Impossible Affelnet – l’affectation des collégiens au lycée à paris

Le rectorat de Paris vient de publier, le 3 mars 2021, la liste des lycées vers lesquels seront orientés les élèves des collèges. Une fois de plus, force est de constater que l’essentiel des travaux du rectorat a suivi deux objectifs: faciliter le travail de l’administration et donner un vernis social à un système profondément arbitraire. A aucun moment de la procédure l’orientation des élèves selon leur choix, ou leur lieux de résidence ne sont pris en compte. Le niveau mesure des élèves plafonne autour des 10% d’une note finale qui est, comme nous allons le voir, presque inutile.

Un algorithme de pacotille

L’orientation est supposément effectuée par un calcul mathématique d’appariement entre les demandes des élèves et les possibilités des établissements. Le point est mathématiquement complexe, et il n’y a pas de solution vraiment parfaite. Du coup, le Rectorat a trouvé une solution très simple: réduire au maximum les possibilités. Affelnet ne mérite même plus, comme nous allons le voir, le nom d’algorithme.

Le système des points

En langage normal, le détail du calcul est supposé se présenter comme ceci (voir le modèle du Rectorat en Annexe 1):

Etudions ligne à ligne chacun des éléments

Le bonus de proximité

Le bonus de proximité correspond à un nombre de points accordé en fonction de la distance entre le collège d’origine et le lycée de destination.

En théorie il est possible de choisir son lycée et d’obtenir des points en fonction du secteur auquel il appartient. Chaque collège se voit attribuer 3 secteurs géographique, dont les points sont les suivants:

On voit immédiatement qu’il est impossible de ne pas choisir un lycée dans le secteur 1. Ces lycées donnent 32 400, soit 74% de note finale, quand on lycée de secteur 2 ne donnera que 40% du total maximum de point. C’est tellement dissuasif que la distinction entre Secteur 2 et 3 est quasiment nulle.

Mais ce n’est pas tout. Le Rectorat avait communiqué un double critère: un choix de 5 lycées ET des établissements situés à 25 minutes du collège d’origine. Hélas, la géographie parisienne est ainsi faite qu’il y a entre10 à 15 lycées situés à 25 minutes en transport de chaque collège. Le rectorat a donc choisi lui-même les 5 lycées qui l’arrange, sans concertation, sans transparence.

Ainsi, la proposition du rectorat est de déverser des élèves de collèges dans des lycées correspondant. C’est l’essentiel de sa proposition. Le reste ne compte quasiment pas. Et la carte reliant les collèges aux lycées, qui ne pouvait sûrement pas être parfaite, est relativement scandaleuse. La grande conséquence est une fermeture, une ghettoïsation, sans précédente des quartiers, enfermés dans la liste des 5 lycées. C’est un très grand recul par rapport à l’an dernier, où les possibilités de débouchés étaient bien plus nombreuses.

La carte est disponible ici:

https://arcgis.ac-paris.fr/portal/apps/webappviewer/index.html?id=c191dba35fa64e52ae8093d1e63766fd

C’est donc tout simplement le rectorat qui a choisi, selon ses propres critères, les 5 lycées vers lesquels les élèves des collèges sont orientés. Les 5 lycées qui, rappelons-le, appartiennent au secteur 1 et donnent 32 640 points.

Voici quelques exemples, édifiants…

Le XVIème n’a strictement rien à craindre de la mixité sociale.

Le 7ème non plus…

Le collège Prévert, que l’on retrouvera dans le chapitre IPS, est particulièrement bien loti.

Le XVIIème est évidemment protégé, mais n’est pas à l’abri de certaines incohérences: les collégiens de Gréard n’ont pas le droit d’aller à Condorcet…juste à côté.

Un scandale politique

L’une des principales promesse d’Affelnet est de contribuer à la mixité sociale. Mais cet objectif n’est pas du tout rempli. C’est en fait une lutte des classes au profit des classes supérieures qui est organisées. Les ultra-riches, XVI, VII, VIII, etc, ne risquent rien en terme de mixité sociale. Ils ont en quelques sortes privatisés leurs lycées publics. C’est au contraire sur la classe moyenne que repose tout l’effort, celle qui habite le centre et la périphérie de Paris.

Depuis la création d’Affelnet, le Lycée Charlemagne, dans le IVème, est devenu le symbole de l’échec de ce système. Pour y accéder, un élève qui habite en face doit avoir une moyenne supérieure à 16. Pourquoi? Parce que tout le sud de Paris est verrouillé et inaccessibe aux enfants des 1 à 4ème arrondissement.

Avec le nouvel Affelnet, les quartiers sont entièrement verrouillés. Impossible par exemple pour un élève de Couperin d’aller à Fénelon, quand bien même le lycée de la rive gauche serait à 10 minutes de chez lui. Le Monde ne s’y est pas trompé, qui a choisi exactement cet exemple:

https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/03/03/mixite-sociale-petite-revolution-a-paris-dans-l-affectation-en-lycee_6071797_3224.html

Et si les parents des classes moyennes osent se plaindre, ils sont stigmatisés comme étant des « bobos », ce qui n’a vraiment rien à voir avec la réalité, et c’est le journal Marianne qui s’en charge.

https://www.marianne.net/societe/education/a-paris-la-reforme-de-laffectation-dans-les-lycees-divise

Ainsi Affelnet impose aux classes moyennes de partager avec les classes inférieurs, mais sans donner la possibilité d’accéder aux lycées des très beaux quartiers. Le Rectorat confond mixité sociale et destruction de la classe moyenne. Les conséquences sont terribles, tout le centre de Paris se détachant peu à peu d’une République d’administration qui ne s’occupe plus d’eux.

Les notes et le bilan de compétence

Les notes de l’élève et le bilan de compétence correspondent à la restitution du véritable travail noté de l’élève.

Les notes de l’élèves sont les résultats des interrogations. Les points pris par Affelnet ne correspondent pas exactement aux bulletins de l’élève. Le calcul prend en compte un coefficient, reposant sur un groupement de matière, et une formule mystérieuse supposée prendre en compte la progression des notes pendant l’année.

Les notes de français, mathématiques, histoire géographie – éducation morale et Civique, et d’EPS, ont chacune un coefficient 1. Les trois notes scientifiques sont regroupées sous une seule notes. Les notes en langue ne forment plus qu’une note. Tandis que les Options (latin, grec, chorale…) ne sont tout simplement pas prise en compte.

La fusion des notes de LV1 et LV2 est notamment faite pour empêcher l’affectation en fonction des langues choisies. Il en est de même des options. L’idée initiale était de casser un système d’affectation reposant sur l’allemand première langue et sur l’option latin. Le résultat est l’effondrement du suivi des options, menacées de disparition.

Le bilan de compétence est de la responsabilité de chaque collège. Certains peuvent le remplir par matière dès la cinquième et jusqu’à la troisième. D’autres, malheureusement peuvent tout à fait rendre le bilan de compétence après l’émission des vœux d’affectation. Le bilan de compétence est le plus souvent établi dans la plus grande opacité, et les délégués des parents ne sont pas admis durant les délibérations.

Les impressions écrans de l’intranet PCN, qui montre l’incroyable usine à gaz du Référentiel des compétences, qui comprend plus de 200 critères à remplir ! Et qui est de toute manière totalement inutile, l’essentiel étant déjà dans les notes.

Au final, même la prise en compte des notes et compétence est totalement incompréhensible. La citation suivante, tirée d’un article de Libération, le montre suffisamment:

https://www.liberation.fr/debats/2021/01/04/pour-en-finir-avec-l-orientation-des-eleves-par-affelnet_1810054/

« Ces points sont cumulés, entre autres, par les résultats scolaires – les notes – que l’on pourrait croire un critère objectif : une meilleure note correspondrait à plus de points. Cela n’est guère le cas pour Affelnet : un élève avec 18 de moyenne en maths, par exemple, peut avoir moins de points dans cette matière qu’un autre avec 15 de moyenne. Encore plus étrange, un élève avec 16 en EPS (éducation physique et sportive) et 12 en français peut avoir plus de points cumulés dans ces deux matières qu’un autre qui aura 16 en français et 12 en EPS. Affelnet ne prime pas le mérite scolaire, d’une part, et favorise des matières par rapport à d’autres d’une façon pour le moins inattendue, car l’EPS et les arts peuvent finir par avoir un poids plus important que le français ou les maths. »

L’IPS

L’IPS est le tout nouveau Indice de Positionnement Social, une note sociale attribuée directement au collège en fonction des déclarations des professions des parents. Le but de cet indice est de contrebalancer la baisse des points attribués aux boursiers, sur laquelle nous reviendrons.

Notons immédiatement que la liste de l’indice par collège n’est pas communiquées par le rectorat.

Il permet en théorie de classer les collèges des plus privilégiés aux plus pauvres. Mais le résultat est tout simplement honteux, comme le montre très rapidement quelques exemples. Le collège de Stael a un bonus de 600, quand le collège George Duhamel, juste à côté, n’a aucun point. Les collèges Poquelin et Prévert ont tous les deux 600 points, alors qu’aucun autre établissement du centre n’a de point.

Les biais sont tellement évident qu’il paraît inutile d’y revenir. La seule question est de savoir pourquoi le rectorat n’a pas utilisé le coefficient utilisé pour calculer le tarif de la cantine, basé sur 7 niveaux et dépendant de la déclaration fiscale des parents, un indice largement plus objectif.

Quelques sources pour aller plus loin:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Indice_de_position_sociale

La carte des collèges avec leur IPS.

http://ulcentredatabase.azurewebsites.net/carte_Temps_Lycee_College.html

La liste de tous les établissements avec leur IPS

https://www.fcpe75.org/ips-le-nouvel-indicateur-pris-en-compte-par-le-rectorat/

Les boursiers

Le montant des points accordé aux boursiers est presque modeste. C’est peut-être le plus grand symbole de l’échec d’Affelnet. Rappelons que lors de la mise en place du système, les boursiers avaient tellement de points qu’ils pouvaient presque avoir 0 de moyenne. Les établissements du centre ont été submergés par les boursiers. Il a fallu faire marche arrière.

Mais là encore, le nombre de point n’est qu’un indicateur. Il est complété par des quotas de boursiers établis par établissement par le Rectorat.

Ce qu’il faut faire

La critique est facile, et l’art difficile dit-on. Mais là où nous en sommes, il est presque impossible de faire plus arbitraire et incompréhensible. Nous proposons la base de réflexion suivante, qui a déjà l’énorme avantage d’être simple et lisible. Tout le monde, y compris les parents, peut se l’approprier.

Proximité

La proximité est importante. Elle doit être calculée à partir du domicile, et non du collège d’origine. Elle peut fonctionner par cercle de 15, 20, 25 minutes de transport. Il peut donc y avoir ici également une grille et une prime à la proximité. Mais pas de l’ordre de 75%… L’offre de lycée est largement suffisante et homogène dans ce rayon.

Dans ce système, comme on le voir, les parents ne choisissent même pas de lycée, juste des options. Et le lycée est accordé en fonction de l’adéquation.

Les notes de l’élève

Il faut mettre fin au bilan de compétence et revenir uniquement aux notes. Pour le rendre lisible, il faut simplifier l’algorithme. Pas de formule de correction, mais des coefficients clairement supérieurs pour le français, les mathématiques et la première langue, puis une gradation pour les autres. L’idée est d’insister sur l’acquis obligatoire en sorti de collège. Nous proposons le calcul suivant:

Simple, transparent, compréhensible par tous. Les options reviennent en accordant un bonus significatif. Seuls les points supérieurs à 10 comptent et sont ajoutés au total sur lequel est calculé la moyenne,. (Le système actuel n’accorde aucun point aux options, ce qui est totalement injuste. Une option représente au minimum 2h*nb de semaines de cours, soit au minimum 64h de cours, auxquelles on ajoutera au moins 1h par semaine de travail à la maison, soit 96h de cours, qui aujourd’hui ne rapporte strictement rien… c’est-à-dire en fait pénalise l’élève qui suit une option par rapport à celui qui n’en suit pas).

Mais comme les collèges ne font pas passer les mêmes épreuves à leurs élèves, il est impossible de comparer, ou d’avoir une image fidèle, de leur niveau comparé, réel. La seule solution est celle proposée par le ministre M Blanquer pour la terminale, le contrôle continu commun à tous. Evidemment les professeurs sont contre, car un tel dispositif permettrait de révéler leurs performances, non seulement par rapport aux autres, mais surtout avec leur propres élèves, d’une interrogation commune à l’autre. Idéalement il faudrait deux sessions de brevet, l’une à la fin du second trimestre et l’autre à la fin du troisième trimestre. Les épreuves seraient commune à toute un classe d’âge, avec un barème identique pour tous. Ces deux épreuves compteraient au total pour 30% de la note finale dans les matières testées. Notons tout de même, qu’à l’heure de l’informatique, ces épreuves sont très faciles à organiser.

Enfin, l’orientation doit inclure une série de critère non chiffrés correspondant aux choix d’orientation des élèves: choix des langues, des options, voir de l’orientation à plus long terme: littéraire, scientifique, etc. Les élèves doivent avoir la possibilité de se projeter dans la construction de leur avenir, même si à cet âge, ils ne sont pas forcément tous prêts.

Vers l’infini et au-delà

Affelnet n’est qu’un symbole des complexités dans lesquelles notre pays s’est enfermé. A Paris, il nourrit la rupture entre les derniers citoyens qui croyaient encore au système et une République qui les a laissé tomber. Ces parents sont presque forcés de se tourner vers un enseignement privé catholique dont ils ne veulent pas, par attachement à la laïcité. (On râle beaucoup contre les musulmans, mais rappelons que dans les écoles privés catholiques sous contrat, largement plus puissante, la charte de la laïcité n’est pas d’application automatique).

Même ce que nous proposons n’est que cautère sur jambe de bois. Une véritable réforme de l’enseignement, avec en ligne de mire la remontée dans les classement Pisa et une justice sociale basée sur les notes, les talents et le mérite, nécessiterait presque une révolution. Le système est enkysté de partout: statut indéboulonnable des professeurs, administration toute puissante, syndicat au marxisme aveugle, puissance de l’Eglise assise sur un patrimoine immobilier démentiel… Et au milieu de tous ces intérêts, les enfants des classes moyennes et inférieurs sont systématiquement pénalisés au profit des intérêts corporatistes et des classes supérieures.

Nous pensons ce système irréformable. La seule solution générale est le développement d’une éducation privé laïque de qualité, ce qui est rendu impossible à Paris compte tenu du coût de l’immobilier.

Il ne reste plus que les solutions individuelles: aider ses propres enfants à acquérir des compétences, à ne pas ressortir de l’école en ayant fait semblant pendant des années de faire de l’anglais ou de l’espagnol, et les aider très vite à se projeter dans un métier et / ou une passion. A la fin de toutes ces analyses, nous voyons en effet que nous sommes bien seuls pour les soutenir.

Annexe

1/ La carte des points du rectorat

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