Pouvons-nous faire quelque chose de toutes ces découvertes pour soigner nos passions, nos émotions et nos traumatismes? Pour trouver un chemin vers le bonheur et la sagesse qui ne soit ni uniquement intellectuel, ni dans la morale souvent tragique que l’homme doit opposer à la vie, ni uniquement sur le sens transcendant de la vie et de l’immortalité de l’âme?
Les exercices de médiation dont nous avons pu parler dans nos textes sur la sagesse et l’éveil allaient dans cette direction. La gratitude pour la beauté du monde, la compassion envers soi-même, notamment, nous aident à retrouver un contact avec le monde et avec nous-mêmes.
Mais ce n’est pas suffisant. Il faut aller plus loin. Il faut aller là où le langage ne va pas. Et ces zones, l’hypnose, qui est appuyée sur le langage, n’y va pas non plus. L’EMDR est supposée y aller, mais pour moi en tout cas, elle n’y va pas.
Les deux grands obstacles de la cure psychologique, sont de trouver le bon outil et le bon niveau de psyché où s’est logé le trauma. Et ce que nous montrent l’art et les exemples que nous avons pris précédemment, c’est que tout est accessible, pourvu que l’on adopte le bon langage.
La cure est longue, infinie parfois, parce qu’on ne peut pas parvenir ainsi, si facilement, aux peurs ou aux violences archaïques que nous portons et qui nous structurent. Elles sont enfouies sous une vie d’émotion et de trauma secondaire ou ternaire. Nous en voyons les symptômes, parfois nous savons même suffisamment bien ce qu’il s’est passé. Mais ce n’est pas encore suffisant pour accéder de manière efficace. C’est souvent la névrose, l’entourage, le milieu, qui répète tout le temps la même chose et nous empêche d’arriver aux fondements historiques. Ces fondements sont même présents dans les causes et parfois les coïncidences de notre conception (comme nous avons pu le développer ailleurs dans nos textes sur le destin). Il faut alors parcourir un long chemin, nettoyer les niveaux les uns après les autres, pour enfin parvenir à la cause de toutes les causes.
La plupart du temps, elle est déjà là. Nous vivons avec. C’est elle que nous avons étouffée sous l’alcool, la drogue, la culture, l’art, le sexe, la bouffe… Bref, tout ce qui pouvait nous faire oublier la puissance d’un mal originaire, d’un drame qui s’est déroulé dès la naissance.
Nous n’avons même pas besoin de connaître un vrai drame, un avortement raté, une naissance venant d’un viol, un abandon, une tentative de meurtre, souvent de la part de la mère, un viol durant la toute petite enfance (par un parent, un grand-parent, un frère ou une soeur, un beau-père..), ou d’avoir été battu ou harcelé… Autant de situations qui ne sont pas du tout aussi rares qu’on le pense. Parfois il suffit d’un accouchement un peu difficile pour imprimer la marque de la douleur sur tout un corps. Ce n’est évidemment pas un hasard, mais le reflet du désir qui a été en œuvre et de l’angoisse de la mère. C’est de nos jours largement amélioré par les péridurales. C’est aussi un fait de vie, que l’accouchement de l’aîné est toujours plus difficile que celui du second, puisque le chemin doit être ouvert. L’attachement en est tout différent.
La voie
Ici, nous sommes désolés, mais pour toutes les raisons dites plus haut, nous ne pouvons pas donner une réponse universelle à tous les traumatismes. Malgré tous ceux que nous connaissons et avons mentionnés ci-dessus, la situation individuelle particulière nécessite un travail particulier. Des travaux particuliers même, parce qu’il faut s’adapter à la manifestation du symptôme dans la manière qu’il a de se manifester à ce moment.
On ne va pas soigner un alcoolique en adressant les traumatismes sous-jacents tout de suite. Il va déjà falloir affronter l’alcool. Parce que c’est urgent. Mais il en ira de même avec un fumeur. Il devra commencer par arrêter de fumer. Il faut faire revenir le traumatisme à son état primitif. Et pour cela, il faut franchir tous ces niveaux des enfers, toutes les vagues qu’il a sédimentées dans notre corps et nos habitudes. Les habitudes les plus archaïques, la nourriture, et même un certain rapport à la sexualité, à l’oralité, sont les plus difficiles à franchir. Mais si vous êtes déjà à ces stades, sexe et nourriture, et non plus aux béquilles externes, vous êtes en fait plus proche de la solution. Evidemment, plus on approche et plus l’obstacle restant est colossal…Sinon ce ne serait pas drôle. Nombreux sont ceux à témoigner qu’il aura fallu la mort d’un parent ou d’un proche, voire de toute la cellule familiale, pour se libérer de ces manières de vivre.Même mis à distance, l’entourage entretient un trauma que seule la mort peut mettre à distance.
D’autres n’arrivent pas du tout à progresser. Ils se sont en général enfermés dans la violence. Ils ont subi la violence, grandi dans la violence, et ils l’ont acceptés. Nous avons étudié ce point dans nos textes sur l’origine du mal. La cause est pour nous un défaut dans la construction de l’intersubjectivité. Pour éviter la violence, pour refuser ce qu’elle implique de haine envers le soi enfant par le parent maltraitant, l’enfant s’est mis du côté de la violence. Il n’a plus d’empathie, ou une empathie sélective qui lui permet de toujours se penser supérieur à la « victime », mais qui bloque son développement psychique. Ces personnes sont très nombreuses. Ce sont typiquement toutes celles qui font du mal et ne vont jamais chercher une thérapie. Sans intersubjectivité, elle ne peuvent pas se remettre en question. Même l’amour ne suffit pas à les ouvrir, même la ruine, la pauvreté, la misère… Le drame semble couler sur eux. Et bien sûr, s’ils sont riches, cela ne fera qu’enflammer leur égoïsme.
On les reconnaît assez facilement par leur attrait pour la violence.Que ce soit dans le succès des séries très violentes, de la musique dure, des raves parties, des punk a chiens, ou des cassos. Ils ne se rendent pas compte que la violence les détruits. Ce sont des candidats au suicide.
Nouvelles médiations
Nous avons déjà souligné la pensée de Winnicott sur les traumas de la très jeune enfance. D’autres psychologue ont également travailler ce sujet, comme Mélanie Klein, ou John Bowlby et d’autres. Winnicott est peut-être le premier à avoir souligner les traumas naissant de la relation. Le nourrisson étant dans son stade de « naissance », la relation à la mère exta-utérine, tout en tenant compte des circonstanes de la naissance. Il y deux extrêmes de la relation, qui correspondent d’ailleurs aux extrêmes identifées par Aristote dans l’Ethique à Nicomaque, à savoir le défaut et l’excès. Le défaut de contact avec la mère engendre la peur de la désagrégation. C’est au contact de l’autre que se créer les limites, la limite et l’individualité. L’absence radicale de mère et de figure maternelle engendre des traumas largement documentés.
A certains égards, la situation du nourrisson privé de contact est pire que celle de l’enfant loup. L’enfant élevé par les loups, cette histoire incroyable qui est bien arrivée en Inde et sert de modèle à Mowgli, a au moins la chance d’avoir le soin des mères animales. Dans l’incroyable absence de détermination naturelle de l’homme, il grandit vraiment en loup. Contrairement à l’enfant du conte, dont la vie avec les animaux est une métaphore symbolique, l’enfant-loup réel n’a jamais réussi à se réadapter à la société. Le nourrisson laissé à lui-même est confronté à la peur de la désagrégation. Il est liquide, il vibre dans une fréquence haute. Il se dissout.
Le traumatisme inverse est celui de l’ogre, de l’avallement, de la disparition de l’individualité. Rousseau avait bien raison de demander d’arrêter de mettre les nourrissons dans des langes pendant des années. On ne peut pas tenir les hommes dans un carcan trop serré. Certains bébés meurent étouffés, souvent par leur mère.
Nous voyons que cette dualité se déploie, comme nous l’avons vu dans les passions, chez Aristote, mais aussi dans la structure sociale, entre l’anarchie et le totalitarisme. Le manque de règles et le trop plein de règles. Qu’elles soient écrites ou tacites d’ailleurs.
Si nous pensons à ce problème primitif, nous pouvons inventer des exercices de médiations, d’imagination méditative pour travailler l’intégration dans notre corps. La beauté nous donne une bonne image. Elle est souvent une forme, une limite harmonieuse et individuelle, particulière à ce qu’elle donne. Il en est de même de notre rapport à notre corps. Le stress est une fragmentation, ou une compression. Il suffit alors de penser à la beauté, aux limites du corps, d’imaginer que l’on vit la situation que l’on n’a pas eux, les câlins qui ont manqué, ou à l’inverse l’espace qui a manqué. On peut le faire en imaginant que l’on s’occupe d’un animal, d’un jardin, ou d’un appartement selon la modalité dont on a besoin. Toujours le matin et le soir, dans ces moments où la conscience est particulièrement réceptive.
Là, nous sommes sur quelque chose déjà d’assez archaïque. Mais le plus important est dans cette démarche de soigner chaque symptôme les uns après les autres et de trouver les images qui nous irons bien. Les modalités sont également sûrement très différentes selon la différence des sexes.
A l’issue de ce travail, c’est une nouvelle perception de soi même et de soi vis-à-vis des autres qui va se mettre en place. L’acceptation de soi d’un côté et du monde de l’autre, avec ses règles nécessairement imparfaites, mais aussi ses possibilités.
Conclusion?
A chaque fois que l’on fait une découverte majeure, ou plutôt que l’on s’approprie réellement une découverte qui a été faite par d’autres, nous avons l’impression d’être arrivé au bout du parcours. Enfin nous allons être libre. Enfin, nous allons pouvoir vivre dans une certaine forme d’apaisement et de sagesse. Nous avons commencé ce blog il y a maintenant 8 ans. La volonté initiale était de faire une thèse sur la liberté. Mais cela n’a pas suffit. Il a fallu travailler sur le sagesse et la psychologie. Il y eu également de nombreux détours, cinéma, économie, sociologie, médiation…Platon, Kant… les problèmes concrets de la morale. De nombreux problèmes personnels également… Et finalement les règles de l’imagination.
Il nous a fallu parcourir non pas un, mais tous les chemins. Toutes les spiritualités, toutes les philosophies, la psychologie, pour nous construire le long de ce chemin, comprendre ce que nous sommes, comment le vivre, et comment tenter de nous inscrire dans une société qui a sa logique, mais une logique qui ne nous correspond pas, mais qui ne peut de toute manière pas nous convenir. Il n’y a pas de raccourci. Il n’y a pas de solution parfaite et définitive. Il n’y a ni gourou, ni maître. La sagesse est à la fois universelle et construite sur la question de chacun. Il n’y a pas non plus un chemin inifini.
Nous vous souhaitons tout le meilleur sur le chemin… jusqu’à la prochaine révélation?
