3 ans peut s’en servir, les programmes, un design novateur – telle qu’on n’en avait pas connu depuis l’arrivée de l’automobile ou l’explosion du PC, d’IBM et de Microsoft. Ce produit, malgré un prix élevé, s’est littéralement arraché, tout simplement parce qu’il était génial. La dynamique sociale a fait le reste. Il « fallait » avoir un iphone pour être à la mode.

Le miracle iPhone

AppleLe succès du produit vient indéniablement du talent de tous les ouvriers ayant travaillé dessus. La qualité a longtemps été irréprochable, et les innovations succédant aux innovations. Mais que se passe-t-il aujourd’hui? En 2020, les prix commencent à baisser et Apple ne peut plus maintenir ses marges sur ses iphones. La concurrence est partout. Samsung est maintenant plus innovant, notamment sur la connexion du téléphone avec tous les autres appareils de la maison. Le consommateur a le choix. L’image du produit passe de produit Star à Vache à lait et les consommateurs ont maintenant l’impression de se faire plumer en achetant un iphone. Ils ne veulent plus payer la survaleur qu’ils étaient prêts à payer il y a encore quelques années. Au fur et à mesure que les smartphone se sont vendus partout dans le monde, le marché est devenu saturé. Le taux d’équipement tangente son maximum et le taux de remplacement, qui n’est plus soutenu par des innovations suffisamment significative, chute.

La place sur le marché

On le voit clairement, le prix de vente d’iPhone, ou de tout autre produit, ne dépend pas du prix des facteurs de production. Le calcul est plus complet et complexe. En dernier ressort, le prix dépend du désir des consommateurs, c’est-à-dire en terme économique, du prix qu’ils sont prêts à mettre. Et ce désir dépend de la concurrence entre les fournisseurs, de la mode – car acheter c’est se distinguer des autres, et de l’utilité du produit ou du service. La valeur de marché ne se résume pas à la valeur comptables des marchandises la constituant. Marx a bien thématisé ces différentes valeurs, mais il n’a pas suffisamment vu qu’elles provenaient de sources différentes. La valeur comptable, ou valeur de production, que Marx assimile à la valeur d’échange, ne lui est pourtant pas égale. La valeur d’échange, ou valeur de marché a d’autres composantes.

Le travail de la direction de l’entreprise et du capitaliste, contrairement au travail des salariés et des ouvriers, est de construire la place du produit sur le marché, pour le rendre plus désirable et éloigner de lui la concurrence. Ce travail a en fait une très grande valeur, qui peut parfois être supérieure à celle de l’ouvrier ou du salarié, et qui ne dépend pas toujours de l’entreprise . C’est exactement là que se créé l’écart entre le prix de vente et le prix d’achat: innovation, marketing, concurrence. Cette survaleur, c’est la plupart du temps le fondateur de l’entreprise qui l’a crée en prenant son risque entrepreneurial, en lançant un nouveau produit, ou un nouveau service et en identifiant cet espace sur le marché qui va permettre de générer plus de marge. C’est en misant sur cette « place sur le marché », qu’il peut créer des emplois qui seront ensuite occupés par des salariés. C’est donc bien l’entrepreneur qui crée la survaleur.

Sur le marché du travail, la valeur des salariés est différente selon le besoin des compétences qu’ils possèdent et le désir pour ces compétences. Aujourd’hui par exemple, les informaticiens sont les nouveaux ouvriers de l’industrie informatique. Ils valent cher. De la même manière, la situation difficile du marché du travail français, ou presque 6 millions de travailleurs n’ont pas de travail, ne doit pas cacher la bonne situation des marchés du travail en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis. Dans ces pays, il n’y a pas, ou peu d’armée de réserve du capitalisme. Les salariés peuvent, dans une certaine mesure, faire jouer la concurrence entre les employeurs et obtenir des meilleures conditions.

On pourrait objecter que toute valeur dégager en plus sur le marché doit revenir aux salariés ou correspond à leur travail. En ce sens, la direction doit récupérer une plus grande partie de la valeur. Mais justement, il s’agit de type de valeur différente. Et les salaires ne sont pas si différents d’une entreprise à l’autre, quand bien même l’une ferait plus de bénéfice. Les salaires dépendent du marché du travail, qui est une partie du marché total. Il existe par ailleurs de nombreux modes d’incitation financière pour certaines professions, notamment dans le secteur bancaire. Si l’on veut maintenir l’objection de Marx et laisser accéder les salariés à une plus grande part de la création de valeur, il faut procéder autrement.

Alors, que faire du capitalisme?

Le diagnostique sur la plus-value étant faux, c’est une large part de la théorie marxiste qui s’effondre. Marx cependant ne s’arrêtait pas là. Pour lui, selon la dialectique hégélienne de l’histoire, ou tout se transforme quand il est arrivé à maturité, il était inévitable que le capitalisme lui-même se transforme.

Il ne s’agit pas d’un processus politique, ni d’une prise de pouvoir par les prolétaires. Il s’agit uniquement de la transformation interne du capitalisme, selon le mouvement de la dialectique matérialiste.

Cette transformation historique doit se produire d’elle-même quand tous les salariés travailleront, quand la société industrielle atteindra son acmé. Nul besoin de Révolution prolétaire. Marx voyait cette transformation en Angleterre, le pays le plus industrialisé de l’époque. Las, la Révolution a éclaté dans le pays le moins industrialisé, au marge de l’Europe, dans la Russie tsariste, où la misère était telle que le peuple était prêt à tout pour survivre. On connait la suite.

Aujourd’hui cependant, la question de la transformation du capitalisme se pose avec une acuité nouvelle. Depuis la chute du mur de Berlin, le capitalisme est presque devenu mondial. Plus rien ne semble pouvoir l’arrêter. Les sociétés transnationales se développent tous les jours et certaines sont devenues si puissantes qu’elles peuvent mettre en concurrence les Etats pour renégocier leur conditions d’exercice ( impôts, charges, réglementations) et maximiser leur profits. Le capitalisme s’est affranchi de la démocratie et triomphe dans des Etats policiers, comme la Chine ou Singapour.

Trois nouveaux facteurs sont en train de précipiter une concentration du capital inédite. La crise de 2008, la fameuse crise des subprimes, a conduit les plus forts à survivre et à racheter les plus faibles, entraînant une concentration des supers entreprises. Le développement des nouveaux géants du web permet aux entreprises, moyennant des investissements colossaux, de mettre leur produit à disposition de la planète entière d’un seul coup, du jamais vu dans l’histoire mondiale. Enfin, la réponse monétaire à la crise, la planche à billet et la guerre monétaire entre la Chine, l’Europe et les Etats Unis conduit également à une concentration du capital. Selon l’adage bancaire, « On ne prête qu’aux riches ». Comme le montre les études, plus ou moins biaisées, car jamais vraiment complète, le capital est entrée dans une phase de concentration mondiale qu’il n’avait pas connu depuis le XIXème siècle, comme tendent à le montrer les travaux de l’économiste Thomas Piketty, qui n’a pas eu peur de reprendre la question marxiste et de publier un nouveau Capital au XXème siècle. Cette évolution entraîne une réaction politique assez claire: le développement des populismes. Les classes moyennes sont écrasées entre l’augmentation des impôts et la concentration des richesses dans les mains des super riches. Déjà certaines émeutes ont eu lieux, en Angleterre, au plus fort de la crise des Subprimes, en France avec les Gilets Jaunes, en Italie avec le retour des populistes. Rien ne permet vraiment d’être optimistes pour l’avenir de nos démocraties occidentales.

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Le partage du capital

Les deux solutions extrêmes sont impossibles. On ne peut pas laisser le capital se concentrer ainsi, sinon la situation deviendra de plus en plus insurrectionnelle. Toutes les études qui n’incluent pas le capital dans le calcul de la distribution des richesses, et qui se limitent à étudier la répartition des revenus du capital sont de mauvaises fois. Elles oublient, plus ou moins volontairement, que le capital, et ses composantes, a également une valeur de marché. Il peut être vendu, s’il est composé de biens mobiliers ou immobiliers (actions, obligations, parts, immobilier, etc) cessibles sur le marché et faisant donc partie intégrante de la richesse. Il donne également un accès à la dette plus important et plus simple.

A l’inverse, le communisme a montré qu’il était impossible à mettre en oeuvre. Il revient à concentrer le capital dans les mains de l’administration et des administrateurs. De propriété commune, il se transforme en propriété pour l’Etat et son personnel. La Nomenklatura devient une classe à part, et la non dissociation des fonctions politique et chrématistique ( dédié à la production des richesses), entraîne des objectifs et une productions aberrantes. Non guidé par l’organisation des désirs et besoins que permet le marché libre ou régulé, le marché communiste devient une machine à produire sans finalité pratique claire. La faillite d’un tel système est quasiment impossible à éviter.

Il n’y a qu’une seule solution, intellectuellement simple, évidente même: le partage du capital. Toutes les politiques, notamment de mise en place d’intéressement ou de participation, mise sur le partage des fruits du travail, mais pas sur le partage du capital lui-même. Quand aux placements en actions, via un portefeuille d’épargne dédié, il devient incroyablement aléatoire, ultra-sensible aux politiques monétaires et victime de la dissociation du capital et du travail. Les directeurs des grands groupes cotés défraient régulièrement la chronique. Insuffisamment contrôlés, réunissant entre leurs mains un pouvoir trop important, ils sont nombreux à céder. « Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument ». D’Antoine Zacharias, ancien patron de Vinci, à Carlos Goshn, empereur déchu de Renaut, en passant par Jean-Marie Messier, ayant conduit Vivendi au bord du gouffre, les exemples sont légions. Du côté des marchés d’actions, la situation n’est guère plus reluisante. Les indices progressent, mais la volatilité est telle que les particuliers ne peuvent quasiment plus y placer leurs économies et se contenter d’attendre, comme la génération précédente pouvait le faire. Les krachs se multiplient, les valeurs explosent à la hausse ou à la baisse littéralement à la vitesse de la lumière.

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L’actionnariat salarié

Quel remède peut-on encore trouver à tous ces mots? C’est, pour reprendre l’expression anglaise « the elephant in the room », la solution évidente que personne ou presque ne regarder sérieusement. Il faut mieux associés les salariés d’une entreprise au capital même de l’entreprise. Tous les salariés, a l’issue de leur période d’essai (une période trop longue permettrait aux employeurs de les licencier avant d’accéder au capital), devrait se voir attribuer un certain nombre d’actions, calculé en fonction de leur grade, expérience, et position dans l’entreprise. Les propriétaires, ou actionnaires historiques, pourront conserver la majorité, pour éviter l’impossibilité de toute prise de décision. Les entreprises deviendront des lieux politiques, où le management et les employés devront avancer de concert. Les banques devront revoir leur mode de financement et les fonds d’investissement devront réduire la voilure de leur pourcentage d’investissement.

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John Locke (1632-1704)

Il s’agit peut-être d’une utopie économique. Comment en effet organiser ce déplacement massif de capitaux? Comme surtout limiter l’égoïsme de la nature humaine et réorganiser le droit de propriété? Cela nécessite simplement une nouvelle organisation du pouvoir lié à la propriété, qui a été conçu comme bien trop absolu dans la théorie politique contemporaine. Pour Locke, le principal théoricien de la propriété privée, le but était de limiter le pouvoir de l’Etat et son arbitraire, en permettant aux individus de se défendre. Il s’agissait de donner aux citoyens les droits nécessaires pour lutter contre l’absolutisme de la monarchie et l’arbitraire du roi ou du pouvoir. La propriété privée, née du travail de la terre, fait partie des droits inaliénables (Second traité du gouvernement civil, chp 5, De la Propriété). Mais la propriété privée ne peut pas s’étendre sans aucune limite. Tout le monde ne pourrait pas exercer son droit naturel à la propriété si quelques personnes s’accaparent une trop large partie des ressources, qui se réalise nécessairement au dépend des autres. A l’inverse, la concentration actuelle des richesses et les menaces de déséquilibre politique qu’elle engendre rendent cette solution plus urgente que jamais. Il en va sans doute de la survie de nos démocraties.

Charlie Chaplin

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