La lutte des classes ( Le mal de France 3/5)

Une polarisation sociale

Au renversement de la charité décrit précédemment s’ajoute la polarisation de la société en une organisation duelle qui va de paire avec une reconcentration des richesses, sans précédente depuis la crise des Subprimes de 2008. Les racines de cette dualité sociale sont très profondes. Elles sont essentiellement chrétiennes et monarchiques. Elles ont traversés les âges et les régimes et façonné un système social avec d’un côté les « pauvres » ou « faibles », et de l’autre les « riches et puissants ». On comprend pourquoi la disparition des classes moyennes, la seule véritablement républicaine, ne pose presque pas de problème à ces deux castes.

Cette polarisation trouve sa plus belle réussite dans le blocage social presque complet du pays. D’un côté, les « pauvres », les sans ou peu diplômés, détenteurs de très peu de capital. Gilets jaunes et autres. Ils se considèrent comme les victimes du système social. Ils fonctionnent encore selon un vieux logiciel marxien. Ils sont exploités par le capital. La sociologie « fixiste » celle d’un Bourdieu, leur donne raison: ils ne peuvent pas s’en sortir, les dés sont pipés. Alors, ils revendiquent, brûlent des pneus, n’acceptent pas le capitalisme. Ils refusent même de voir que l’Etat est en faillite, tant leur allergie à l’argent, enfin tant qu’on ne parle pas de leur argent, est puissante. Il refuse de considérer la contre-partie matérielle des choses. Ainsi Mélanchon peut-il soutenir que la France n’a pas à rembourser sa dette. Et quand on creuse un peu, on trouve un fond antisémitisme larvé, défendu par un monde de « petits » qui n’a toujours pas compris que la finance mondiale est bien plus dépendante des banques chinoises et des milliardaires arabes du pétrole que d’Israël.

Les détenteurs du capital financier

De l’autre côté, les riches. Les très riches, ceux qui n’ont pas besoin de travailler pour vivre. Cela même qu’on appelait les rentiers au XIXème siècle. Paradoxalement, mais ce n’est un paradoxe qu’à moitié, ils partagent entièrement ce même discours… qui leur est entièrement favorable! Oui, ils espèrent bien rester riche de génération en génération. Oui, ils ont le moyen d’acheter, si ce n’est de l’intelligence, au moins certains diplômes, et de fournir à leurs enfants une éducations qui n’a plus rien à voir avec celle des « pauvres »: activités en tout genre, moyens techniques (informatique), meilleures écoles, et voyages à l’étranger. Ils n’ont absolument pas l’intention de partager le capital avec les autres « pauvres ». Ils ont déjà du mal à se transmettre le capital entre-eux. Dès qu’un peut d’argent a pu être gagné, l’offshorisation est en route. Sous prétexte, pas totalement faux, que la France a sombré depuis l’élection de François Mittérand, ils sont prêts à tout pour frauder le fisc. (Ayons une pensée émue pour les chanteurs qui touchent les revenus de la SACEM en Suisse…).

Ces deux classes sociales sont d’accord sur une seule chose: la disparition de la classe moyenne. Les riches ne veulent pas prêter et souhaitent rester dans leur statut. Les pauvres… et bien c’est pareil. Et c’est presque pire, parce qu’ils n’acceptent absolument pas de voir l’un des leurs graver les échelons à la force de son travail et de sa volonté. C’est pour eux une remise en cause insupportable. Quoi? Il suffirait de travailler et de passer des diplômes pour s’élever socialement? Mais ce n’est rien d’autre que de la collaboration pure et simple! Il faut être pauvre et fier. Les riches sont nés riches, comme nous sommes nés pauvres. Ils n’y peuvent pas grand chose; ça se respecte. Mais prétendre qu’il est possible de changer de condition, voilà qui est insupportable. Même un ancien riche qui a fait faillite ne sera jamais un vrai pauvre.

De l’ascension tu paieras le prix

Voilà comment ces deux parties, par une singulière alliance des valeurs, démolissent la France. Au milieu, la réalité des chiffres, l’ascenseur social, le partage et la création de richesses, sont totalement étouffés. On le voit particulièrement bien dans l’absence ou la faiblesse des entreprises moyennes: soit vous êtes super riches, soit vous êtes artisan. Nous vivons dans un monde où il est mieux vu d’avoir pitié des pauvres que de les aider à s’en sortir.

Car l’ascension sociale se paie cash, au pays du conservatisme. Si l’on souhaite monter dans la hiérarchie sociale, il ne suffit pas de bien faire son travail. Il faut savoir jouer avec les codes des institutions. Travailler sur plusieurs générations. Surfer sur les modes économiques.

La puissance de l’éducation catholique, plus qu’un symbole

Rien n’illustre mieux cette collusion des opposés que l’organisation de l’éducation nationale. En forçant à peine le trait, nous avons d’un côté l’éducation privée catholique, dans laquelle les enfants sont poussés et motivés. Et de l’autre, l’éducation nationale, dont les bastions principaux, Henri IV et Louis le Grand recule, et qui renonce d’une manière générale à éduquer les enfants. Le public fait exactement l’inverse que le privé. Mais tous deux insistent sur la charité. On aura du mal à trouver un exemple plus puissant d’hypocrisie dans l’organisation sociale.

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