La méditation symbolique, ou la transformation de soi par-delà les mots

L’inscription du trauma dans la chair du sujet

Les chocs les plus violents qui peuvent nous arriver ne passent malheureusement pas par le langage. Ils s’en prennent directement au corps. Un accident de voiture, une agression physique, un viol, sont autant d’agressions qui n’ont pas le temps de vraiment passer par la conscience. Soit nous sommes trop jeunes et la conscience n’est pas suffisamment développée, soit nous sommes fascinés et notre conscience est comme gelée, sous emprise de l’événement et nous ne pouvons pas réagir consciemment.

Dans ces cas, la thérapie habituelle passant par le langage n’est pas suffisamment puissante. Celle-ci s’adresse plus à la raison, et non pas aux fonctions profondes de la psyché et de l’organisme. C’est à l’imagination qu’il faut parler. Et on ne lui parle pas avec des concepts, mais avec des images. Le traumatisme s’attaque à nos fonctions les plus instinctives. Nous pouvons perdre le sommeil, restant parfois des mois dans une attitude d’hypervigilance, avant de tomber dans une phase de récupération tout aussi longue; ou être plongé dans une cure de sommeil qui vise justement à réorganiser nos images à travers l’activité des rêves; certains perdent l’appétit pour une longue durée, mais la plupart deviennent boulimiques; enfin nous pouvons nous sentir entravés dans notre pouvoir reproducteur ou devenir obsédé, sans que l’un ne s’oppose vraiment à l’autre. C’est autour de ces fonctions essentielles que se retrouvent toutes les déviations, qui nous touchent finalement à peu près tous. C’est en général notre puissance vitale, notre droit à vivre lui-même qui est remis en question. La conséquence est une manière de nous empêcher de vivre. Nous intériorisons l’interdiction, le frein, l’obstacle dont nous avons été la victime, et nous l’incorporons à notre vie. C’est ainsi que le traumatisme continue son oeuvre, toujours sur un mode symbolique qui nous empêche de nous rendre compte de sa puissance.

Les ruses et les masques du trauma

Toute la difficulté est de faire ressortir autant que possible, le traumatisme, de le séparer de l’image que nous avons de nous-mêmes, et de diminuer l’importance qu’il a dans notre propre auto-biographie. Nous devons apprendre à nous redéfinir nous-mêmes sans lui. ‘C’est d’autant plus difficile que, comme nous l’avons vu, le traumatisme s’attaque directement à ce qu’il y a de plus instinctif, profond et puissant en nous, notre propre élan vital. Il ne fait pas que cela. Il a pour lui d’autres ruses qui consistent tout simplement à prendre la direction de notre conscience. Nous rabâchons le traumatisme. Nous le répétons sans cesse sous la forme bien particulière de la mauvaise conscience que nous avons de nous mêmes. Nous nous racontons comme raté, incapable, ayant cédé à la compensation. Nous pensons que cette voix de la conscience est un guide. Mais c’est un frein. Elle est totalement inefficace.

Pire, elle est aussi inefficace quand elle prend l’apparence d’un discours rationnel. Il suffirait de prendre 1500 calories bien réparties dans la journée. Nous pouvons mettre en place un plan que nous n’aurions qu’à suivre. Mais le discours rationnel n’a pas de prise sur lui. Il ne suffit pas de connaître les dégâts du tabac pour arrêter de fumer. Il faut se libérer de toutes les images, parfois des imitations, qui font de nous des fumeurs. La plupart du temps, le discours rationnel qui tente de lutter contre le symbole du traumatisme est lui-même réduit à n’être qu’un fantasme. Il nous représente un homme idéal et il suffirait de vouloir pour pouvoir. « Demain j’arrête ». Il paraît ultra simple de ne pas recommencer un comportement compulsif. Mais ce n’est rien d’autre qu’un autre symptôme, un nouveau leurre pour masquer la puissance du traumatisme. Non, demain je n’arrêterai pas. Il faudra une forme de cure, et la création de nouvelles habitudes pour vraiment changer en profondeur.

La série Physical, qui repose sur la voix intérieure de l’héroïne, nous montre parfaitement comment le trauma nous manipule jusque dans nos bonnes intentions.

Le trauma s’ingénie parfaitement à nous faire croire qu’il est ‘le vrai’ nous-mêmes, que nous nous définissons par notre douleur. Si nous le mettons de côté, nous n’avons plus notre raison de râler de nous et de tout en permanence.

Le symbole est le trauma

Alors que faut-il faire? Comment nous en sortir? Il faut faire comme le traumatisme, il faut parler le langage de l’imagination. Et ce n’est pas simple parce que nous ne savons pas parler ce langage. Nous ne savons même pas reconnaître les signes, les marques, que ces traumatismes laissent en nous. C’est la première chose à faire. Le critère principal est la passivité. Partout où nous perdons le contrôle, partout où le comportement est plus fort que nous et entrave notre puissance d’être, nous sommes dans le traumatisme. C’est vrai dans une certaine mauvaise conscience qui nous harcelle, et dans certaines images qui nous structurent. Le poids et la forme de ces images sont difficiles à catégoriser, justement parce qu’ils dépendent du fonctionnement symbolique de l’imagination. Ainsi, une couleur seule, sans autre forme, peut rappeler le drame, et déclencher un comportement de compensation. On pense par exemple à la couleur blanche, au ciel blanchâtre qui peuvent déclencher des migraines ophtalmiques, ou au flash de couleur qui peuvent déclencher des crises d’épilepsies (ce qui ne signifie pas que toutes ces pathologies soient uniquement psychologique, il y a un substrat physique qui rend les crises possibles). La couleur peut se déplacer du traumatisme à un autre objet auquel nous allons devenir sensible, sans voir pour autant la source même du drame. C’est parfois un jeu de piste éprouvant auquel il faut se soumettre. La couleur d’ailleurs peut-elle même n’être rien d’autre qu’un symbole et pas vraiment un souvenir. Le blanc, toujours lui, est un symbole d’absence. Le rouge est le symbole d’une violence. Le noir le symbole d’un enfermement. La période de sevrage n’est rien comparé au sevrage et au nettoyage mental qu’il faut effectuer au préalable.

Il peut aussi s’agir d’une sensation corporelle, d’une odeur, d’un son. Certains ne supportent pas le bruit. D’autres se sentent mal dans leur propre corps. Dès que le traumatisme se réveille, il va déclencher un comportement de compensation plus ou moins grand, qui n’a pour d’autre but que de faire partir la douleur portée par le symbole. Malheureusement, la compensation nous fait aussi du mal et nous enfonce dans un cercle de culpabilisation. La seule compensation vraiment efficace est de parvenir à traverser le symbole, à percer le traumatisme qu’il contient.

Chacun doit trouver le fil de ces symboles, qui ne s’expriment d’ailleurs pas principalement dans les rêves, mais bien dans la pensée éveillée, semi ou presque consciente. Ils sont juste en face de nous. Ils se cachent en nous crevant les yeux. Le moment de l’endormissement est un moment clé pendant lequel nous pouvons identifier cette passivité (en faisant également aussi attention que le refus de la détente, l’endormissement ultra rapide est aussi un symptôme de défense et de refoulement et pas forcément un signe de force psychique).

Le fantasme est bien souvent lié au trauma. Il peut en être soit la réalisation, soit la compensation. Cependant le fantasme étant la plupart du temps un inverse du trauma, il n’y conduit pas directement et n’est pas le meilleur moyen de s’en défaire, même s’il peut constituer, au prix d’un renversement qui le nie, une piste pour retrouver le trauma.

Bouger, mobiliser le symbole, pour déplacer le trauma

Il s’agit toujours de retrouver la force de les investir, de remplacer la faiblesse qu’ils créent en nous par un nouveau mouvement. Il faut que l’énergie, la créativité, le souci de nous et des nôtres, circulent de nouveau. Il faut mettre fin à cette passivité. Pour cela, il faut bousculer les images, les faire littéralement bouger, supprimer leur caractère figé. On peut le faire via des exercices de médiations spécifiques, comme se concentrer sur le sentiment passif, puis imaginer que l’on entre en lui, que l’on revient son histoire en nous, qu’il brûle pour disparaître, et tout autre exercices de médiation symbolique concrète. C’est sur ce terrain que vont les techniques il n’y a pas si longtemps encore les plus controversées de la médecine et de la psychologie, à avoir l’hypnose, l’EMDR, ou le champignon magique, la psilocybine. Toutes ces techniques ont le même but, attaquer directement l’imagination en court-circuitant le cerbère de la raison qui garde la porte. L’hypnose va tellement loin qu’elle ne fonctionne finalement pas suffisamment. Elle permet de prendre le contrôle total d’une personne, mais pas aussi facilement de la reprogrammer. Les autres techniques visent directement à faire bouger l’image, en bougeant les yeux en se remémorant le traumatisme, ou à plonger dans les profondeurs de l’imagination pour cette drogue. Bouger l’image, lui rendre vie, traverser le ou les symboles auquel elle est relier pour reposséder l’histoire sous-jacente. Voilà l’enjeu. La reformulation par le vocabulaire va intervenir dans un second temps.

Le subconscient est un être ultra obéissant…. à l’autre!

Nous devons aussi nous appuyer sur les paroles de nos proches. Là encore, il s’agit de déplacer l’écoute de la conscience d’un discours à l’autre. Il faut minimiser les paroles de reproches et retrouver la force de suivre l’encouragement qui se dissimule sous la critique. Il y a aussi eu des vérités et des choses positives dites par nos parents et par nos proches. Personne n’est pas parfait, mais personne non plus n’est sans talent. Il y a là aussi un travail de reconfiguration, qui est à la fois plus simple mais aussi beaucoup moins efficace, que le travail sur l’imagination elle-même.

Cette vidéo donne l’exemple d’une méditation sur le rouge. On n’est pas obligé de la suivre littéralement. Comme toute méditation, ce n’est qu’un exemple. Ce type de médiation fait l’objet d’un grand nombre d’exercices de préparation dans la tradition bouddhiste, dont la médiation sur les couleurs, les animaux, les formes, à chaque fois reliés aux chakras, puis des éléments naturels comme le lotus, le corps… On les imaginera vivant, luxuriant, puis même mort, se desséchant, devant poussière. Il y a mille exercices pour nous apprendre à transformer les images. Mais si l’on « voit » déjà son image traumatique, on peut méditer directement sur elle, entre veille et sommeil. Un bon indice du « progrès » de la médiation seront les rêves qui vont suivre la médiation et qui peuvent présenter des « nouveautés », des découvertes, des sensations de bien être, ou encore un approfondissement du travail de la médiation.

Pour accomplir ces basculements, pour lutter contre nos passivités, il nous faut de l’énergie. Une belle énergie positive qui nous donne la force de bouger ces tonnes de passivités. Or notre vie moderne ne nous donne pas le loisir de générer cette énergie. Toute notre énergie est utilisée pour notre travail et nos différentes occupations. Les difficultés de nos vies absorbent notre énergie tellement vite que nous ne parvenons le plus souvent même pas à la régénérer rapidement. Nous redevenons faible alors, et le traumatisme, les passivités ressurgissent.

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