Inflation et pouvoir d’achat

Le grand sujet économique du moment est cette notion vague entre toute de « pouvoir d’achat ». Quelques explications rapides pour y voir plus clair.

Le pouvoir d’achat, quezaco?

Littéralement, le pouvoir d’achat est la mesure de la quantité de biens ou services qui peut être acheté par une quantité de monnaie. Par exemple, combien de paires de baskets puis-je acheter avec 100€? Si d’un mois à l’autre je peux en acheter une paire de plus, mon pouvoir d’achat augmente. Au contraire, si je ne peux plus acheter qu’une seule basket sur deux, alors là, mon pouvoir d’achat baisse, et je peux me demander si cet achat d’une seule chaussure est vraiment pertinent.

En pratique, on ne compare pas directement la quantité de biens à la quantité d’argent , mais bien le prix des choses que je souhaite, ou que j’ai besoin d’acheter, à mon argent disponible. Si le prix des biens augmente et que ma quantité de monnaie reste constante, mon « pouvoir d’achat » baisse. Mesurer l’inflation et le pouvoir d’achat revient donc quasiment au même.

En politique, cependant, la notion de « pouvoir d’achat » telle qu’on l’entend sur les ondes a une connotation différente. Elle inclut une revendication politique, qui dépasse sa définition économique. Quand le RN fait du pouvoir d’achat la notion centrale de sa campagne, cela inclut de nombreux sous-entendu, donc le principale est que le gouvernement pourrait y faire quelque chose et qu’il ne s’agit pas seulement d’un ajustement des prix sur le marché… En poussant un peu loin, on pourrait même dire qu’il y a derrière cette attaque un sous-texte démagogique et poujadiste selon lequel la baisse du pouvoir d’achat sera de la faute du gouvernement, ce qui veut dire proprement que le gouvernement nous vole.

L’inflation -quezaco?

L’inflation, c’est quasiment la même chose, mais uniquement du point de vue des produits. Pour la calculer on compare les prix d’une période à l’autre, d’un mois à l’autre et d’une année à l’autre. Comme on ne peut pas le faire sur tous les produits, on le fait sur un panier de produits sélectionné pour être représentatif. Statistiquement, si le panier est bien fait, il est réellement représentatif de la variation générale des prix. Donc si les prix augmentent plus vite que la rémunération totale (salaire et tout autre sorte de revenu), alors mon pouvoir d’achat diminue. Mais ce n’est pas tout. Si l’inflation est supérieur au rendement de l’épargne, alors je perds du pouvoir d’achat sans rien faire! C’est la mécanique de ce que l’on a appelé – de manière d’ailleurs assez scandaleuse – l’euthanasie du rentier. La « rente », un mécanisme qui n’existe plus vraiment, est constante. Donc quand les prix augmenter, la capacité à acheter des produits du rentier chute. Le problème, comme nous allons le voir, c’est que le principal rentier aujourd’hui, c’est le retraité qui touche une pension. Les autres « rentiers » ou autres catégories dont la rémunération est bloquée, sont principalement les fonctionnaires, avec leur fameux point d’indice.

D’où vient la hausse des prix?

Après 14 ans de planche à billets, et une génération entière de jeunes qui pensent que leurs parents sont des imbéciles, nous sommes entrés dans une période de forte hausse. Tous les voyants sont au rouge.

La première cause est la faiblesse des taux d’intérêts. Faite pour nous sortir de la crise des subprimes et faire redémarrer l’économie, nous sommes devenus, sous la houlette de la FED (banque centrale américaine) drogué à la dette et à l’argent facile. Le miracle a été de pouvoir maintenir cette augmentation de la masse monétaire sans hausse des prix – ou presque. Cela signifie que le marché a été suffisamment créateur de richesse et de nouveaux produits, notamment avec l’explosion de la tech, pour absorber toutes ces masses monétaires… Enfin presque. Car la manne financière a crée des bulles épouvantables sur les valeurs technologiques en bourse et sur l’immobilier. L’inflation n’est pas allé dans les actifs réels, mais dans la spéculation. C’est un problème structurel de notre marché et personne ne s’en occupe.

La seconde cause est la hausse des prix de l’énergie. Le prix du pétrole n’est pas réellement le prix d’un marché libre et non réglementé. Il est un prix en large partie défini par un l’OPEP, un cartel de producteur. Il est clair que l’OPEP a profité de la sortie du Covid pour reconstituer ses marges et compenser toutes les pertes occasionnées pendant le Covid. Nous nous faisons traire par les pays producteur. La cotation en bourse de Saudi Aramco, même si elle est limitée à la bourse de Ryad, ce qui rend la valeur beaucoup moins liquide et bride en grande partie la spéculation, est un tournant historique. Aramco, la société saoudienne d’exploitation de pétrole est la plus grande et l’une des plus profitable de toutes les entreprises au monde. Auparavant, le gouvernement, la famille royale, avait la main. Désormais il faut rendre compte aux actionnaires externes et aux marchés. Toute l’économie de l’Arabie Saoudite, qui s’est lancé dans une modernisation sans précédent, en dépend. Le reste des grands pays producteurs est à l’encan. L’Iran, frappé de sanctions, n’a pas le droit de vendre son pétrole. L’Irak revient enfin sur le marché, mais ce n’est pas encore parfait. La Lybie flirte avec la guerre civile. Le Venezuela est en faillite. La Russie devient un Etat paria. Les Etats-Unis, devenus depuis Obama l’un des principaux producteurs mondiaux, ne font pas partie de l’Opep. Bref, c’est la jungle. Ajouter à cela les mécanisme, totalement absurde, d’indexation des prix du gaz et de l’électricité nucléaire, et la péréquation européenne en Europe, et vous obtenez une machine infernale.

Pendant ce temps en Arabie Saoudite, la croissance est de 10% au premier trimestre

https://www.lefigaro.fr/flash-eco/arabie-le-pib-en-hausse-de-pres-de-10-au-premier-trimestre-tire-par-le-petrole-20220502

La troisième cause est la désorganisation des chaînes de production dû au COVID. Dans tous les pays producteurs, Chine, Inde, Bengladesh, les usines ouvrent et ferment, les matières premières manquent. Les délais de paiement ont disparus, il faut tout payer au « cul du camion ». En plus de ses confinement à répétition, la Chine a bridé la production d’énergie pendant les jeux olympiques pour laisser apparaître le ciel bleu. Le transport maritime en a largement profité pour réorganiser son offre et faire flamber ses prix. Les soupçons de manipulation des cours sont forts, mais aucun gouvernement n’a rien fait, débordé par les autres sujets.

Le quatrième et dernier moteur est la planche à billets des banques centrales, ou les politique dites de quantitative easing. La planche à billet n’est pas tout à fait la même chose que la baisse des taux d’intérêt. C’est le rachat directe des dettes pourries par les banques centrales, qui les transforme au passage en bonne dette.

Pourquoi la machine s’est-elle mise à dérailler?

La première cause d’inflation est la politique absurde de Trump. Tout obnubilé par l »idée de faire mieux qu’Obama, qui a réussi un spectaculaire rétablissement de l’économie mondiale, Trump a mis l’économie américaine en surchauffe. A quoi sert de maintenir les taux au plancher quand le chômage est déjà au plus bas? A rien, si ce n’est satisfaire son ego. Et c’est maintenant Biden qui doit gérer.

La seconde cause est la vague colossale, bien trop importante, d’aides qui ont été consentie pendant le Covid. Pour ne pas se retrouver dans une situation comparable à celle de 2007 et de la crise des Subprimes, le marché a été inondé de liquidité. A tel point que la reprise a été massive, mais tout de même incapable d’absorber ce flux. Le chômage recule partout, mais les prix augmentent encore plus vite. La reprise, alors que les flux mondiaux ne sont pas tous rétablis, a entraîné une hausse des matières premieres (dont nous excluons l’énergie). Le coton dont le prix en Chine a explosé, faisant vaciller toute l’industrie textile, est un bonne exemple,

La troisième cause est la captation des marges par le secteur énergétique. La dernière cause enfin est la guerre en Ukraine. La guerre est par nature inflationniste. Sun Tsu est le premier à avoir mis en lumière ce phénomène d’une manière aussi claire. Tout ce qui part à l’armée ne revient plus jamais dans le circuit économique. C’est encore pire avec la guerre moderne. Toutes les bombes, tanks, toute la nourriture, l’énergie, toute la consommation de la guerre n’est vendue à personne! Elle disparaît. La guerre aspire les ressources, passe en priorité sur les autres budgets et ne rend plus rien. Dans le cas de l’Ukraine, l’un des principaux greniers à blé du monde, c’est encore pire, car toute la filière céréale est déséquilibrée, menaçant de famine une part non négligeable de l’Afrique.

Un noeud coulant qui se resserre….

L’Europe est la principale victime de toutes ses fluctuations mondiales. Elle va payer fort le prix de son ouverture économique, après en avoir reçu tous les bénéfices. Force est de constater que la politique écologique a accéléré un processus déjà bien installé. Alors que l’Europe est dépendante de l’extérieur pour son énergie, l’absurde abandon du nucléaire par l’Allemagne a mis l’Europe aux genoux de la Russie, qui peut en un instant démolir toute la croissance allemande. Il s’agit d’une arme bien plus puissante que l’arme nucléaire elle-même, car l’Allemagne ne pourra simplement rien faire et serait automatiquement ruinée, entrainant toute l’Europe avec elle !

La politique agricole européenne, partie sur le repos des sols et l’agriculture biologique doit être revue de toute urgence. A l’heure où nous écrivons il est peut-être déjà trop tard pour les semis de cette année, dont nous savons qu’ils sont déjà perdus en Ukraine.

Le sous-investissement chroniques dans l’industrie militaire, notamment en Allemagne, une « économie » que l’on a appelé les « dividendes de la paix », va laisser la place à une correction dans toute l’Europe. Cette remontée des budgets, déjà appelée de ses vœux par Trump pour baisser le budget militaire US, mais surtout et bien plus intelligemment par Macron pour construire une vraie force européenne, va mécaniquement être inflationniste. Comme nous l’avons vu en effet, l’argent mis dans l’armée ne revient plus dans le circuit économique. La seule solution est de vendre des armes à l’extérieur pour équilibrer la valeur de la monnaie. Mais l’Allemagne n’est déjà même pas capable de les acheter à la France!

Le renchérissement des coûts de toutes les importations manufacturées, notamment de Chine, est incontournable, puisque la France, plus que tout autre pays Européen, a démoli son industrie. Le salut pourrait venir de l’Italie, bien plus pragmatique sur ce point.

Une double cerise sur le gâteau financier vient compléter ce tableau. Premièrement la charge des intérêts de la dette va augmenter dès que les taux d’intérêt vont augmenter. Tout risque bien d’arriver en même temps: la récession, la hausse des taux d’intérêt, le maintient de l’inflation importée et due à la guerre… Secondement, l’Euro rendu trop abondant dévisse pour la première fois de sa courte histoire et rejoint la parité avec le dollar. C’est toute l’économique européenne qui s’enfonce, renchérissant toutes les importations en dollars, qui restent très importantes.

Peut-on vraiment augmenter le pouvoir d’achat par décret gouvernemental?

Dans ces conditions, nous voyons clairement que les marges de manœuvres réelles du gouvernement sont extrêmement faibles. C’est tout le modèle économique qu’il faudrait revoir. Une complexité que n’accepte ni le peuple, ni des dirigeants, obligés de se faire élire régulièrement.

Baisser la TVA sur les produits de premières nécessités

La proposition de Marine Le Pen qui consiste à augmenter le pouvoir d’achat en baissant la TVA des prix des produits de première nécessité est intéressante. Elle a l’intérêt de cibler directement les plus pauvres, dont on sait que la part contrainte des dépenses est plus importante. Cependant, la TVA reste le premier impôt finançant le budget. Un chèque inflation, ou carrément un crédit d’impôt ciblerait mieux les plus pauvres, tout en laissant les riches continuer à payer. Compte tenu de la hausse des prix de base, qui entraîne automatiquement une hausse de la TVA collectée en montant, il n’y aurait peut-être même pas besoin de financer la mesure. Le traitement n’étant pas universel, ce serait évidemment une sorte d’impôt de solidarité pris sur les plus riches.

Le bouclier tarifaire sur l’électricité

Le bouclier tarifaire sur l’électricité va être ruineux pour les pouvoirs publics. Contrairement aux produits de premières nécessitées, les acteurs ont une marge de manœuvre, certes limitée, mais réelle, pour réduire leur consommation. Il faut dans ce cas, faire appel à leur responsabilité, ce que ne permet pas de faire le bouclier universel et total. Il convient dés lors de réfléchir à limiter le bouclier en montant et en assiette. Il faut faire les calculs, mais cela permettra d’optimiser l’aide. Par ailleurs, il faut absolument revoir les formules de calculs des prix et la distribution européenne de notre électricité. En clair: l’Allemagne doit payer le juste prix et la France récupér l’avantage lié à son parc nucléaire. Il faut aussi décorréler le prix des différentes sources d’énergie.

La subvention de l’essence

Sur l’essence, le gouvernement ne fait pas grand chose. La encore, le plus simple est un crédit d’impôt directement accordé aux entreprises en fonction de leur parc. Un barème doit permettre d’éviter les tentatives de fraudes. Mais il n’y a pas autant de raison que les particuliers soit protégés. En ce qui les concerne le problème est dû à l’organisation de leur vie, notamment en dehors des grandes villes. C’est donc sur la « campagne », et les petites villes que doit se concentrer l’effort pour eux. A Paris et Lyon, on peut vivre sans voiture. Le réseau de transport est bon, et la subvention du carburant aux entreprises empêche une trop forte hausse des coûts de livraison. Le diesel pose comme d’habitude un problème tout particulier: il est en grande partie importé de Russie. C’est intenable à terme. (A l’instant où nous écrivons ces lignes, un syndicat de dockers néerlandais refuse de débarquer la cargaison d’un pétrolier russe). Il est peut-être tout simplement temps d’accélérer la transition du parc et de mettre fin au diesel. Les fabricants français ont des gammes électriques. Entre aide à la conversion et aide moins importante sur le diesel, on peut créer une machine à convertir le parc efficace.

La hausse des salaires et du Smic

C’est très clairement la pire des méthodes, celle qui va le plus continuer à entretenir la hausse de tous les prix. Les salaires se retrouvent dans tout ce qui est produit et consommer dans le pays. Cela peut contribuer à une baisse de la consommation et à une hausse des importations, car les produits étrangers seront moins chers. La France va encore perdre en compétitivité. Une seule hausse ne suffira pas. Il en faudra une autre pour compenser la hausse des produits venant de la hausse du SMIC. Le tout jusqu’à ce que les importations meilleures marchés équilibrent la situation.

Quand la hausse des salaires sert à acheter des produits fabriqués ailleurs qu’en Europe, nous vendons de l’euro pour acheter du yen ou du dollar. La monnaie d’affaiblit et mécaniquement le pouvoir d’achat baisse. La politique de la demande, dans un contexte de déficit commercial, est inflationniste.

L’indexation des pensions de retraite et du point d’indice des fonctionnaires

Pour toutes les petites pensions et tous les faibles salaires de la fonction publique, cette mesure est quasiment équivalente à celle des crédit d’impôt consommation. Les deux voix sont possibles, mais il faut choisir l’une des deux, sinon l’injustice sera trop forte. Il s’agira donc de revaloriser les plus petites retraites et les plus faibles salaires de la fonction publique.

Cela n’empêche pas pour les fonctionnaires d’avoir un plan plus ambitieux, pas simplement de hausse de salaire, mais aussi de transformation de certains pans de la fonction publique, devenue complètement dysfonctionnels. On pense principalement à l’Education Nationale.

Les prix de l’immobilier

Il y a la construction ou le marché du neuf et le marché secondaire ou marché de l’ancient.

Le marché de la construction, et avec lui celui de la rénovation, est clairement sous pression. Entre hausse des prix des matières premières et hausse des rémunérations des ouvriers, la marge est étroite. Là encore, la mise en place des politiques écologiques, pour aussi souhaitable qu’elles soient, arrivent au plus mauvais moment. Il est fort possible qu’il n’y ait malheureusement pas grand chose à faire sur ce marché. Il faut attendre que le marché se régule. C’est d’autant plus problématique que la population et le besoin de logement croissent évidemment plus vite que le parc. Mais tous les instruments existent déjà, de la défiscalisation à la VEFA (Vente en l’Etat d’Achèvement – ou encore achat sur plan). La seule solution serait de concentrer la construction sur l’habitat collectif de qualité, permettant plus d’économie d’échelle que la maison individuelle. (piété, interdisons les HLM et imposons des normes d’habitabilité et d’esthétisme! Il est encore plus important d’habiter dans un logement beau que dans un logement écologique). La ministre du logement, Emmanuelle Wargon, a fait une déclaration en ce sens, expliquant que le modèle de la maison individuelle + voiture était écologiquement obsolète. Elle ne s’est évidemment pas fait que des amis. Mais elle avait raison.

On peut difficilement faire plus claire

Sur le marché secondaire, il y a une source d’espoir. Non pas de s’enrichir, mais de faire redescendre les prix permettant un accès plus démocratique à l’immobilier. La hausse des taux à venir et dès à présent le durcissement des conditions d’octroi de crédit vont faire baisser les prix. L’incertitude qui pèse sur les travaux de réaménagement (cherté, disponibilité, délai), va faire baisser le prix des logements à rénover. L’encadrement beaucoup plus stricte d’Airbnb devrait également finir par porter ses fruits dans les grandes villes.

Mais il y a plus. La pierre a été une incroyable machine à inflation, qui n’est pas incluse dans les statistiques officielles, ce qui suffit d’ailleurs à les discréditer complètement. Il y a donc là un formidable gisement de déflation, par une baisse des prix. L’arme majeur d’un tel projet est la mise en place de taux d’intérêt différencié selon les secteurs, et principalement sur l’immobilier. J’avoue appeler cette solution de mes vœux, sans vraiment comprendre quel pourrait être, en l’absence de fraude ou de contrôle imparfait, les inconvénients. Les taux pourraient ainsi même être différents pour le neuf et l’ancien.

Le dernier grand facteur d’évolution est le développement du télétravail, qui permet à toutes les professions de bureau de partir partout en France, voire à l’étranger. Pour plusieurs raisons il nous paraît important de soutenir ce développement. La productivité en est grandement améliorée. La pression foncière est beaucoup mieux répartie. L’équilibre vie personnelle, vie professionnelle est beaucoup plus simple à organiser, notamment quand on a des enfants à éduquer. Les coûts et temps de transports sont largement réduits. Le télétravail est une grande avancée sociale.

La véritable manière d’augmenter le pouvoir d’achat

Loin de l’économie politique à laquelle son biberonné nos dirigeants politiques, la seule manière d’augmenter le pouvoir d’achat est… d’être plus riche, tout simplement. Cela passe par une monnaie forte et crédible sur le marché, plus forte que celle des autres pays, qui réduit le coût des importations.

La planche à billets liée à des dépenses non productive, comme l’est la politique française de financement de la consommation au détriment de l’investissement est sans doute le pire exemple possible d’une politique sapant à terme le pouvoir d’achat. Sur le court terme, les gouvernements en retirent un bénéfice politique évident. Mais ils ont très exactement vendu de leur monnaie au profit des autres monnaies. Ils ont joué à la baisse. C’est d’autant plus vrai que nous savons depuis longtemps que la politique de soutien à la consommation entraîne une hausse des importations.

Il faut donc faire l’inverse et investir dans la production locale, comme l’a fait l’Allemagne avec son gigantesque plan de soutien à la conversion électrique de son secteur automobile. Il s’agit de développer des produits à haute valeur ajoutée, qui se vendent plus cher et permettent donc mécaniquement d’avoir de meilleure marge. La quantité d’argent reçu étant largement supérieur à la quantité de travail, ce même argent pourra acheter plus de bien à moindre valeur ajoutée. Là, le pouvoir d’achat augmente réellement.

Comme sous le système de l’étalon-or, où toute l’économie reposait sur les stocks d’or, il faut réduire les importations. Cela signifie notamment une politique de l’énergie complètement différente, avec une augmentation radicale des achats en Europe, qui reste dans la même monnaie et le développement des sources locales d’énergie, avec le solaire, l’éolien, la conversion des centrales nucléaires de technologie et carburant russe en technologie européenne, et pourquoi pas le gaz de schiste, abandonné de manière totalement démagogique par le gouvernement Fillon. (https://www.lesechos.fr/2013/06/gaz-de-schiste-les-reserves-de-la-france-diminuees-dun-quart-323980#:~:text=Selon%20les%20derni%C3%A8res%20estimations%20de,et%20non%20de%205.100%20milliards. ) Le potentiel français serait de 7 ans de consommation de gaz. Avec la hausse des prix, et la dépendance à la Russie, il est criminel de s’en priver.

Toutes nos exportations devraient également être vendues en euros et non plus en dollars, notamment les ventes d’Airbus et de matériel militaire. De même les achats doivent être faits au maximum en euros, comme c’est le cas actuellement du gaz russe.

Les stocks monétaires doivent aussi être réorientés vers des produits non inflationnistes et protecteurs pour les monnaies, comme l’or. Le bitcoin et les monnaies numérique, dont la croissance est illimitée par principe sont totalement inflationniste et sont à fuir.

Et sur le long terme, est-ce que l’inflation peut avoir un effet positif?

Les autres défis sont structurels et rejoignent les difficultés traditionnelles de l’économie française. Il serait un peu fastidieux à ce stade de tous les reprendre. L’équation énergétique est toujours la même. Le développement commun du nucléaire et du renouvelable est la meilleure réponse. A court terme, c’est le développement du solaire, beaucoup plus agile, qui permettra rapidement de faire baisser les importations de pétrole. L’Europe ayant malheureusement en grande partie détruit sa filière (encore merci à la Commission et à l’Allemagne) il faut vérifier l’équation sur les importations entre panneaux solaires et pétrole.

Mais la vraie question qu’il faut élucider est celle de l’intérêt de maintenir un certain niveau d’inflation. A notre droite des déficits abyssaux et une pression fiscale au maximum mondiale. A notre gauche, des taux d’intérêt en hausse. Au milieu, une hausse des prix mondiale.

Le scénario idyllique est celui d’une hausse des prix accompagnée d’une hausse du taux d’activité. Même si la croissance est nulle (rognée par l’inflation importée), la base de tout ce qui est taxable augmente. Le rendement des impôts augmente facialement, alors qu’une partie de la dette est fixe. Le remboursement des intérêts, et même d’une partie de la dette, est possible.

Le scénario catastrophe est celui de la Turquie. L’inflation ne s’arrête pas mais accélère parce que la monnaie dégringole. La population est ruinée. Le redémarrage des exportations ne se fait pas, parce que le monde entier est en récession.

Le seule levier est celui de la hausse des taux d’intérêts, qui permet d’arrêter le déversement d’argent continue, et contribue à rapprocher la masse monétaire de la réalité de l’activité. Cela entraîne cependant une contraction de l’activité qui ne réduira que la partie interne de l’inflation. Il faudra plus de temps, et notamment une politique plus accommodante de l’OPEP, pour réduire l’inflation importée. La ligne de crête, qui consisterait à ne réduire qu’une partie de l’inflation pour permettre un remboursement des dettes, nécessite une analyse plus fine. Notre système bancaire repose sur une pyramide de dettes. Nous ne créons que très peu d’argent. La plupart du temps, il ne s’agit que de nouvelles dettes remboursant d’anciennes dettes. Si la création de dette se grippe trop violemment, tout le système peu s’effondrer. Le resserrement doit être lent et graduel.

Sur le front structurel, d’autres mesures sont encore possibles, comme la lutte contre les crypto-monnaies, qui favorisent l’inflation et contribuent au désordre mondial. Enfin, la question de la conversion d’une partie des dettes en capital réel doit absolument être mise sur la table pour arrêter la constitution de cette incroyable ponzi mondial sur lequel repose la création monétaire très majoritairement fait par la dette.

Annexe

Le pouvoir exorbitant du dollar

On comprend désormais tout l’intérêt d’avoir une monnaie dominant les échanges mondiaux. La monnaie devient une référence morale et l’on risque beaucoup moins d’avoir un problème de pouvoir d’achat lié à la chute de la valeur de la monnaie.

Le dollar, c’est un peu comme l’anglais. Nous préférons notre langue, mais l’anglais est tellement plus simple!

L’inflation aux Etats-Unis provient donc essentiellement de la surchauffe du marché intérieur. Le plein emploi, couplé à des postes de travail facilement échangeable, ce qui est le cas dans l’informatique, comme dans l’industrie, entraîne les salaires à la hausse. C’est l’une des raisons qui permet à l’Amérique de financer une armée gigantesque, sans plus craindre que ces dépenses déclenchent une inflation incontrôlable, comme ce fut le cas lors de la guerre du Vietnam, quand la valeur de la monnaie était encore arrimé à l’or.

Mais la planche à billets américaines a elle aussi ses limites. La principale limite actuelle est le maintient par le cartel de l’Opep, d’un prix du pétrole élevé et crée une inflation artificielle. Les stocks de bruts et autres réserves stratégiques permettent un peu partout de faire face aux pics de hausse de prix. Le gaz de schiste surtout permet à l’Amérique d’échapper à une partie de cette hausse. La reprise de la production a lieu dès que le prix du pétrole dépasse un certain niveau. Plus audacieux, les Etats-Unis tentent également de répondre au cartel par le cartel et d’unir les principaux acheteurs de pétrole pour imposer un prix d’achat, évidemment plus bas que le prix de l’Opep. Cette tactique n’a pas encore rencontré le succès pour l’instant.

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