Imagination – émotion – opinion (L’imagination 3/3)

L’imagination, bien plus que la raison, devrait être appelée la reine des facultés. Alors que la raison est l’apanage de quelques rares personnes de formation scientifique ou philosophique, l’imagination gouverne réellement le monde, nos psychés et la foule. Elle fait et défait les réputation comme les gouvernements.

Les plus grands efforts intellectuels ont été faits pour s’en libérer et dégager des lois véritablement rationnelles. Ce long chemin, qui constitue l’une des principales matrices de l’histoire de la philosophie, a conduit à définir l’imagination comme l’autre de la raison. Vue de la raison, l’imagination et toujours parcellaire et imparfaite. Elle nous fait déraper, fauter. Elle est pour Malebranche « la folle du logis », l’ennemi du penseur qui recherche la sagesse. Mais elle est aussi la colle qui relie les sociétés et les organise.

La faculté des images

La définition la plus courante soutient que l’imagination est la faculté des images. Quand nous fermons les yeux, nous pouvons nous représenter une image, une vision interne, d’éléments vus à l’extérieur. Nous pouvons également imaginer des sons, et dans une moindre mesure des odeurs ou les sensations du toucher. Les cinq sens sont à la fois externes et internes. L’imagination est le lieu interne où ils peuvent se développer. La voix de la conscience me parle dans ma conscience. Ainsi la conscience peut recueillir à la fois des idées et des images, et l’on appelle imagination une partie a priori non rationnelle de la conscience.

Camera obscura, ancêtre de l’appareil photo

Cette définition trouve rapidement ses limites. Cette capacité à voir des images dans la conscience est en fait assez limitée. Ce pouvoir se manifeste essentiellement dans le sommeil, quand la conscience rationnelle et l’attention au monde sont au repos, pendant les rêves. C’est uniquement à ce moment que l’imagination montre tout son pouvoir. Nous n’avons que très rarement des images mentales aussi développées durant la veille. Il en est de même pour les autres sens, à l’exception de l’audition et de la musique. Il est bien plus facile de créer un air de musique dans la conscience que de se représenter la réalité.

Les dessinateurs ou peintres n’ont d’ailleurs pas forcément une imagination plus développée. Ce qu’ils ont avant tout est un talent d’exécution. Ils développent une plasticité de leur faculté imaginative qui correspond à ce que le dessin, le trait, va représenter. Chez de nombreux dessinateurs ceci est d’ailleurs relativement inconscient. Le don dépasse chez eux la conscience et leur création est quasiment automatique. Tout semble se jouer entre l’œil et la feuille, et ce n’est pas parce que l’on a une image claire en tête que l’on saura la représenter selon les règles de l’art. L’image n’est jamais égale à la réalité. Elle est un schéma, une représentation mentale suivant des lignes, des courbes, des ombres et de la lumière.

L’image sonore a également ceci de différent des autres qu’elle se déploie non pas dans l’espace comme les autres, mais dans le temps, dans la succession des instants ou moment. L’image n’est pas qu’image.

Une représentation – synthèse des données sensibles

Au delà de la seule image, l’imagination est une faculté de représentation sensible. Les objets reçus des sens s’impriment dans la conscience, comme un sceau laisse sa marque dans la cire. A tout moment, nous effectuons automatiquement la synthèse des impressions des sens. Cela permet à la fois d’agir dans la réalité, de savoir où est la table, où en est la cuisson des aliments, de s’orienter dans le monde extérieur, et d’avoir une représentation en partie intellectuelle de la situation pour pouvoir réfléchir dessus. La schématisation de l’imagination est le prélude à la création des concepts venant de l’expérience. C’est en voyant de multiples chiens, tous différents dans leur singularité, que je peux produire le concept de chien. Cette conception repose sur le dessin schématique du chien produit par l’imagination.

Il n’est pas certain que la mémoire soit une faculté réellement séparée de l’imagination prise ainsi au sens large.Tout le divers de l’expérience y est synthétisé dans les sens internes. La mémorisation est consubstantielle de l’expérience et de ce travail de conscientisation.

Imagination support de l’émotion

La description faite jusqu’ici, sauf dans les rêves, est émotionnellement neutre. L’imagination reliée au sens de la vue, que les mathématiciens appellent espace et les philosophes étendue, peut tout aussi bien servir à élaborer des théorèmes de géométrie qu’à nous permettre de nous orienter dans une pièce. Elle est également traversée d’autres facultés intellectuelles, comme la capacité à individualiser les objets et les relier dans une représentation commune. Que cette possibilité soit une possibilité issue de l’expérience, selon la thèse des empiristes, ou de la raison, comme l’affirment les idéalistes, n’a pas d’intérêt ici. Il importe uniquement de souligner que l’imagination n’est que rarement un processus pur existant par lui-même.

Jusqu’ici, la définition et la description, formellement neutre, était plutôt simple. Tout se complique s’il l’on ajoute les émotions à cette description. Car ce sont bien les émotions qui font sortir l’imagination de son équilibre et de sa neutralité. A chaque représentation que nous avons venant d’un élément sensible s’ajoutent le sentiment de plaisir et de peine et l’émotion de joie ou de tristesse.

Ces émotions et sentiments sont en partie subjectifs et en partie objectifs. D’une certaine manière on peut dire qu’ils sont objectifs selon la forme, mais subjectifs selon la matière. Selon la forme, les sentiments et émotions sont universellement attachés à toutes les expériences. Selon la matière, les expériences singulières sont propres à chacun, en partie communes, en partie différentes. Le développement de ces facultés dans le temps, lié aux caractère propre de chacun, donne la sensibilité complète de la personne.

A la forme et à la matière, il faut ajouter la force du sentiment et de l’émotion, qui fait absolument, comme nous allons le voir, toute la différence. La force, ou l’intensité, est la puissance avec laquelle l’expérience s’inscrit dans l’imagination, cette puissance de synthèse de l’expérience. Cette force est liée au choc provoqué par l’expérience. Les meilleurs exemples sont aussi les plus extrêmes. La mort, la faim, la soif, la maladie, la famille ou l’amitié rompu, la pauvreté, et la sexualité sont les éléments qui frappent le plus notre imagination. Quand il s’agit ainsi d’éléments vitaux, ce système, mêlant imagination et passions, est chez l’homme ce qui ressemble le plus à l’instinct animal. L’imagination permet ainsi la communication avec le cœur de la puissance vitale qui vit et veut vivre en nous.

Emotion et principes moraux

A ces sentiments et émotions venant des profondeurs du corps, s’ajoutent ceux liés à nos valeurs et nos principes ou maximes morales. Ce qui provient de l’esprit est également relié aux sentiments et aux émotions, quand bien même leur source ne serait pas purement corporelle. Ainsi, lorsque nous sommes confrontés à une situation qui ne correspond pas, qui viole nos valeurs, nous ressentons des émotions extrêmement fortes. Celui qui défend le respect de la propriété privée ne peut qu’être choqué par les révélations de vol. Celui défend la liberté d’expression, ou les droits de l’homme, sera extrêmement choqué par leur attaque. L’inverse existe également. Celui qui n’est pas universaliste, qui défendra l’idée que telle personne ou tel groupe ne devrait pas être traité comme les autres, sera tout autant révolté de lui voir accorder égalités ou avantage. Cet exemple n’est pas pris au hasard. Il s’agit bien là d’un ressort politique puissant.

La violation des principes moraux entraîne des émotions très fortes, de la colère, de la sidération, de la révolte, comme si nos raisons de vivre étaient mises en cause. Leur respect en revanche provoque uniquement une douce tranquillité. Une asymétrie lourde de conséquence.

Une faculté créative?

« Quelle imagination! Quelle créativité! » L’imagination désigne également, en plus de la faculté représentative, la faculté créatrice, permettant de générer de nouvelles formes, histoires, mélodies. Cependant, la créativité nécessite la possibilité de jouer, d’ordonner, composer des représentations. Il s’agit d’une activité propre à l’intelligence, et non directement à l’imagination. Le génie, Mozart ou Balzac, est celui qui saura le mieux ordonner ces formes pour éblouir la sensibilité, l’émotivité. Il a le don de composer les formes de manière à bouleverser l’émotivité des spectateurs. Il y a là plus que la seule imagination.

Charles-Antoine Coypel – La peinture réveillant le génie endormi 1730

La logique de l’imagination

Tout ce qui est dénoncé comme erreurs logiques, ou plutôt raisonnement non logique, tient aux principes de liaison des expériences, apparemment désordonnée, de l’imagination. La mise en place d’un système logique pouvant décrire ce qui n’est pas logique paraît d’emblée voué à l’échec. Il existe cependant plusieurs travaux nous mettant sur la voie.

Les critiques rationnelles

La philosophie a passé son temps à critiquer les techniques de l’imagination contre la raison. Platon attaque les sophistes, qui ne savent pas ce dont ils parlent, qui ne visent que la surface des choses. Aristote a écrit les Réfutations sophistiques. La plupart des philosophes ont qualifié les connaissances venant de l’imagination d’incorrecte, parcellaire. Spinoza les qualifie de connaissance inadéquate, confuse, parcellaire et contingente. Descartes pense que la connaissance qui ne se base que sur les sens est forcément faussée.

La plupart des ces critiques négatives ne valorisent pas les talents de l’imagination et ne permettent pas d’en saisir l’essentiel. La raison s’est définie contre-elle et a imposé ses règles justement pour la neutraliser. Les principes de non contradiction et de raison suffisante élaborés par Leibniz en donne les parfait exemples. Pour la raison, une chose ne peut pas être une chose et son contraire. Mais pour l’imagination, oui! Pour la raison, tout à une cause, c’est la loi de la cause et de l’effet. Pour l’imagination, la cause est troublée, cachée, mouvante, changeante. L’imagination fonctionne selon les mêmes lois que la magie. La raison moderne suit dans les sciences un protocole expérimental permettant d’isoler les causes essentielles des phénomènes. Plus fondamentalement, ce protocole est fait pour « dés-imaginariser » l’expérience, ce qui revient en grande partie à empêcher le raisonnement d’être dévié par les sentiments et les émotions. Admirons au passage l’incroyable effort intellectuel qu’il a fallu pour créer ce type d’expérience radicalement nouveau, entièrement et intellectuellement explicite.

Une bonne description négative des principes de l’imagination est donnée par les sciences cognitives. Comme la philosophie, dont elles sont dérivées, les sciences cognitives cherchent à mettre en lumière les erreurs de raisonnement qui nous empêchent d’être objectif. A vrai dire, il n’y a pas à ce jour de description ou de liste complète de ces bias. Chaque auteur a sa liste, tant ils sont nombreux. Parmi les plus célèbres, citons les principaux. Selon le biais de personnalisation, nous pensons être remis en cause personnellement, lorsque nos idées sont critiquées lors une analyse. Nous ne parvenons pas à faire la différence entre nous et nos idées, rendant impossible toute remise en cause. Le statut-quo, qui cache une peur panique du changement et l’empêche. La critique négative, que nous appelons aussi la parole de sorcier ou sorcière, qui permet de jeter l’anathème et détruire un argument en ne se basant que sur des détails impossibles, voir sur le dénigrement de la personne soutenant un argument – plutôt que l’argument lui-même. La misologie enfin, la haine de la raison, dictée par un comportement très égoïste.

Les procédés de la rhétorique

Un autre angle d’approche, le seul réellement positif , est celui de la rhétorique. La rhétorique était proche de la sophistique et de la démagogie et c’est elle qui fournit les règles et les outils de l’imagination. L’artiste est celui qui parle le mieux le langage de l’imaginaire. Les principes sont les mêmes que ceux des biais cognitifs, mais revus de manière positive. Le biais de personnalisation devient la capacité à s’adresser à la sensibilité et à la personne. Le biais qui consiste à prendre la partie pour le tout devient la puissante métaphore, le déplacement du sens d’un élément à un autre, procédé qui frappe l’imagination comme aucun autre. L’intensité émotionnelle ressentie est soutenue par les situations tragiques, grandioses, héroïques et les péripéties qui rythmes les récits littéraires. La formule qui frappe l’imagination, les répétitions sonores, les images à la place des raisonnement, le lien à l’information, à l’actualité, mais aussi aux profondeurs de l’identité émotionnelle des lecteurs, tout est inclus dans la rhétorique. C’est l’ancêtre et la source des méthodes de marketing commercial et politique.

Il faut frapper l’imagination au maximum, en réveillant les passions et en saturant la capacité émotionnel. Le spectateur devient en quelque sorte « accro », attaché à l’oeuvre. Dans cette tâche, parfois noble, parfois ingrate, tout est bon pour utiliser les passions les plus primitives. Si l’on en croit les médias et les déclarations politiques, les passions les plus importantes sont la peur et la sexualité. On est très loin de l’espoir et de la raison. Pour conquérir l’opinion, rient de tel qu’être beau, de souffler sur les braises de la peur et de se laisser conquérir par le rire. En revanche, dans ce domaine des passions, le pauvre sage qui fera appel à la raison sera irrémédiablement vu comme un empêcheur de tourner en rond. Son sort ne sera pas plus enviable que celui de Socrate.

Le site internet suivant https://www.laculturegenerale.com/liste-figures-de-style-francais/ propose une excellente liste des figures rhétoriques, dont le nombre complet paraît infini. Pour en donner une synthèse nous soutenons qu’est rhétorique tout ce qui permettra de dire les choses indirectement, avec des images, de s’adresser aux sens, et non à la raison, et de donner du rythme au discours.

La psychologie des foules

Le travail de Gustave Lebon, inventeur de la psychologie sociale, suivi par Gabriel Tarde et ses Lois de l’imitation, souligne selon de nouveaux concepts la puissance sociale de l’imagination.

Le projet de Lebon est de faire le lien entre la psychologie et la psychanalyse d’un côté et la sociologie de l’autre. La psychologie repose presque entièrement sur l’imagination, dont elle cherche à décrypter le fonctionnement et soigner les pathologies qui ressemble le plus souvent à une abolition complète de l’image et de la réalité. Lebon dans sa Psychologie des foules (1895), part d’une interrogation simple: comment la France a-t-elle pu tomber si rapidement sous l’emprise de Napoléon? Comment ce petit homme d’un point de vue physique, fait-il pour se faire obéir de ses généraux, tous plus grands, plus forts et plus féroces que lui? Le charisme (nous sommes à l’époque du magnétisme) et l’imitation sont les clés. Le peuple suit les puissants, fasciné par leurs exploits grandioses qu’il veut imiter et dont ils espèrent bénéficier.

Les émotions sont contagieuses. Cette contagion est souvent qualifiée de mimétique, comme si nous imitions les comportements que nous voyons chez les autres. Mais il est également possible de soutenir qu’il s’agit d’une contagion directe, comme nous pouvons la ressentir quand nous sommes à côté d’une personne très agitée. On dit parfois d’une telle personne qu’elle est « électrique » pour imager le courant d’énergie que nous recevons dans ces situations. Les émotions se propagent également à travers les différents média, en même temps ques les informations relayées, et touchent bientôt toute la population. Rien de tel que le sensationnel et le spectaculaire pour vendre du papier.

Les médias, l’opinion et la politique

L’imagination joue ainsi un rôle social éminent. Prise au niveau individuelle, elle est ce qui ressemble le plus à l’instinct. Pris en groupe, elle prend la forme de l’instinct grégaire. Elle cimente la communication des nouvelles et des émotions à l’intérieur des groupes. Le jeu médiatique repose sur ces dynamiques de l’imagination.

La politique américaine nous en donne les meilleurs comme les pires exemples. Sous la présidence de Georges Bush un nouveau concept, le « storytelling », a renouvelé le marketing politique. Il presque a suffi d’une petite fiole de farine, brandie au Conseil de sécurité des Nations Unies, pour déclencher une guerre internationale contre l’Irak. Dick Cheney, tout puissant secrétaire d’Etat, a réussi à faire baisser l’impôt sur les successions en le renommant « death taxe », l’impôt sur la mort. Face à une telle outrance, comment en effet défendre un argument rationnel, celui de l’égalité des chances entre les générations, devant une opinion qui déjà, n’aime pas les impôts?

Vice montre de manière effrayante, comment un seul homme, Dick Cheney, a réussi à manipuler l’opinion publique et détourner le système entier à son profit

Voici un autre exemple assez récent et révélateur: la polémique déclenchée par Trump contre Obama, insinuant qu’Obama n’est pas né aux Etats-Unis. L’attaque contre le président Obama est évidemment nulle. C’est un cas de fake news particulièrement flagrant. Peu importe la réalité. Trump a trouvé un angle qui prend racine dans l’origine ethnique du premier président noir, dont une partie de la famille est musulmane. Trump instille le doute, il attaque la naissance, il surfe sur la haine de l’étranger, de l’autre, et en plus, en l’occurrence, la personne de couleur noir. Il profite de la paranoïa en demandant à voir le certificat de naissance du Président. Et cela fonctionne. Trump a gagné de nombreux points dans le quand républicain, sans aucun secours du parti. On imagine mal ce type d’attaque en France, où les règlements de comptes passent souvent pas une instrumentalisation de la justice.

Les attaques de Trump – qui nécessite un système médiatique particulier – Fox News – pour fonctionner

La réponse d’Obama fut asse simple. Il dévoila son certificat de naissance à la presse, prouvant qu’il était bien né aux Etats-Unis et que son élection était bien légale. Mais Obama n’a pas supporté l’attaque de Trump et lui répondit sur le même ton.

Obama se vengeant de Donald Trump lors du dîner des Correspondants – le dîner dédié aux journalistes américains

Obama a-t-il eu raison de répondre avec une telle violence directement pointée contre Trump? Rien n’est moins sûr. Ses attaques, en partie méprisantes, ont sans doute été l’un des éléments ayant achevé de convaincre Trump de se lancer dans la course à la présidentielle. Avec le succès que l’on sait.

L’âge des réseaux sociaux, marqués par des relations décuplées entre les individus via une communication caractérisée par l’image, la brièveté et la rapidité de diffusion, renouvelle complètement la puissance de la rumeur. Les fake news, « fausses nouvelles » et les théories du complot et autre « côté obscur » de l’imagination, ont trouvé un nouveau terreau sur lequel prospérer.

La connaissance et la compréhension de l’imagination, depuis le temps des sophistes et les démagogues grecs, jusqu’à l’accession à la présidentielle de Donald Trump, reste un élément essentiel du succès social. Au grand dame des philosophes, la communication rationnelle, dès qu’elle perd la forme du dialogue, de la science ou de l’étude, perd irrémédiablement du terrain. Face à la foule, un théorème ne pèse pas lourd contre une raillerie. La compétence permettant de s’en sortir dans ce jeu complexe, dont dépend notre réputation est heureusement (ou pas) généralement acquise durant l’enfance, dans les rapports familiaux qui structurent notre caractère. Cependant, ce jeu fait également de nombreuses victimes.

L’art, maître de l’imagination

Tout à l’inverse, l’art donne ses lettres de noblesse à l’imagination. Oeuvre de création, l’art s’adresse à la psyché humaine d’une manière impossible à reproduire par la raison. Le langage de l’imagination est équivoque par nature et source de multiples interprétations. Nous relisons les chefs d’oeuvre de la littérature comme les anciens grecs tentaient de deviner l’avenir dans les Oracles. Freud a été le premier à mettre au jour ce lien, comme dans son interprétation du mythe Oedipe ou sa relecture de la vie de Moïse. Derrière le récit, notamment les récits religieux, se cachent de profondes réalités psychologiques que l’art et la religion mettent à jour.

Concrètement aux autres utilisations de la rhétorique, qui constituent toujours plus ou moins une forme de démagogie, l’art vise non pas uniquement la conviction émotionnelle, mais aussi le beau. Comme nous l’avons vu dans notre texte sur le beau, celui-ci implique une idée d’ordre, de travail sur les proportions, et la mise en oeuvre du principe de finalité. Ces deux éléments, le beau et la finalité interne, permettent d’entraîner l’imagination vers la raison. La causalité finale, qui permet de tout relier avec tout selon l’idée d’organisation, que l’on appelle aussi holisme, permet de discipliner l’imagination. Elle a également ses limites, car elle ne discrimine pas suffisamment les motifs du lien des choses, ce qui a en partie disqualifié ce type de raisonnement dans la science actuelle. Mais elle permet de discipliner le divers de l’expérience et met sur la voie des liens scientifiques, tout en permettant aux spectateurs d’explorer d’autres terrains de cette faculté que ceux de la calomnie, de la médisance, et du mensonge. L’art acquiert ainsi un rôle social positif.

La jeune fille à la perle – Vermeer – 1665

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