C’est quoi la France?

Étranger, dans son propre pays

Un étranger peut-il vivre dans un pays d’accueil dont il ne connaîtrait pas les règles? Pourrait-il s’y intégrer et pourrait-il le comprendre? Peut-être.

Un étranger, maintenant, pourrait-il vivre dans son propre pays? Imaginez un instant que vous soyez né ici, mais que vous ne compreniez pas ce qu’est ici. Pourtant, tout le monde autour comprend et joue un jeu que tous les individus ont l’air de partager.

Cette fois, ce n’est pas un film. C’est notre vie. C’est le pays de Descartes qui s’effondre en maths dans le concours Pisa. Et où parfois, un français remporte la médaille Fields.

C’est un gouvernement qui démolit le pays à coup de dette et augmente toujours plus les impôts et les prélèvements. Un pays où la plus grande partie de la droite n’est pas libérale, la droite libérale représentant à peine quelques pour cent de l’électorat.

C’est aussi un pays où presque toute la production cinématographique parle d’émotion, de vivre ensemble, de tolérance. Qui produit des acteurs de classe mondiale. Mais dont les salaires des intermittents sont financés par les autres secteurs de l’économie. Et en même temps, le prix Nobel d’économie de 2025 est un français ayant reprise les thèses de Schumpeter…

Un pays qui ne se dit pas religieux, dont le but de la semaine reste le pot du vendredi soir, les mots légèrement alcoolisés entre amis. Des réunions, où à la meilleure manière de se comporter est celle exposée par les films décrits ci-dessus. « Ma belle », « quel salaud », « le pauvre »… mais surtout, ne jamais parler d’argent ou d’Islam. Vous vous condamnerez de blâmer Trump et de vous interroger sur le rôle de l’Otan dans le déclenchement de la guerre en Russie.

Dans ce pays, vous aurez un mal fou à faire un doctorat, surtout si vous reprenez vos études des années après, ou si vous tentez de penser librement. En revanche, ce même pays n’aura aucune difficulté à délivrer des doctorats d’économie à des « intellectuels » détestant l’économie.

Si vous essayez de progresser en entreprise, on vous fera comprendre qu’il faut attendre. De toute manière, pourquoi progresser? Et pourquoi générer de la croissance? Les grands postes sont réservés aux énarques et aux polytechniciens. Pourquoi cherchez-vous à progresser? Vous n’aimeriez pas un peu l’argent par hasard? Ou le pouvoir? Et surtout, n’oubliez pas que l’essentiel, ce sont les softskills, la compétence, on s’en fiche.

Imaginez un pays où les intellectuels étaient vénérés, mais où en grattant un peu sous la surface, vous vous rendez compte… qu’il n’y en a pas! Quand l’Allemagne a développé l’idéalisme allemand, prenant le cartésianisme au sérieux, la France… n’a rien fait. Il faut attendre Sartre pour retrouver une pensée de la liberté. Une pensée que l’on ne pourra malheureusement pas suivre sur les autres terrains, comme celui de la défense des mollahs en Iran. Un pays aussi, où l’apprentissage de la philosophie interdit la critique des œuvres, mais accepte tous les discours de condamnation de la raison, tous les éloges du cœur et de la nature…

Ce pays, c’est la France

Nous pourrions continuer longtemps cette analyse. Souligner notamment que nous sommes dans le dernier pays d’Europe qui a un parti communiste. Mais l’essentiel est de comprendre ce qu’il se passe et quel est ce code mystérieux qui vient structurer toutes ces apparentes contradictions.

De manière tout à fait contradictoire, c’est Schumpeter, dans Capitalisme, socialisme et démocratie, qui nous a mis sur la voie. Schumpeter est le penseur du capitalisme. La destruction créatrice, l’innovation qui bouleverse tout et augement le niveau de vie, c’est lui qui l’a théorisé. Mais de manière très paradoxale, il déteste l’économie. Pas comme sujet. Même pas tout à fait comme pratique. Mais comme « idélogie ». Il ne rêve que d’une chose, l’instauration du socialisme.

Sans reprendre toute son argumentation, allons tout de suite aux conclusions. Schumpeter appelle de ses voeux un régime socialiste, les monopoles d’Etat et un pouvoir opérationnel au main de l’administration. Il faut retrouver le lien du Moyen-Age entre le suzerain et son aristocrate. D’ailleurs, la caste des administrateurs descend en droite ligne de la noblesse.

Baptème de Clovis

Le fondement de cette réaction romantique est, tout simplement, le catholicisme. La source de toute les haines, c’est la révolution protestante et la liberté de conscience, la possibilité de lire la Bible dans le prêtre. Voilà ce qui est absolument impossible pour Schumpeter, et toujours pour une partie de la droite. Pour Schumpeter, toute la philosophie des Lumières n’est que du protestantisme laïcisé. Locke ne travaille que pour ses amis bourgeois propriétaire.

L’alliance de Marx et de Jésus

Voilà comment, de manière tout à fait contre-intuitive, la réaction catholique, à laquelle on donne le doux nom de « romantisme », ou peut-être de premier romantisme, s’est parfaitement allié au marxisme. La sociologie du marxisme le confirme, plus un pays est catholique, plus le marxisme s’y est développé. Le développement du marxisme n’a rien à voir avec l’évolution du capitalisme ou de la richesse d’un pays, contrairement à ce que dit la doctrine marxiste.

Le catholicisme n’est pas tolérant. Il fait juste semblant. La parole est à l’Eglise uniquement. En France, l’intellectuel commente et c’est tout. Il en faut de la patience pour trouver une thèse dans les kilomètres de textes de Aron ou Ricoeur. Un point de vue clair et tranché aurait signer leur mort social d’intellectuel. En revanche, adopter la pensée catholique sans le dire, et c’est gagné. La vie est « complexe », la lumière contient ses zones d’ombres, et autre galimatia d’Edgar Merin, et c’est la gloire médiatique. Vous êtes un « sage »!

Palais des Papes en Avignon

La France déteste l’argent, les catholiques aussi. La France déteste les hiérarchies sociales en dessous du chef tout puissant, l’Eglise et le totalitarisme marxiste aussi. La France déteste les protestants et les juifs? Normale ils sont aussi dans le monde concret et il faut faire ses preuves devant dieu ici-bas. Chez les juifs, il n’y a pas de Paradis. Chez les catholiques, seul le Paradis compte et on n’y entre pas si l’on est riche.

Tout le reste est à l’avenant. Les softskills sont la glorification de la communauté des moines préparant leur liqueures. Le taux d’impôt parmi les plus haut du monde. Le peu de liberté encadré par une inflation réglementaire délirante. la survalorisation de la retraite, vécu comme le but de la vie, sans travail, sans argent, sans chef, le tout pays par l’Etat-Papa… sans doute grâce à la manne tombée du ciel. La retraite préfigure le paradis.

Voilà pourquoi en France, malgré toutes les déclarations et les droits de l’homme, tout est quasiment impossible et le contrôle social si puissant, beaucoup plus que les lois. Le surmoi du français reste profondément catholique. Le désenchantement que tout le monde pleure n’est pas si présent que cela. Tout le monde déteste la République et la laïcité. S’il y a bien un pays qui n’est pas à la hauteur de ses valeurs….Il va falloir faire avec.

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