Le système monétaire issu de la Seconde Guerre mondiale
L’or a un statut à part dans le système économique international. Il le tient essentiellement de l’histoire monétaire. Pendant l’essentiel de l’histoire de l’humanité, l’or était la monnaie, ou la monnaie était métallique. La grande bascule vers la monnaie uniquement fiduciaire, basée sur la confiance, s’est faite pendant la guerre du Vietnam, quand Nixon a annoncé la désindexation du dollar. Mais la doctrine économique était prête depuis des décennies. Schumpeter, fervent partisant de ce que l’on pourrait appeler le nominalisme économique, à savoir qu’en économie rien n’a de valeur si ce n’est sa valeur de marché, pensait déjà la valeur de la monnaie sans l’or.
Malgré tout, et malgré ou peut-être à cause de la solidité du modèle de création monétaire actuelle, nombreux sont encore ceux qui croit que la seule vraie monnaie reste l’or. Son seul vrai concurrent, plus que l’argent ou un autre métal, serait en fait le Bitcoin, l’or électronique. Cette croyance n’a pas vraiment de sens. Le système or est le système qui a maintenu le monde dans la pauvreté pendant des siècles. L’activité économique était limité au stock d’or disponible. Sans nouvelle monnaie, toute création d’une nouvelle activité économique obligeait en effet à réduire tous les autres prix pour allouer une nouvelle quantité d’or à la nouvelle activité. C’est inacceptable et incompréhensible pour les acteurs économiques.
Notre système permet de créer de la monnaie en même temps que l’on crée de nouvelles activités économiques. Il est incomparablement supérieur à l’ancien. Mais il a les défauts de ses qualités. Il créé des quantités insensées de monnaie, via la création elle-même, puis via le multiplicateur du crédit, souligné par Keynes, encore amplifié par toutes les méthodes modernes. Nous avons en plus un problème de transmission monétaire. Une grande partie de la création monétaire ne va pas dans l’économie réelle. Elle part dans le système financier.
Nous, l’Occident, importons des biens pas chers de Chine. Ce faisaint, nous importons de la déflation de la baisse de prix sur les biens intégrés dans le panier de calcul de l’inflation. Les banques centrales, suivant leur doctrine, constatent que l’inflation est faible et baissent les taux d’intérêt. Cela entraîne la possibilité de créer plus de monnaie, parce qu’elle est moins chère. Cet argent est supposé permettre la création de nouvelles entreprises et alimenter l’économie réelle. Mais de fait, une très grande partie part dans l’économie financiarisé, dans les marchés actions et les prêts immobiliers. Tout ce qui n’est pas importé augmente mécaniquement du seul fait de la création monétaire.
Cet angle mort a plusieurs axes. Le premier, le plus scandaleux à notre sens, est l’absence du coût de l’immobilier dans les indices d’inflation. L’immobilier, presque partout en Occident, a triplé, avec des difficultés de logement majeur partout, pour les jeunes, les précaire, la classe moyenne. A-t-elle point qu’il n’est pas interdit que penser que la baisse de la démographie est une adaptation au prix de l’immobilier. C’est d’autant plus insencé que partout les politiques anti-constructions freinent désormais un marché déjà bloqué par la hausse des taux d’intérêts. Avec cette absence de l’imobilier dans l’indice, tout le secteur fonctionne à contre-sens des besoins. La construction qui n’est en grande partie pas délocalisable, alors que nous avons tant besoin d’emplois. Il existe bien quelques mesures pour pallier ses dificultés, comme les prêts pour primo-accédants et les limites de taux d’emprunt des marchés. Mais c’est complètement insuffisant, surtout depuis la fin des investissements à l’immobilier.
L’autre souci est le côté mécanique et absolu des 2%. La FED américaine a deux objectifs, l’emploi et l’inflation. L’Europe n’a qu’un seul objectif, l’inflation. Or dans une économie complètement mondialisée, les chocs déflationnistes, mais aussi inflationnistes, viennent de l’extérieur. Faut-il vraiment augmenter les taux quand nous importons de l’inflation pétrolière? Faut-il contracter l’économie, alors même que le pétrole va capter une plus grande part de la monnaie? Est-ce qu’il ne faudrait pas faire exactement l’inverse pour atténuer le choc en nominal? La question est difficile. La contre-partie est la valeur des monnaies. Augmenter la quantité, sans nouveau business, fait baisser la valeur. Mais là justement, il y a un nouveau business.
Pour le dire autrement, notre système monétaire est macro-économoque et n’arrive pas à gérer de manière fine les différentes composantes. C’est au gouvernement et aux banques de travailler sur la transmission monétaire, sur le fait de privilégier ou non tel ou tel secteur, par des incitations budgétaire, fiscales et réglementaires (ce qui suppose que le gouvernement s’intéresse à l’économie).
La valeur de l’or
Valeur monétaire
La valeur de l’or vient donc en partie de la défience envers le système monétaire actuel et plus particulièrement envers la valeur réelle de la monnaie. Que vaut le dollar si les Etats-Unis peuvent en imprimer à l’infini sans jamais rembourser leur dette? Que vaut le Yuan qui n’est pas librement coté sur les marchés? Que vaut l’Euro, alors que l’Europe n’a ni véritable armée, ni source d’énergie suffisamment autonome? Que vaut le Yen, assis sur une dette dépassant 200% du PIB du Japon? Partout dans le monde, les monnaies sont sous la pression même du système monétaire. Pour beaucoup, l’or reste la contre-partie idéale de la monnaie. Les banques centrales continuent à en détenir des quantités importantes.


Valeur marchande
L’or a également une valeur réelle de marchandise. Il est principalement utilisé dans le segment du luxe et dans l’industrie. Bijoux, aménagement luxueux, processus industriels.
Valeur des mines
L’autre grand élément de valeur est celui des mines d’or, qui vont par leur production réellement augmenter le stock disponible. Nous ne sommes pas spécialiste des mines, mais ce que disent les professionnels, c’est que la valeur des minières, comme pour toutes les matières premières, devient beaucoup plus évidente quand le métal dépasse une certaine valeur.
Les actions, contrairement à l’or, peuvent verser un dividende, un cash flow, même quand l’argent est immobilisé. Elles sont donc mieux pricées que l’or lui-même. Les actions des mines ont ainsi un double intérêt quand le métal augmente. Mais il existe d’autres manières d’acheter de l’or (or physique, exonéré d’impôt sur 20 ans, ETF, etc).
La fin de la domination du dollar ?
Toutes les informations montrant les achats d’or par la Chine cette année ont ceci d’intéressant qu’elles ne semblent pas correspondre aux variations de la valeur de l’or. Il y a deux manières de lire l’information. Soit les chinois sont d’exceptionnels traders… soit, ce qui est plus crédible, leurs achats passent sous les radars du marché et sont fait directement depuis leurs mines, off market, et/ou via d’autres fournisseurs.
Ce qui protège le plus le dollar aujourd’hui, c’est le fait que le Yuan ne soit pas une monnaie libre. Mais rien n’empêche de penser que les CRICN (Chine, Russie, Iran, Corée du Nord), commercent désormais en Yuan et mettent en place un nouveau système d’échange mondial pour échapper au règne des Etats-Unis.

D’un point de vue strictement financier, le cours de l’or dépend donc de la valeur accordée au système monétaire. Et comme il repose sur le roi-dollar, la valeur de l’or dépend tout simplement de la valeur du dollar. Plus la planche à billet fonctionne, plus le dollar se fragilise par la dette en dollar et plus cette dette est décorellée du système marchand mondial, plus l’or monte.
A l’heure où le détroit d’Ormuz est disputé à l’Iran soutenu par la Chine, où la Chine vend ses dollars et construit patiemment un nouvel empire néo-communiste, l’or ne peut que monter. Il monte d’autant plus que les taux obligataires restent à la hausse, montrant la tension sur le dollar. La hausse d’août 2026 vient de l’inflation créé par le pétrole, qui lui même met la pression sur les taux long terme, sur fonds d’accroissement du déficit. La hausse de l’or de la fin 2025 venait surtout des déclaration du gouvernement semblant vouloir renoncer à l’hégémonie mondiale du dollar et avoir une politique plus indépendante. Mais c’est un voeu pieu. Les déficits américains sont bien trop importants pour se passer de la planche à billets. La nouvelle stratégie semble de défendre la place du dollar, d’où la guerre en Iran, tout en faisant baisser sa valeur.
Annexe
Pourquoi l’or?
La réponse est assez simple. L’or est beau, facile à travailler et relativement disponible sur toute la planète. Mais il y a un peu plus. Posséder de l’or est pour le matérialiste le signe qu’il réussit sa vie sur terre. Pour un matérialiste, le principe est la matière et la plus belle matière est l’or.
Le fétichisme de la marchandise et de l’or dans le capital de Marx
Chez Marx, le « fétichisme de la marchandise » est surtout développé au chapitre 1 du livre I du Capital, dans la section 4 : « Le caractère fétiche de la marchandise et son secret ».
Il ne s’agit pas encore exactement d’un « fétichisme de l’or » : l’or est plutôt, chez Marx, la forme monétaire dans laquelle le fétichisme de la marchandise atteint une forme particulièrement visible. Mais la tradition du commentaire à retenu cette expression du fétichisme de l’or.
Pour Marx, dans une économie marchande, les producteurs travaillent séparément les uns des autres. Pourtant, leurs travaux doivent être socialement coordonnés : le travail du boulanger doit être mis en rapport avec celui du producteur de vêtements, de machines, etc. Cette mise en rapport sociale se fait par l’échange des marchandises.
Le problème est donc que les rapports sociaux entre les producteurs prennent la forme de rapports entre leurs produits. C’est cela que Marx appelle le fétichisme. Il reprend volontairement un vocabulaire religieux.
Dans le fétichisme religieux, les hommes attribuent à un objet fabriqué par eux-mêmes des pouvoirs qui semblent appartenir naturellement à l’objet. Marx dit quelque chose d’analogue de la marchandise : l’homme produit la marchandise, les relations sociales des hommes déterminent sa valeur, mais cette valeur apparaît comme une propriété objective de la chose.
C’est donc une sorte d’inversion : rapport social → apparaît comme → propriété de la chose.
C’est très proche de l’analyse de la religion chez Marx : les hommes produisent quelque chose, puis leur propre production leur apparaît comme une puissance extérieure. Un raisonnement que l’on peut parfaitement appliqué aux lois du matérialisme historique marxiste…
Dans le développement historique de l’échange, une marchandise particulière finit par devenir l’équivalent général : l’or. Au lieu que chaque marchandise exprime sa valeur relativement aux autres, toutes peuvent désormais exprimer leur valeur dans une même marchandise.
1 manteau = 2 onces d’or. / 1 tonne de fer = x onces d’or/ L’or devient ainsi l’incarnation de la valeur.
Et quelque chose de très important se produit : la valeur semble alors être une propriété intrinsèque de l’or. L’or semble « valoir » en lui-même. Mais pour Marx, c’est une apparence.
L’or ne possède pas naturellement cette fonction sociale. Il est devenu équivalent général parce que les rapports sociaux de production et d’échange lui ont conféré cette fonction. C’est ce qui explique la formule célèbre de Marx dans le Capital : « Une marchandise semble au premier coup d’œil une chose triviale et qui se comprend de soi-même. »
