Logique du pouvoir, désir et psyché humaine

Cet article est la suite de notre article sur le désir qui se trouve ici: https://wordpress.com/post/foodforthoughts.blog/8915. Il expose la généralisation du principe mis en évidence précédemment dans l’organisation sociale.

Ce besoin de reconnaissance et d’amour, qui est au cœur de l’organisation de notre propre désir, trouve de nombreux relais dans l’organisation sociale. Il est notamment la source de notre obéissance sociale, un mécanisme qui peut aller très loin, bien trop loin même, si l’on songe à toutes les horreurs que l’humanité à commise, bien au chaud sous l’excuse commode de l’obéissance au maître. Tout pouvoir ne tient que parce qu’on lui obéit. Las, nous sommes presque tous, comme nous allons le voir, prêts à obéir à n’importe qui et à n’importe quoi, pour peu qu’on n’en reçoive n’importe quel type de reconnaissance. Nous n’existons à notre propre yeux que par la reconnaissance de l’autre. Recevoir un ordre, surtout s’il vient d’une personne à laquelle nous reconnaissons nous-mêmes une autorité, est presque un délice. Contrairement à c tout ce que nous ressasse la modernité, il est plus facile de ne pas être autonome que de l’être. Même chercher partout on individualité n’est rien d’autre aujourd’hui qu’un lieu commun social. Il y a là un mystère de la constitution de l’âme humaine qui est pour notre rationalité et notre individualité un scandale quasiment insurmontable.

Le mécanisme de l’obéissance

Nous apprenons à obéir dès l’enfance. Obéissance et éducation vont de pair. Nous avons fort à faire pour nous socialiser et rejoindre la manière de vivre des adultes. Tenue, parole, réponse aux autres, actions propres…nous sommes projetés dans un monde de codes préétablis. Quoiqu’on en pense, nous devons bien les accepter. Les plus impératifs font l’objet de la loi, et leur désobéissance est sanctionnée d’une peine.

Mais si nous acceptons tout ceci, c’est que nous sommes dès le début pour ainsi dire programmés à vivre en groupe, comme un animal social, ce zoon politicon dont parle Aristote. C’est vrai de nos besoins, qui nécessitent une certaines divisions du travail pour être satisfaits. Qui en pourrait en effet fabriquer seul tout le nécessaire à une vie humaine? C’est devenu complètement impossible, ne serait-ce même que pour la nourriture. Mais là encore, il ne faut pas inverser la cause et les conséquences. Si nous vivons de cette manière, c’est tout simplement que nous ne nous suffisons pas à nous mêmes, y compris sur le plan psychique. Nous sommes reliés aux autres, y compris dans ce que nous pensons nous être le plus individuel, notre pensée, nos désirs, nos choix. Nous obéissons parce que nous y trouvons un intérêt, mais aussi et surtout parce que nous voulons vivre en groupe. Cela nous rend la vie plus douce et plus agréable.

C’est ainsi que nous apprenons à satisfaire le désir d’un autre, notre parent, et que nous en tirons une satisfaction personnelle, celle d’être reconnue comme personne par celui dont nous réalisons le désir. Nous transposons ensuite symboliquement ce système dans les autres étapes et les autres relations de notre vie, jusqu’à constituer la pyramide de relations intersubjectives qui constitue la société.

Nous nous accrochons les uns les autres par des systèmes de reconnaissance et de désignation. Il y a la reconnaissance par le père, qui donne son nom, l’adoption qui passe par un mécanisme similaire et par les tribunaux. Il y a le baptême, qui mime la venue au monde, pour la recréer d’un point de vue religieux. Il y a l’amour donné aux enfants qui consistent essentiellement en cela que ce construire cette boucle de subjectivité avec eux, qui va les soutenir dans toute leur enfance et au-delà. Puis l’instruction nous donne des maîtres en dehors du foyer, qui sanctionnent de bonnes ou de mauvaises notes le comportement des élèves. A cet égard, même si l’éducation doit toujours être encourageante, il n’y a pas pire pour l’estime de soi que d’avoir un retour défaillant et injuste qui nous signifie que nous ne sommes pas dignes d’avoir un retour juste. Viennent encore les rites de passages religieux, via les différents communions, les passages de niveau en sport, la parole des mentors, relais de socialisation malheureusement de plus en plus inexistants, des amis, des autres adultes que nous croisons sur notre route, des modèles intellectuels ou autre. Puis vient l’inscription sociale et tout son arsenal de moyens de communications et ses difficultés. Nous avons tous un rôle de reconnaissance à jouer les uns envers les autres dans nos relations sociales. La parole du directeur ou du responsable compte pour le subalterne, mais celle du subalterne compte également pour le responsable. Nous rejoignons aussi des groupes de valeurs, au premier rang desquels des partis politiques pour lesquels nous allons voter. La reconnaissance fonctionne aussi sur des valeurs, comme la justice, le respect de l’autre, la qualité du travail, le mérite, qui ont toute un lien direct avec la reconnaissance elle-même. Quand cet étiage, ce Surmoi civilisationnel, disparaît ou évolue, c’est toute la société qui change. C’est un critère d’analyse sociologique tout à fait pertinent. Ces codes sont différents dans une démocratie, où la reconnaissance est dévolue à toute la société, et dans une dictature, où seul le roi ou le tyran détient le pouvoir de reconnaissance sociale et économique, tout en étant obligé de maintenir une religion forte pour maintenir une certaine forme de reconnaissance dans la famille. Tout le reste, les corps intermédiaire, bien que maintenus, n’ont plus qu’autorité propre de façade. Le régime religieux ne reconnaît que la stricte obéissance au dogme.

La logique du pouvoir

Cette manière de faire va si loin, est inscrite si profondément dans les cœurs, qu’elle commande très souvent à la raison elle-même. Un argument n’est juste que s’il est défendu par une voie ou un personne reconnue socialement. Le chef a plus raison que l’employé, et peu importe ce qu’il dit. Chez certaines personnes, cette mécanique va tellement loin qu’elle n’entende et n’écoute littéralement pas celui qui n’est pas en position en pouvoir. Elles ne se rappellent que la parole de celui qu’elle considère comme le chef. Elle s’annihile dans le désir de l’autre dont ils font leur propre désir. Le reste d’une conversation, discussion ou réunion, tombe pour elle littéralement dans l’oubli. Pourquoi en effet se rappeler et écouter une personne qui n’est pas aux commandes? Je n’ai pas à lui obéir, je ne risque aucune sanction à l’écouter. Elle disparaît littéralement de mon périmètre d’attention. La socialisation contient ainsi un puissant germe d’associalisation.

La grande légitimé

Cette manière de faire va si loin, est inscrite si profondément dans les cœurs, qu’elle commande très souvent à la raison elle-même. Un argument n’est juste que s’il est défendu par une voie ou un personne reconnu socialement. Le chef a plus raison que l’employé, et peu importe ce qu’il dit. Chez certaines personnes, cette mécanique va tellement loin qu’elle n’entende et n’écoute littéralement pas celui qui n’est pas en position en pouvoir. Elles ne se rappellent que la parole de celui qu’elle considère comme le chef. Elle s’annihile dans le désir de l’autre dont ils font leur propre désir. Le reste d’une conversation, discussion ou réunion, tombe pour elle littéralement dans l’oubli. Pourquoi en effet se rappeler et écouter une personne qui n’est pas aux commandes? Je n’ai pas à lui obéir, je ne risque aucune sanction à l’écouter. Elle disparaît littéralement de mon périmètre d’attention. La socialisation contient ainsi un puissant germe d’associalisation.

La servitude volontaire – 1549

La Boétie est un autodidacte.  » Sans avoir jamais reçu d’instruction dans aucune école, ni aucun collège, je me suis formé de moi-même par la lecture ». Il s’interroge sur cette « Chose
vraiment surprenante (et pourtant si commune, qu’il faut plutôt en gémir que s’en étonner) ! c’est de voir des millions de millions d’hommes, misérablement asservis, et soumis tête baissée, à un joug déplorable, non qu’ils y soient contraints par une force majeure, mais parce qu’ils sont fascinés et, pour ainsi dire, ensorcelés par le seul nom d’un qu’ils ne devraient redouter, puisqu’il est seul, ni chérir puisqu’il est, envers eux tous, inhumain et cruel. Telle est pourtant la
faiblesse des hommes ! »

Et d’en conclure qu’ « Il y a en l’homme une préférence pour la servitude volontaire, parce que la servitude est confortable et qu’elle rend irresponsable ».

L’argumentation de La Boétie repose sur quatre arguments. Le premier, incroyablement moderne pour son époque, est de déclarer que tous les hommes sont libres et égaux. (…) ce qu’il y a de clair et d’évident pour tous, et que personne ne saurait nier, c’est que la nature, premier agent de Dieu, bienfaitrice des hommes, nous a tous créés de même et coulés, en quelque sorte au même moule, pour nous montrer que nous sommes tous égaux, ou plutôt tous frères. (…). dès lors, peut-on mettre un seul instant en doute que nous avons tous naturellement libres, puisque nous sommes tous égaux, et peut-il entrer dans l’esprit de personne que nous ayant mis tous en même compagnie, elle ait voulu que quelques uns y fussent en esclavage. (…) Que la liberté est naturelle, et, qu’à mon avis, non seulement nous naissons avec notre liberté, mais aussi avec la volonté de la défendre ».

La servitude, aussi volontaire soit-elle est une violation de ce droit naturel, en plus d’être un scandale intellectuel. Le second argument pose les racines de la servitude, « c’est de la nature également que nous apprenons la soumission, non à un souverain ou un tyran, mais à nos parents. « Certes, chacun de nous ressent en soi, dans son propre cœur, l’impulsion toute instinctive de l’obéissance envers ses père et mère ». Il s’agit essentiellement de contrer les arguments issus du premier livre de la Politique d’Aristote, qui décrit un homme, ou une partie de l’humanité comme naturellement esclave, dans une apologie de l’esclavage couramment pratiqué dans l’Antiquité qui restera une tâche dans l’oeuvre du Stagirite. (Il est cependant tout à fait possible de défendre l’idée que le texte transmis par la tradition n’est pas un texte d’Aristote, tant l’écriture y est relâchée, déliée, et tout à fait différente du reste des écrits du philosophe).

Au troisième temps de son argumentation, La Boétie note le poids de l’habitude,  » la première raison pour laquelle les hommes servent volontairement, c’est qu’ils naissent serfs et qu’ils sont élevés dans la servitude. De celle-là découle naturellement cette autre : que, sous les tyrans, les hommes deviennent nécessairement lâches et efféminés, et deviennent de parfaits esclaves. Les tyrans fabriquent leurs propres peuples.

Le texte ne va pas vraiment continuer dans cette voie argumentative. Il n’y aura pas de seconde ou troisième raison étayant l’argumentation. La pensée de l’auteur poursuit par l’analyse politique, l’autre grand axe de développement du texte. Si les hommes vivent dans la servitude, c’est aussi parce qu’il y a des tyrans pour les dominer. « J’arrive maintenant à un point qui est, selon moi, le secret et le ressort de la domination, le soutien et le fondement de toute tyrannie. (…) ce ne sont pas les armes qui défendent un tyran, mais bien toujours quatre ou cinq hommes qui le soutiennent et qui lui assujettissent tout le pays. » Le tyran s’appuie sur une clique de quelques fidèles, qui eux-mêmes asservissent une clique plus grande, en la corrompant par l’argent et autres positions, et ainsi de suite de toute la société.

Le tyran finit toujours plus ou moins par éliminer la première génération de ses complices (souvent des amis d’enfance ou de vices) et par la remplacer par une nouvelle génération complètement à sa main. Il y a toujours de nouvelles personnes pour devenir les nouveaux complices, « étonnés par l’éclat de sa magnificence, et, alléchés par cette splendeur, ils s’approchent, sans s’apercevoir qu’ils se jettent dans la flamme, qui ne peut manquer de les dévorer. »

Dans ce jeu de domination, le tyran noue avec le peuple une étrange alliance « D’ordinaire, ce n’est pas le tyran que le peuple accuse du mal qu’il souffre, mais bien ceux qui gouvernent ce tyran. Ceux-là, le peuple, les nations, tout le monde à l’envi, jusques aux paysans, aux laboureurs, savent leurs noms, découvrent leurs vices, amassent sur eux mille outrages, mille injures, mille malédictions. » Le peuple soumis continue à soutenir le tyran et ne blâme que ces ministres, dans un espèce d’aveuglement de la véritable cause de la mise en place du pouvoir qu’il critique. Tout se passe comme si une aura magique protégeait le tyran, que l’on pare de toutes les vertus, oubliant qu’il est non seulement un homme, mais aussi un homme assoiffé de pouvoir, et non un philosophe méditant sur la justice humaine.

La Boétie décrit magistralement l’organisation du pouvoir autoritaire. Mais il souhaite plus en souligner le scandale que d’en développer les causes. Esprit libre lui-même, il dit cependant l’essentiel, que retiendra la tradition. Le peuple est « fasciné » et « ensorcelé ». Il apprend l’obéissance dans le lien à ses parents.

Gustave le Bon – Psychologie des foules

Gustave Lebon, l’inventeur de la psychologie sociale, appelle se phénomène la fascination. Comment les hommes grands forts et puissants qu’étaient les généraux de Napoléon pouvaient-ils se laisser maltraité par l’Empereur, petit et faible? Comment une foule en vient-elle à ne suivre qu’un seul homme? Comment sont possibles des révolutions qui saccagent tout sur leur passage?

Gustave Lebon, l’inventeur de la psychologie sociale, appelle se phénomène la fascination. Comment les hommes grands forts et puissants qu’étaient les généraux de Napoléon pouvaient-ils se laisser maltraité par l’Empereur, petit et faible? Comment une foule en vient-elle à ne suivre qu’un seul homme? Organisé dans un groupe, l’homme est désindividualisé, comme déconscientisé, et il devient poreux à la suggestibilité. Qui n’a jamais eu tel ami, si sympathique quand on lui parle en face et si odieux quand il est pris dans un groupe? Quand nous sommes tous les deux, il m’écoute et nous partageons les mêmes valeurs. Quand nous sommes en groupe, il m’humilie, il est odieux. » C’est comme si nous avions à faire à deux personnes différentes. Chez la plupart, le comportement en groupe diffère radicalement du comportement en binôme. Le groupe entraîne avec lui la création d’une hiérarchie, les jeux de pouvoirs et d’allégeance.

Une foule n’est pas une nation, ni un peuple, même si le peuple est un composé de différentes foules. Une même personne peut d’ailleurs faire partie de plusieurs foules, une foule religieuse et une foule politique par exemple. Ainsi organisé en groupe, l’homme est désindividualisé, comme dé-conscientisé, et il devient poreux à la suggestibilité. Qui n’a jamais eu tel ami, si sympathique quand on lui parle en face et si odieux quand il est pris dans un groupe? Quand nous sommes tous les deux, il m’écoute et nous partageons les mêmes valeurs. Quand nous sommes en groupe, il m’humilie, il est odieux. Il ne tient même plus en public le discours qu’il tenait en face à face. C’est comme si nous avions à faire à deux personnes différentes. Chez la plupart d’entre-nous, le comportement en groupe diffère radicalement du comportement en binôme. Le groupe entraîne avec lui la création d’une hiérarchie, des jeux de pouvoirs et d’allégeance qui modifie le comportement de ceux qui ne sont plus des personnes, mais des membres.

Qu’est-ce qui crée la foule? C’est d’abord tout simplement le nombre et la nécessité d’un leader pour ce groupe. La foule est fasciné parce ce que Le Bon appelle le Prestige, qui n’est rien d’autre que la puissance sociale, ou l’incarnation d’une certaine puissance sociale. Un titre, un nom connu, suffise à être suivi par les foules. Le prestige est une forme de domination qui s’exerce sur l’esprit et produit chez le sujet une forme d’obéissance. La foule entre dans une espèce de transe contagieuse. Chacun partage avec les autres des émotions qu’il n’aurait pas s’il était seul. Les idées, les émotions, les sentiments, tout est contagieux, comme les microbes nous dit Le Bon. « Ce n’est pas le besoin de liberté, mais celui de la servitude qui domine toujours dans l’âme des foules. Elles ont une telle soif d’obéir qu’elles se soumettent d’instinct à qui se déclare leur maître ».

La principale caractéristique des meneurs est d’avoir une volonté inébranlable, toujours en action, jamais remise en cause. Ils les appellent des hommes à « volonté durable », ou à volonté forte. Ils ont eux-mêmes souvent été fascinés par une idée, une vision qu’ils servent eux-mêmes.

Les foules ne sont pas rationnels. Elles sont au contraire dominées par l’imagination et l’inconscient, par les grandes idées, les associations d’images, les projets magnifiques, certainement pas par les calculs financiers, de real politique ou par la froide raison. « Qui sait les illusionner est leur maître, qui les désillusionne est leur victime ». Ce sont aujourd’hui les illusions sociales qui les dominent. Ce sont les mots qui ont le sens le plus mal défini qui excitent le plus l’imagination qui ont le plus d’actions, « fraternité, égalité, liberté, socialisme, démocratie… ». On ajoutera l’amour à cette liste. La psychologie des foules trouve ses racines dans la race, la série de tous ses ancêtres.

La religion en consiste l’archétype. La soumission aveugle aux dogmes, l’impossibilité de les discuter, rendent ennemis tous ceux qui ne les admettent pas. L’intolérance et le fanatisme constituent l’accompagnement nécessaire d’un sentiment religieux, inévitable chez ceux qui croient posséder le secret du bonheur terrestre ou universel.

Le mécanisme de l’hallucination collective est l’un des fondements du fonctionnement des foules. La foule est en état d’attention expectative, de l’autre une suggestion faite le meneur.

Elle pense par image, prête à suivre n’importe quel mythe comme si c’était une réalité. Elles sont conduites par l’inconscient et l’imagination. Elle peut laisser s’exprimer ses sentiments les plus féroces et peut facilement détruire un palais. Comme dans l’hypnose, la volonté consciente est disparue. L’hypnotiseur s’adresse directement au système nerveux.

Le fait d’être en groupe donne un sentiment de puissance qui permet de laisser parler des instincts de violence que l’individu seul ne laisse que très rarement s’exprimer.

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Le Bon met l’accent sur certains phénomènes contre-intuitif concernant ce qu’il appelle et définit comme les foules. Bien qu’elle soit constituée d’une masse d’individus, elles sont encore plus bêtes que si elles ne se composaient que de deux personnes. Bien loin de constituer et d’organiser une somme des intelligences, l’organisation en foule nivèle au contraire encore plus l’intelligence. Il faut l’avoir vécu, comme nous le vivons tous les jours en entreprise, pour voir à quel point même dans les organes dirigeants d’une entreprise, supposément éduqués et expérimentés, l’intelligence individuelle disparaît au profit des phénomènes de cours. Personne n’écoute l’autre. Tous écoutent le chef. Personne ne prend d’initiative, il s’agit uniquement de ne pas se faire prendre pour faute. Les foules ne sont conduites que par des idées simples, voir simplistes. Tout se passe comme si ces membres avaient délégués leur pouvoir de réfléchir au chef, dans une sorte de conséquence néfaste et insoulignée du contrat social. Il faudrait donc réécrire le contrat social et la liste des droits non délégables, pour inclure le droit de penser en plus de la liberté d’expression, qui se transforme bien vite en liberté de flatter. Beaumarchais n’avait pas raison de parler de liberté de blâmer. Il aurait dû en faire une obligation. Le Bon en déduit toute la rhétorique qui fonctionne dans une Assemblée, et qui est bien loin de reposer sur des raisonnements rationnels, comme nous le savions d’ailleurs depuis Platon.

Pris dans un groupe, le rapport à notre propre individualité devient différent. Nous sommes sujet à un relâchement de contre conscience individuel. Une large partie du souci d’être nous-même, si pesant dans la solitude, disparaît et laisse place à une sorte de plénitude des émotions. Nous pouvons enfin nous « laisser vivre », nous laisser parcourir par nos émotions, les accepter, les suivre, et ne pas être dans leur contrôle permanent, celui-là même que nous impose notre conscience rationnelle et la responsabilité de nos actes. La cohésion du groupe prend le pas sur les autres valeurs. L’enjeu n’est pas la réalité, la réalité, ou même l’efficacité, mais la survie du groupe lui-même. A partir de là, c’est un calcul de la cohésion qui se met en place et sert de principe. Celui qui désapprouve ou émet une idée différente prend immédiatement le risque de se mettre à l’écart du groupe. Peu nombreux sont ceux capables de suivre cette logique.

Lebon critique évidemment en creux la démocratie et sa promesse de rationalité supérieur à celle de la monarchie. Il faut bien prendre garde de faire la part dans ses propos. En Monarchie, il n’y a plus qu’une seule foule, et toute contestation est interdite. En démocratie, nous avons la possibilité d’en avoir plusieurs, qui s’affrontent. Et cet affrontement finit souvent, même si cela prend malheureusement des années, par une réalité et une vérité que plus aucune démagogie ne peut cacher ou dissimuler sous une réécrire des faits. Imparfaites, les foules démocratiques restent immensément supérieures, du point de vue de la raison, à la seule foule fanatique des religieux ou à la foule asservie des tyrannies en tout genre.

L’expérience de Milgram

Cette célèbre expérience de psychologie chercher à montrer comment des hommes et des femmes, soumis à une autorité instituée et reconnue, peuvent se mettre à avoir des comportements inhumains. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Exp%C3%A9rience_de_Milgram). Milgram a organisé une fausse expérience scientifique. Encadré par une structure de personnes jouant des rôles, des personnes choisies au hasard reçoivent des instructions les conduisant petit à petit à torturer un patient en lui administrant des quantité d’électricité toujours plus importantes. Il s’agit de tester un protocole d’apprentissage. Dès que le sujet ne répond pas correctement, il est choqué électriquement. Le patient est également un acteur, qui mime la douleur. A sa grande surprise Milgram constate que les exécutants ne remettent que très rarement les instructions en question et exécutent des commandes les conduisant à torturer un homme.

100% des participants ont administrés une charge électrique! 65% ont administrés une charge potentiellement mortel, alors même qu’ils ont vu devant eux le cobaye souffrir à chaque nouvelle décharge.

Les conclusions sont aussi consternantes qu’instructives. Soumis à une autorité installée, l’homme obéit. Les personnes capables de s’opposer à une telle autorité représente un pourcentage infime de la population. En extrapolant et en regardant la réalité des régimes autoritaires, il est clair qu’un peuple, enfermé dans une histoire, un story-telling, qui lui raconte sans cesse que l’autorité est la première valeur du groupe, que le groupe a été humilié et qu’il doit en restaurer la grandeur, n’a quasiment plus aucune chance de se révolter. A l’air des réseaux sociaux, il devient possible de contrôler ainsi les représentations d’une population aussi vaste que celle de la Chine. Seule le pluralisme culturel, la différence des opinions garantie par la démocratie (mais pour combien de temps encore?), permet d’élever les consciences, de promouvoir l’individu et mettre des limites au pouvoir du groupe.

L’expérience de Milgram nous dérange d’autant plus qu’elle comprend une forte critique de notre monde technicisé. C’est en s’abritant derrière la double structure de l’autorité et de la scientificité du projet, et de son but soit disant pédagogique, que les sujets en viennent à déshumaniser le cobaye et à lui faire subir l’inacceptable. L’empathie et la pitié que nous devrions ressentir face à toute souffrance humaine disparaissent littéralement sous le dispositif. La douleur du cobaye devient une donnée scientifique qu’il s’agit de quantifier. Notre monde moderne ne nous met pas à l’abri.

Le singe en nous

Frans de Waal met en évidence deux types de coopération dan les tributs de singe. Il s’agit principalement de montrer les mécanismes de résolution des conflits, de création et de maintient des structures sociales. Il y a le système hiérarchique des xxx, et le système de pacification des bonobos.

Chez les xx, c’est le mâle alpha qui domine par la force. Une fois assis en haut de la pyramide, il a accès à tout le meilleur. Il mange le premier les morceaux de choix, et accède plus facilement aux femelles. Plus encore, il décide qui a accès à quelle ressources. Il est le grand distributeur des grâces. Son mode de résolution principale est le combat. Il vainc par la force et le vaincus vient ensuite faire la paix, en demandant allégeance. Il est ainsi réintégré au groupe.

Tout est dicté par la nature et l’instinct. Un chef fort maintient le calme dans le reste du groupe. Il assure une plus grande force face à l’extérieur. La coopération est innée chez les mammifères. S’ils ne se reproduisent pas, s’ils n’élèvent pas les enfants, s’en est terminé de l’espèce. Les lois de l’évolution sont partout. Mais elles ne sont pas exclusives. Les bonobos montrent un système très différent, ou tout les conflits finissent par se résoudre par une brève scène de sexe, histoire de ressouder les troupes.

L’éthologie des singes nous rappellent à notre condition de primate. Force et pouvoir associé, sexe, nourriture, descendance et survie, nous n’avons pas tellement évolué. Nous avons la technique et la capacité représentative du concept. Mais pour le reste, la comparaison appelle la plus grande humilité. Là encore, la démocratie capitaliste reste le régime le plus efficace que nous ayons pu trouver pour partager le pouvoir et garantir le meilleur niveau de vie et la meilleure manière de vivre au plus grand nombre. Pour le reste, tout est pareil.

Un fanatisme toujours possible

Les grands critères de l’organisation sociale peuvent être résumés assez simplement. Il y a d’abord une doctrine, un dogme, une série de valeurs, quasiment religieuses, qui sert de logiciel et donne son sens au groupe. Il y a ensuite un « grand homme », un « père de la nation », qui incarne, qui donne chaire à ses valeurs et en même temps rappelle la structure familiale. Quand ce grand homme n’existe pas, on en désigne un par élection, ou une institution, comme l’Assemblée, peut servir de relais. Ce grand homme peut aussi bien être Hitler que Ghandi, Pétain que Clémenceau, l’essentiel étant qu’il symbolise à lui tout seul toutes les valeurs du groupe. Il y a ensuite une caste de dirigeants, qui sera d’ailleurs souvent renouvelées, pour préserver le chef et des valeurs par essence intenables. En dessous, la population suit, encadré par un ensemble de structures lui enseignant le dogme et vérifiant à chaque étape qu’elle le respecte scrupuleusement. Tout l’accès aux ressources, réelles et symboliques, dépendra de la capacité des acteurs à suivre les règles. Viennent ensuite les parias, comme des intouchables en Inde, différents dans chaque système, mais toujours présents. Ils sont ceux que l’on n’a pas réussi à intégrer parce qu’ils ne le voulaient pas, ou ne le pouvaient pas, ou carrément parce qu’ils étaient d’emblée exclus du système, comme ne respectant pas les bases du dogme, ne correspondant pas à la définition de base, et ne pouvant en faire partie.

Ces critères paraissent simples. Ils n’en sont pas moins très généraux. Le dogme peut aussi bien être le système démocratique capitaliste moderne, que le dogme islamique ou l’élection du peuple aryen du nazisme. Le « grand homme » peut ainsi aussi bien être Gandhi, le sage par excellence ayant libéré son peuple quasiment sans un coup de feu, qu’Hitler ou Staline, l’ordure par excellence, massacreurs de masse. Il « suffit » qu’il soit l’incarnation parfaite du peuple à un instant donné. Ce fut le cas de Napoléon par exemple, qui sut incarner toutes les Frances de son époque et est toujours aujourd’hui considéré aujourd’hui tour à tour comme le sauveur de la Révolution, le César des temps modernes, le précurseurs de l’Europe, le fondateur du système juridique français actuel, avec le Code civil, le système des préfets, la mise en place de la Banque de France, etc. De Gaulle réussira également à incarner une certaine idée de la France sur laquelle le pays s’est appuyé pour se reconstruire.

Les structures d’enseignement du dogme sont aussi bien les écoles de la République que les écoles coraniques. Les exclus des différents systèmes sont les juifs du nazisme, tous les non musulmans pour le Coran, et les pauvres dans le système capitaliste. Il faut noter cependant, car la mise en lumière d’une structure n’est pas une raison pour sombrer dans le relativisme, que le système démocratique, reposant sur le respect de tous les individus, est le moins excluant par nature de tous les systèmes et aussi celui qui va mettre en oeuvre, de manière universelle, l’aide aux plus démunis. C’est également le seul à accepter la critique en son sein, le seul à croire au progrès, au mouvement, au changement, quand tous les autres prônent un fixisme plus ou moins mortifère.

La fascination

Le terme qui revient le plus souvent pour décrire le pouvoir de diriger les masses est le terme de fascination. « Fasciné » est déjà utilisé par La Boétie. Sous la plume d’un auteur du XVIème siècle, il n’a pas encore son sens moderne. La langue de l’époque est bien plus concrète, métaphorique, moins technique et abstraite que la nôtre. Fasciné vient du bas latin, ou du vieux français « fascine » qui désigne est un assemblage de branches de bois liées ou reliées entre elles par une corde ou un autre dispositif. Une fascine est un fagot. Il est fort probable que ce soit à ce sens du mot que fasse référence La Boétie. Les hommes sont reliés, attachés entre eux par une sorte de magie noire, une sorcellerie, qui les emprisonne les uns aux autres comme sont cerclés les branchages ramassés par un faiseur de fagot. La référence de La Boétie à la sorcellerie sert à mettre la religion du bon côté de l’argumentation, la liberté et l’égalité étant quant à elles rattachées au principe chrétien et divin autant qu’à la nature (les hommes sont ‘libres » et « frères »). Mais La Boétie n’en dit pas plus, ni sur cette « sorcellerie » qui unit les hommes.

Fascine va donner le terme de « fasciné », qui désigne un état quasiment hypnotique et que nous allons retrouver chez Gustave Lebon. Plus intéressant encore, fascine vient du latin classique fascio, fagot, fardeau de bois, qui est aussi à l’origine du terme de fascisme qui désigne le régime autoritaire italien de Mussolini du milieu du XXème siècle, dont l’un des symboles sera justement les épis de blé reliés par une corde. Le fascisme désigne un type d’organisation politique dont les caractéristiques principales sont d’être nationaliste, très hiérarchisée avec à sa tête un dirigeant concentrant tous les pouvoirs d’un Etat fort et regnant sur une population homogénéisée. L’Autre, la différence, est un danger pour le groupe ainsi constitué. Le fascisme a tout d’une théocratie sans dieu.

Fascination et hypnose

L’intérêt pour l’hypnose commence au début du XIXème siècle. En 1843, l’hypnose est reliée au magnétisme animal, un autre thème de l’époque, par le médecin écossait James Braid, dans son ouvrage Neurypnology ; or the rationale of nervous sleep, considered in relation with animal magnetism. Un magnétisme animal qui sera lui-même bien mal défini, mais renvoie à tout ce que nous n’arrivons pas à apprivoiser avec les forces de notre raison. Frankenstein de Mary Shelley parait en 1818, et Docteur Jekyll et Mister Hyde de R.L Stevenson paraît en 1886. Hugo s’adonne à l’occultisme. Toute cette époque bruisse des tentatives de compréhension des puissances occultes de l’esprit humain. La reconnaissance officielle de l’hypnose est traditionnellement attachée à son développement par Charcot à partir de 1879. Il y a loin de cette découverte à la théorisation de l’inconscient par Freud au début du XXème siècle.

On a longtemps cru que le pouvoir de l’hypnotiseur, appelé aussi magnétiseur, reposait sur un fluide, le fluide magnétique justement. Emanant de l’hypnotiseur, toujours considéré comme une personne ayant un charisme largement au-dessus de la moyenne, il permettrait d’induire une transe hypnotique, une forme d’endormissement de la conscience, mais aussi de la rationalité, permettant de mettre le patient dans un état de suggestion. Une fois « fasciné » le sujet devient complètement obéissant, il répond à ce que l’on appelle pudiquement les « suggestions » de l’hypnotiseur, qui ne sont rien d’autres que des ordres, purs, simples, directes.

Cet état reste pour beaucoup d’entre-nous une forme de mystère. Comment peut-on perdre totalement conscience de ce que nous faisons, au point de devenir quasiment l’esclave d’une autre conscience et obéir sans aucune discussion aux ordres qui nous sont donnés, sans même avoir conscience parfois que nous sommes en train d’y obéir, et dont nous pouvons perdre tout souvenir après la transe si l’hypnotiseur nous l’ordonne ! La conséquence a en tirer est en fait assez simple. Il s’agit surtout de l’accepter. Notre conscience n’est pas la majeure partie de notre activité cérébrale. Si l’hypnose est possible, c’est que cet état de suggestibilité, de non-conscience, existe en nous, dans notre psyché, et qu’il répond présent dès qu’il est convoqué.

La relation de l’hypnotiseur à l’hypnotisé est très largement décriée, à tel point qu’elle est quasiment interdite aujourd’hui. Il s’agirait presque d’une forme de viol de la pensée consciente. Elle a été remplacé par l’hypnose ericksonnienne, une forme de suggestibilité légère dont on peut se demander si elle a un réel effet. L’hypnose de Charcot pose en effet un problème éthique majeur. Le patient devient la chose de l’hypnotiseur, dans une relation de pouvoir, de maître à esclave, qui ne connaît aucun équivalent.

Comment fonctionne le pouvoir de l’hypnotiseur? Quel est son secret? Tout simplement l’autorité. L’hypnotiseur s’impose comme votre chef. Il arrive déjà revêtu de son pouvoir mystérieux. Il a une voix grave. Il vous regarde fixement. Il fait l’éloge de son pouvoir, et dès que vous le rencontrez, il instaure une relation de domination. La plupart du temps, dans un spectacle ou un cabinet médical, le patient est déjà consentant, il a déjà accepté de se mettre sous le pouvoir de l’hypnotiseur. Il vous fait obéir, vous placer ainsi et pas autrement, vous faire bouger le bras ainsi et pas autrement. Ses ordres visent à court-circuiter la conscience et parler directement à l’imagination. C’est pourquoi il va toujours commencer par induire une forme particulière de sommeil, la transe hypnotique, qui n’est rien d’autre que l’anesthésie des fonctions rationnelles. Le reste est pour ainsi dire du gâteau. Il a remplacé la voix de votre conscience par la sienne, et en plus il parle directement au cerveau du mammifère en nous. Il peut nous faire faire des choses que nous ne nous pensons même pas capables d’accomplir lorsque nous sommes éveillée. La propagande d’Etat fonctionne exactement de la même manière.

Il n’y a donc pas vraiment de secret de l’hypnose. La difficulté vient bien plutôt de notre refus de l’admettre, tant il est vrai que nous nous identifions à note propre conscience, et pensons être cette conscience qui parle en nous. L’exemple des grands singes nous montre parfaitement que même avec une conscience moindre et une raison réduite à sa plus simple expression, notre comportement serait quasiment identique. Nous sommes bien peu de chose.

La religion

L’organisation des religions fonctionne à peu près de la même manière. La religion catholique a magnifiquement sophistiqué le dispositif. Le baptême mime la naissance, la rupture des eaux, pour la rejouer et recréer un nouveau système d’identification du désir, pour attacher le fidèle à la religion. Il lui donne ensuite des images identificatrices qui miment elles aussi celles de la famille. Marie est la mère, Dieu est le père, Jésus est l’enfant lui-même et le saint esprit est le dogme, la loi de l’amour à laquelle il faut tout sacrifier.

Ainsi la conscience du fidèle sa se créer elle-même dans une double identification au modèle familiale et au modèle religieux. La puissance du modèle sera d’autant plus grande que la famille sera elle-même déjà prise dans le même système religieux. C’est ainsi que la religion crée les systèmes d’attachement les plus puissants, plus puissant que ceux de l’Etat lui-même.

L’Etat a le net désavantage de devoir gérer les affaires quotidienne, la difficile réalité de tous les jours, d’organiser les intérêts contradictoires de tous les hommes. La religion reste elle dans le registre de l’imaginaire totalisant, de la vie parfaite ici et surtout dans l’au-delà. Il est plus facile de mobiliser l’imaginaire quand on n’organise les mariages, les naissances, la mort, que lorsqu’il s’agit de trouver le pain quotidien.

Représentation et identité

La structure de la conscience est faite de telle manière qu’elle est en grande partie une page blanche sur laquelle nous devons écrire. Cette écriture correspond à la mise en place de représentation de soi et du monde, qui nous servent de référence pour nous comprendre nous-mêmes et pour comprendre le monde qui nous entoure.

Nous croyons à tort que ces représentations nous définissent. Nous ne faisons plus la différence entre cette conscience vive et des représentations qui deviennent figées et que l’on finit par considérer comme notre « identité ». La constitution de la reconnaissance de soi, qui correspond à obtenir la reconnaissance d’un autre, correspond également à notre grégarité animale.

Nous absorbons ces identités « en tétant le sein de notre mère », comme le dit l’expression courante. Avant de parler, avant de marcher, parfois même avant de naître, le jeu des identifications est déjà en marche. Il s’agit de la mimétique des caractères des parents, de la définition de soi comme relié à dieu par une religion, d’autant plus fortes que cette religion est déjà celle des parents et que toutes les religions s’y entendent très bien à donner une identité à des enfants et des adolescents qui n’attendent que cela. Le discours des organisation politiques et économiques se surajoutent et continuent ces déterminations des représentations.

La « colle » représentative, faite de refus du doute, d’amour des parents et d’amour de soi, rend la modification des représentations extrêmes difficiles. Pour la plupart, changer leur vision du monde revient à s’auto-détuire. Ils on perdus l’espace qui existe entre la conscience et ce dont elle est conscience. Ils ne sont plus capables de se transformer en profondeur. Se remettre en cause est pour eux une impossibilité viscérale, même si parfois s’y entende à faire semblant.

Un changement de mentalité d’un peuple prend des générations, non pas parce que leur thèse est meilleure ou plus efficace, mais parce qu’elle est leur héritage psychique. Les communautés s’y entendent d’ailleurs très bien dans la protection de leur représentation. Il y a quelques années, il était encore impossible pour un juif de dire dans sa famille ou sa communauté qu’Israël ne se comportait pas bien avec les palestiniens ou qu’il fallait arrêter la colonisation. L’expulsion de la communauté était immédiatement brandie. Il en est pareil dans toutes les familles politiques. Vous pourrez perdre votre temps à tenter d’expliquer à un communiste que sa thèse est totalitaire et que cela a été montré par l’histoire, en plus d’être socialement inefficace… vous ne rencontrerez pas l’oreille rationnelle que vous pensez, y compris et surtout chez des universitaires qui sont devenus – et il y aurait là beaucoup à déconstruire – les gardiens du temple communiste. Il en va de même de toutes les communautés trop strictes. Il en va même de même chez des personnes extrêmement cultivées et absolument rationnel dans le vie scientifique personnelle, qui peuvent redevenir des idéologues dans leur vie privée.

L’individu, une idée toujours neuve et toujours fragile

Notre modernité oublie rapidement à quel point la notion d’individu et de liberté individuelle est un concept moderne, l’idée même de la modernité, née dans la célèbre « je pense » cartésien de 1637, qui a fait de la conscience notre conscience rationnelle, capable de penser, de juger logiquement par elle-même et ainsi de sortir, au moins en partie, du seul règne de l’imagination.

Nous connaissons désormais bien la mécanique des totalitarismes et nous, les pays occidentaux, faisons notre possible pour les contrer en toute circonstances. Aucun chef ne doit rester trop longtemps en place et les libertés individuelles doivent toujours et partout être défendues. Le discours rationnel doit également être préservé, que ce soit par une éducation de qualité, la défense du multiculturalisme religieux, qui permet de faire défendre toutes les religions de leur piédestal totalitaire. Il y a pourtant aujourd’hui un domaine dans lequel nous sommes en train d’échouer, au moins à moitié. Il s’agit bien sûr de l’information diffusées sur les réseaux sociaux. Les fakes news sont partout. Les régimes totalitaires rémunèrent des trolls pour faire leur propagande. Mais à l’intérieur de chaque pays, les groupes de pression se sont largement radicalisés. Le droit de réponse, les analyses indépendantes, mais aussi l’écoute et la réforme quand elle est nécessaire.

La seule solution est le développement de l’esprit critique. L’élargissement de la pensée rationnelle, la confrontation aux autres cultures, qui permet de relativiser la sienne propre. Ce confronter à la logique, aux mathématiques de haut niveau permet aussi de développer une grande humilité en découvrant la différence entre ce que nous pensons être nos capacités rationnelles et ce qu’elles sont réellement. La baisse du niveau et de l’exigence scolaire, autant que l’intolérance intellectuelle qui sévit dans certains domaines, sont des attaques extrêmement puissantes contre le monde moderne. Quand la culture recule, le dogme avance inévitablement.

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