Avengers, Ultron, Civil War (2/3)

A travers tous leurs combats, leurs alliances, leurs défaites et surtout leurs victoires, de quoi parlent les films Avengers ? C’est ce que nous allons tenter d’élucider.

Avengers, trois films…ou plus?

A proprement parler, les films Avengers sont au nombre de trois: Avengers, L’ère d’Ultron et Infinity wars, en deux parties. Ces trois films où l’équipe se rassemble constituent les sommets des phases respectives du MCU.

Impossible de tarir d’éloges sur le travail des équipes scénaristiques, qui sont parvenus à créer une succession de 20 films en enchaînant leurs différents « arcs narratifs ». La structure narrative est presque inédite. Il ne s’agit pas seulement d’un univers étendu comme celui de Balzac, Zola ou de Proust. Chez Balzac et Zola, les personnages sont récurrents, mais ils vivent, pour ainsi dire, chacun leur vie. Ils ne se retrouvent pas dans des réunions héroïques. La structure héroïque est plus proches de celle de la mythologie grecque, qui n’a cependant jamais eu la même cohérence d’ensemble. Le Seigneur des Anneaux est un monde clos. A notre connaissance, la seule épopée réellement comparable est celle de la Quête du Graal. Chaque héros, Arthur, Lancelot, Yvain, Perceval, a son propre récit et tous se réunissent pour un but commun. L’oeuvre a plusieurs auteurs, et fait l’objet d’une constante réécriture.

La composition aussi simple qu’élégante. Chaque arc correspond à l’histoire de l’un des héros principaux: Captain América, Iron Man, Thor, puis Ant-Man, Doctor Strange, et les Gardiens de la Galaxie.

Notons cependant 3 points.

-Premièrement, la chronologie de la sortie des films du MCU ne correspond à la chronologie de l’histoire. Marvel avait choisi de tout miser sur Iron Man et Robert D Junior, pour relancer enfin son univers cinématographique, après plus d’un échec cuisant. Le jackpot étant bien au rendez-vous, la production des autres films a pu se mettre en route. Le premier film dans l’ordre chronologique est Captain America, et nous verrons que ce n’est pas sans importance.

-L’arrivée des Gardiens de la Galaxie marque une rupture importante. Il ne s’agit plus de héros individuels, mais d’une équipe. Ses membres n’ont pas vraiment de super-pouvoirs. Ils ont plutôt des talents, venant de leur différente planète natale et de leur histoire. Ils ne sont pas uniques en leur genre comme les Avengers.

– Civil War n’est pas comptabilisé dans les Avengers, alors qu’il est bien un film réunissant presque l’équipe au complet, et non des Cross Over de certains héros, comme il arrive dans les autres films. Et ce n’est pas sans raison.

Civil WAR – le quatrième avenger

Avengers et l’Ere d’Ultron, ont été réalisé par Josh Weshdon. Les deux films d’Infinity war on été réalisé par les frères Russo, tout comme Le soldat de l’hiver et Civil War.

A la suite de tous ces arguments, nous affirmons que Civil War devrait être classé dans la série Avengers, et non dans la série Captain America ( Et bam!). Nous osons même soutenir que Captain America est la colonne vertébrale de tous les Avengers, tout simplement parce qu’il est à l’origine de la naissance du Shield. Le père de Tony Stark en est membre fondateur, y rattachant ainsi Iron Man. La veuve noire, l’archer et le faucon font parti de cette équipe.

Le premier film cependant, Avengers, suit plutôt le cycle de Thor. Les deux principaux vilains sont Thanos et Loki. L’arrivée sur terre de Loki est possible grâce au Tesseract, découvert dans Captain America, qui l’entraîne directement dans une base secrète du Shield. Le second Avengers est pour ainsi dire fait en famille, à l’intérieur du Shield, Ultron étant la création de Tony Stark et du Docteur Banner. Civil War en est la suite directe. Il inclut tous les personnages de l’univers, sauf Hulk, disparu dans l’espace à la fin d’Ultron, et Thor. Il met en scène la rivalité entre Captain et Iron Man, qui sera reprise dans Infinity War. Et, comme déjà souligné, ce sont les mêmes réalisateurs.

La mort, ultime ennemi des super-héros

Ces indispensables bases étant posées. Il est temps de s’intéresser aux films eux-mêmes.

Avengers

Dans Avengers, Loki veut conquérir la planète terre. Il le fait pour Thanos, le grand et mystérieus conquérant des mondes, l’ennemi principal, mais restant ici relativement en retrait. Le combat principal a lieu à New-York. Nous sommes dans un scénario de science-fiction finalement assez classique. Le principal enjeu du film est la constitution des Avengers eux-mêmes, sous l’égide de Nick Fury. Comment vont-ils travailler ensemble, comment vont-ils résister aux ruses de Loki pour les séparer? La matrice qui permet se rassemblement est la rivalité entre Thor et Loki. Loki, qui n’a pas digéré le fait d’être adopté, chercher à se constituer son propre royaume et a jeté son dévolu sur la terre.

Le Tesseract, qui renferme la pierre d’infinité de l’espace, joue un rôle majeur dans le film. Découvert dans Captain America, il avait été utilisé par Red Skull et Hydra pour construire une nouvelle génération d’armes. Il est volé au Shield par Loki au début du film. Loki en a besoin pour ouvrir un portail et permettre à l’armée de Thanos, l’armée des Chitoris, d’envahir la terre.

Notons que lorsque Tony Stark et Steve Rogers enquêtent sur le Shield, ils découvrent que Nick Fury a continué les recherches d’Hydra sur l’exploitation de l’énergie du cube et qu’il a fait développer une nouvelle génération d’armes alimentées par son pouvoir. Dès son recrutement Captain America avait mis en garde Nick Fury, lui disant qu’il aurait mieux fallut laisser le cube « au fond de l’eau ». La méfiance s’installe entre les Avengers et le Shield. En revanche, les héros n’ont pas encore trouvé le pouvoir de la pierre.

Pour le reste, le film nous raconte l’union difficile des Avengers, finalement réalisée sous le commandement de Captain America. Lors de la bataille finale, la direction du Shield décide, contre l’avis de Nick Fury, d’envoyer une bombe atomique sur New York. Les Avengers sont tous contre. Iron Man se distingue tout particulièrement en déviant la trajectoire du missile à l’intérieur du portail, visant l’un des vaisseaux des chitoris et donnant ainsi la victoire aux Avengers. Iron Man, qui n’est pas invincible comme Captain America, Hulk, ou Thor, met littéralement sa vie en jeu. Acte d’autant plus remarquable que Tony Stark est avant cette prouesse, le plus égoïste et auto-centré des Avengers. L’émotion n’en est que plus forte.

La victoire des Avengers représente la victoire de la liberté sur la tyrannie que voulait instaurer Loki. Une monarchie ou une dictature planétaire où tout le pouvoir serait détenu par un seul homme est assimilée, via l’alliance de Loki et de Thanos, à une forme de mort. La première équipe des Avengers parvient à se souder pour défendre une certaine idée de la liberté et à vaincre, au moins temporairement, un dieu d’Asgard. « Je suis un Dieu », crie Loki avant de se faire écraser par Hulk à la fin du film. Les super-héros sont plus proches des dieux que des hommes. Comme lorsque Captain America vainc le nazisme, ce qui est souligné dans le film avec le vieil homme qui refuse de se mettre à genou devant Loki, nous avons l’impression que les Avengers rejoue la naissance de l’Amérique et son indépendance par rapport aux monarchies de droit divin de l’ancienne Europe.

« I am a God, and you should bow to me ». Je suis un dieu et tu devrais te prosterner devant moi.

L’ère d’Ultron

Le second Avengers est très particulier. Il n’est pas relié directement à la trame de Thanos, mais plutôt à celle du Shield / Hydra et au conflit opposant les Avengers eux-mêmes.

Rappelons brièvement le pitch. Les Avengers sont lancés sur la piste de Stricker, un ancien d’Hydra qui a récupéré le sceptre de Loki. Or, comme le Tesseract, ce sceptre a de grands pouvoirs et est trop dangereux pour être laissé aux mains de l’ennemi. Là encore, une pierre de l’infini permet de faire le lien entre différentes intrigues.

L’histoire commence vraiment une fois le sceptre récupéré. En l’analysant, Tony Stark et Banner découvre qu’il contient une formidable intelligence. Et là, c’est le drame. Cette intelligence attaque Jarvis, l’intelligence artificielle développée par Tony Stark, et se répand partout dans les réseaux informatiques. Ultron est avant tout une IA devenue folle. Après l’invasion des extra-terrestre, il s’agit de la reprise d’un autre classique de la science-fiction, présent par exemple dans I-robot, avec Will Smith et d’après Asimov. Ultron intègre le message de Jarvis, il faut protéger la terre. Mais Ultron, ayant effectué sa propre analyse, constate qu’il faut protéger la terre des humains eux-mêmes, qui constituent la principale menace. En creux, le film pose la question suivante: au vue de toutes les barbaries dont elle est capable, l’humanité vaut-elle la peine d’être sauvée? La encore, rien de très original. On trouve la même question en fil rouge de très nombreuses oeuvres, par exemple de Star Trek Next generation, où Picard est en lutte avec une étrange espèce extra-terrestre qui prétend juger l’humanité et décider si elle mérite bien ce cadeau de la vie qui lui a été fait. Plus profondément, la thèse contient une critique de l’humanisme, ce système de valeurs qui consiste à mettre l’homme au dessus de toutes les autres valeurs, au-dessus des dieux comme de la nature. C’est la position défendue par Levi-Strauss, qui envisage sérieusement que l’aventure humaine puisse échouer. Cette condamnation de l’humanité trouve ses racines dans la Bible, dans le récit du Déluge. Dieu, mécontent de ce que son devenu les hommes, décide pour ainsi dire de rebooter l’espèce humaine, ne conservant que Noé et sa famille. Ultron est ainsi le nouveau rédempteur de l’humanité, celui qui va rendre justice à l’humanité tout entière, la punir pour tous ses péchés et pour sa nature définitivement vicieuse.

Ultron, c’est un peu les Avengers contre le pire de l’humanité. Car cette fois, l’ennemi ne vient pas de l’extérieur. Il a été crée par Tony Stark et le Docteur Banner. Il représente l’hubris, la démesure de l’homme qui prétend devenir aussi puissant que les dieux, en l’occurrence Thanos, dont il s’agit tout de même à l’origine de se protéger en créant un système de défense planétaire. Ultron est la créature qui se retourne contre son créateur, une sorte de Frankenstein numérique et robotisé. Notons la sécheresse du personnage robotique. Malgré tous les efforts des réalisateurs, il n’est pas simple de s’attacher à ce type de méchant, unilatéral, sans nuance, qui ne défend aucune valeur humaine. Ultron est inhumain.

Les Avengers en lutte contre leurs propres craintes commencent à se diviser. La pierre de l’Esprit, incluse dans le sceptre, sert de révélateur. Elle ne crée pas qu’Ultron. Elle est aussi à l’origine de Wanda et de ses pouvoirs psychiques, et de son frère. C’est également elle, via Wanda, qui inspire à Thor la vision qui l’amène à partir à la recherche des pierres d’infinité. C’est elle enfin, qui sera la matrice de la création de Vision, un nouveau super-héros construit autour de la pierre. Vision, qui finira par vaincre Ultron, est sa némesis. Là où Ultron est connecté à toutes la planète, présent partout et nulle-part, et s’incarne dans un robot, Vision est une créature de chair et d’os synthétique, complètement intégrée à la pierre. Vision est incarné. Ultron est un cauchemar.

Captain America, comme il avait été contre l’utilisation du Tesseract, est radicalement contre l’invention de Stark et de Banner. L’équipe commence à se scinder en même temps qu’elle s’élargit, préparant le terrain de Civil War. Vision est un nouveau Captain America, quand Ultron est la face cachée d’Iron Man et de Hulk. Captain et Vision défendent la liberté individuelle. Iron Man et Hulk sont du côté d’un universel organisé par l’intelligence. Ultron est là pour en marquer toutes les dérives.

Civil War

Civil War peut paraître totalement incompréhensible pour des européens comme nous, qui n’ont dans l’ensemble, jamais connu la guerre civile. Ce n’est pas le cas des Etats-Unis, qui ont connu entre 1861 et 1865, la guerre de Sécession, quand le Nord et le Sud se sont affrontés sur la légalité de l’esclavage. Le thème leur est bien connu et familier.

Pourtant, l’opposition de Captain America et d’Iron Man concerne un autre conflit très américain. Il n’est pas plus évident à saisir pour nous autres français. Nous vivons dans une tradition politique qui prend plus à Hobbes et Rousseau qu’à Locke et Spinoza. Expliquons. Pour Hobbes et Rousseau, même si les raisons sont différentes, le corps social et politique se constitue lorsque les hommes abandonnent l’état de nature et remettent l’intégralité de leur souveraineté à l’Etat politique. Dans un Etat ainsi crée, le citoyen n’a plus vraiment de pouvoir propre. Il a tout délégué. A l’inverse, chez Spinoza, et surtout chez Locke, l’homme a des droits naturels indestructibles. L’Etat est là uniquement pour promouvoir ces droits. L’Etat est limité au maximum. Les pères fondateurs américains, rédacteurs de la constitution, et notamment Jefferson, ont explicitement repris les positions de Locke.

Quel rapport avec Civil War? Le conflit des deux figures des Avengers fonctionne sur cette opposition. Suite à tous les désordres qu’ils ont crées, les gouvernements mondiaux demandent aux Avengers de signer les accords de Sokovie et de se soumettre à une autorité politique supra-nationale. Le politique reprend la main. Tony Stark, qui n’en finit plus de faire son mea culpa pour la création d’Ultron, est en accord avec cette démarche. Il est en ce sens continental ou européen. Comme il avait fois en une intelligence artificielle supérieure capable de régir toute la planète, il a désormais confiance en une autorité politique supra-nationale qui continue à aller selon lui dans le bon sens, celui de l’organisation d’un monde humain unifié contre la menace extra-terrestre. Tony Stark armait les Etats-Unis pour les défendre contre le reste du monde. Il a combattu en Afghanistan. C’est la même logique qu’il met en oeuvre pour défendre cette fois, la planète entière.

Captain America, comme d’habitude, est contre. Cela peut paraître surprenant au premier abord. Captain n’est-il pas le héros américain dans toute sa splendeur? Celui qui se bat pour la bannière étoilée et contre le totalitarisme? C’est là qu’il faut éviter le contre-sens. Captain se bat pour une certaine conception de l’Amérique, celle de la liberté individuelle maximum et des droits naturels, contre toute forme d’étatisme inutile. Il ne défend pas l’Etat libre, mais l’individu libre. Ce pourquoi il peut se battre contre le nazisme, comme contre le projet Insight du Shield qui vise a identifier et pouvoir éradiquer en permanence toutes les menaces à l’intégrité de l’Etat. La suite logique d’un Etat faible et d’individus autonomes est le développement d’une doctrine de l’action individuelle, permettant à chacun de s’en sortir dans un monde qui a l’époque des premiers pionniers, était encore très proche de la nature. L’autorisation du port d’armes suit la même logique.

On comprend maintenant facilement la composition des équipes, qui rappelons-le, n’incluent ni Thor, ni Hulk. Du côté de Tony, tout ceux qui sont pour ainsi dire étatiste: Iron Man, War Machine, Romanoff, Vision, le prince T’Challa -lui-même dirigeant d’un Etat – et Spider-Man. Et du côté de Rogers: Wilson (le Faucon), Barnes, Barton, Wanda et Lang. Sans surprise, ou presque, car Vision a bien changé de camp, ce qui n’est pas pleinement compréhensible, sinon qu’il fallait bien équilibrer les équipes. Vision est tombé amoureux de Wanda, et pense depuis que la contrôler pour l’aider, après son relatif échec en Afrique, est une preuve d’amour.

La réalité du film est un peu plus nuancée. Tony se rend compte qu’il a fait une erreur en signant les accords de Sokovie quand il se rend compte que les Avengers récalcitrant sont détenus dans une prison de très haute sécurité. De son côté, Rogers n’est pas très clair. Il savait que son ami, Barnes, avait tué les parents de Tony pour récupérer les fioles du sérum de super-soldat. Et il n’a rien dit. La « victoire » finale de Captain America sur Iron Man n’et pas non plus parfaite, Captain étant largement aidé par Barnes, ce qui rend ce combat, en un sens commencé dès la scène de la dispute dans l’hélicarrier dans Avengers, inéquitable.

Nous sommes désormais prêt pour la troisième partie de notre article: de quoi parle Infinity war?

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