The Circle

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Le film The Circle, le Cercle, est une adaptation du roman éponyme de Dave Eggers. Il met en scène la rencontre d’Emma Watson, alias Mae, la nouvelle recrue, et Tom Hanks, alias Eamon, le grand patron, dans une entreprise de réseaux sociaux à mi chemin entre Google et Facebook. Si le film reprend les thèmes principaux du sujet: l’entreprise qui fonctionne comme une secte, nos vies diffusées sur les réseaux sociaux, il vaut surtout par la pertinence et la subtilité de son analyse sur les conséquences possibles d’une transparence absolue des activités d’un individu dans une communauté où chacun est relié à tous.

Mae est une jeune fille en tous points semblable à nous. Elle vit de petits boulots, dans un monde instable aux perspectives incertaines. Mais un jour, grâce à une amie, elle décroche The job de « rêve », community manager chez The Circle. D’un seul coup, comme on passe des barres HLM aux beaux quartiers en traversant le périphérique, sa vie bascule dans l’univers doré de la Silicon Valley.

 

The secte

The Circle n’est pas une entreprise, c’est une ville, semblable à ces gated community, ces logements américains regroupés dans des centres fermés à ceux qui n’en sont pas membres. On peut y vivre, et d’ailleurs Mae finit par y emménager à plein temps. Tout est fait pour faciliter les activités des membres / salariés: piscine, logements, salle de sport, cinéma, concerts le week end… Sortir devient vite inutile. Un staff médical à la pointe de la technologie est disponible 24 heures sur 24. Aujourd’hui, tout le monde sait, accéder à une bonne mutuelle est aussi important que d’accéder à un bon travail.

Très vite Mae découvre l’envers du décor, la contre-partie de toutes ces commodités. Son travail est évalué en direct par un logiciel. Sa performance s’affiche en permanence sous la forme d’un pourcentage sur son écran. Si le chiffre baisse trop, c’est la porte. Surtout, le travail ne se limite pas au travail au sens classique. Dans la nouvelle économie, Mae doit mettre son image au service de la société. Elle doit partager au moins une partie de sa vie sur les réseaux sociaux. Son temps libre, n’est finalement pas si libre que cela. Les fêtes et autres réunions « informelles » deviennent rapidement obligatoires. Elles sont même plus importantes que les réunions formelles et habituelles. Si sa santé, et même celle de sa famille, sont prises en charge, Mae se doit d’être au top, et les données collectées sont propriétés de l’entreprise. Mae, dont le père a une sclérose en plaque, n’a plus vraiment le choix. Elle devient un parfait petit soldat de la nouvelle économie.

Le film reprend les codes des films d’avocats, comme the Firm avec Tom Cruise, ou l’Avocat du diable avec Keanu Reeves. L’entreprise se substitut à votre famille, l’inclut dans son « cercle », brise les liens que vous pouvez avoir avec l’extérieur et s’arrange pour vous faire travailler pour elle en permanence. Tous les soit-disant avantages et cadeaux, membre d’un club, réduction voyage, organisation d’événements, deviennent autant de servitude permettant de faire baisser votre taux horaire et de rentabiliser votre salaire. Le discours de l’entreprise devient votre discours intérieur. L’ambiance devient vite étouffante. Comme les cercles de l’enfer de Dante, les employés deviennent prisonniers d’un système mental sophistiqué, alliant récompense et commandement. L’amie de Mae, submergée par les exigences et un travail mondialisé, dort de moins en moins et voit sa santé se dégradée tout au long de l’histoire. Elle se crispe, elle se cabre, jusqu’au moment où elle s’exclut elle-même du système et part vivre dans un champ en Ecosse. L’entreprise n’a même pas besoin de s’en séparer et de lui verser des indemnités.

 

La transparence moderne

The Circle reprend le thème de la transparence là où le Truman Show l’avait laissé. Dans ce fim culte, Jim Carrey incarnait un héros qui vivait dans une émission de téléréalité sans le savoir. C’était l’époque des premiers reality show, ces émissions télés entre réalité et nouvelles télénovelas, soap opera ou feuilleton pour adolescents (ah qu’il est loin le temps où l’on buvait un chocolat au lait en regardant Happy days

après l’école!). Des millions de spectateurs regardaient un homme qui se croyait libre, qui croyait vivre une vie normale, mais qui n’était qu’un pantin dans un monde parfait totalement préfabriqué. Jim Carrey mimait la prise de conscience d’un homme qui se rend compte que son existence n’est qu’une construction sociale et qui tente de recréer une vie et une intimité.

Aujourd’hui, la question ne se pose même plus. La vie des membres de the Circle est diffusée en directe sur internet. H24. Toutes les frontières entre l’intime, le privé, le public et même le spectacle sont abolies. The Circle lance un nouveau produit génial: une mini caméra de la taille d’un bouton de chemise, connectée en wifi partout. Internet peut ainsi entrer littéralement partout, tout connecter, tout partager, surveiller, tout contrôler. The Circle développe également une autre technologie équivalente, mais permettant cette fois de contrôler les constantes internes du corps. Mae avale le capteur lors de sa première visite médicale. Elle ne peut rien cacher à son employeur. Refuser l’usage des données, supposément agrégées à celles des autres utilisateurs, est évidemment impossible. Comment refuser cette « aide » venant d’un si merveilleux employeur?

A l’intérieur de notre corps, dans notre emploi, avec nos amis et nos parents, toute notre vie est maintenant disponible, diffusée en directe, contrôlable et contrôlée.

 

Le contrôle social total

Derrière l’utopie de la transparence, du partage et de l’efficacité, c’est une société du contrôle social total, pire encore que celle imaginée par Orwell dans 1984, qui est à l’oeuvre grâce aux technologies de l’information. La dystopie va poser les trois principes permettant de justifier ce nouveau monde.

L’anneau de Gyges, transparence contre invisibilité

Lors d’un entretien qu’ils ont ensemble, Tom Hanks demande à Emma Watson quel est son secret, ce qu’elle lui cache. Emma / Mae révèle alors à son patron qu’elle est déjà venue dans son bureau. Tom, alias Eamon Bealey lui demande alors: « Et maintenant que tu as dit la vérité, comment te sens-tu? ». « Je me sens mieux » répond Mae, en toute simplicité, toute honnêteté.

Eamon organise alors un symposium avec Mae. Devant tous les salariés de l’entreprise, Eamon et Mae ont la conversation suivante, qui questionne la place de la vérité et du mensonge:

-Que se passe-t-il quand tu es seule, quand personne ne t’observe?

-Et bien déjà, je vole des kayaks! (rire de la foule) Sérieusement je fais des choses que je veux pas faire. Je mens.

-Quand on en n’a parlé l’autre jour, tu as dit quelque chose de très intéressant, de très directe. Tu peux nous le redire s’il te plaît?

-J’ai dit que les secrets sont des mensonges.

-« Les secrets sont des mensonges ». Continue.

-Ce sont les secrets qui rendent les crimes possibles. On se comporte mal quand on se croit à l’abri. Je me suis mal conduite (elle a volé un kayak) parce que j’ai cru que j’étais toute seule (invisible aux autres).

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La scène du dialogue entre Mae et Eamon est située pile au milieu du film

L’équivalence entre secret et mensonge permet de justifier une société transparente, où ils seraient impossible de cacher quoique ce soit: sa santé, ses actions, ses échanges avec les autres. Une société qui nous délivre du poids de notre propre égoïsme, qui nous pousse à toujours vouloir plus que les autres, et ainsi à devenir injuste, à commettre des vols, dès que l’occasion se présente. Il en est de même du mensonge, qui est une sorte de vol de la vérité ou de la réalité. Avouons que l’argument est particulièrement séduisant. Il s’agit bien cependant d’un sophisme. Tous les secrets ne sont pas des mensonges. Très souvent l’amour, pour ne prendre qu’un seul exemple, est d’abord un secret, cela n’en fait pas un mensonge, bien au contraire.

La thèse du film cependant, nous renvoie au mythe de Gygès, utilisé par Platon dans La République et dont nous avons déjà parlé dans notre critique du Seigneur des Anneaux. Ici, le symbole de l’anneau est retourné contre lui-même. La caméra miniature toujours connectée inventée par the Circle, est comme l’œil de Sauron, rien ni personne ne peut lui échapper. Gygès, celui qui détient une bague d’invisibilité, et s’en sert pour conquérir le trône de son pays, est impossible dans le monde de the Circle. La transparence est totale. Le rêve de Platon est en quelques sorte exaucé: l’injustice devient impossible en même temps que le mensonge, la dissimulation, le vole, l’invisibilité procurée par l’anneau, deviennent totalement impossibles. Le vœu moral kantien de l’impossibilité du mensonge est parfaitement réalisé également.

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Mais que reste-t-il de nous cependant, si l’on nous enlève nos mensonges? Et l’on voit bien, tout aussi paradoxal que cela puisse paraître, que la possibilité de mentir est l’une des garanties de notre liberté sociale (si ce n’est moral). Sur ce point d’ailleurs les lois américaines et françaises divergent largement. Aux Etats-Unis, le mensonge est condamnable et condamné. D’où toutes les querelles sémantiques sur les aventures de Bill Clinton dans le bureau ovale. Mais en France, le mensonge, tant qu’il n’est pas formalisé dans des faux documents, n’est pas légalement condamnable. Chacun pourra se faire une idée de la question. C’est en tout cas l’alternative très intelligemment posée par le film: la transparence serait la garantie d’une parfaite l’honnêteté, d’une justice d’un nouvel ordre, d’une vérité enfin affichée.

La transparence rendue possible par les nouvelles technologies réduit le champ du mensonge. C’est ce que nous promet également la block chain, la transparence complète des contrats, sans avocats, sans notaires. Le contrat, la parole donnée, garantie par informatique. Mais la contre-partie est la hausse exponentielle du contrôle social et son accaparement par quelques sociétés informatiques toutes puissantes. Sommes-nous prêts à payer ce prix? Le mouvement semble pour l’instant incontrôlable.

 

L’expérience individuelle ou collective?

Vous avez la tête qui tourne devant ces enjaux? C’est normal! Et pourtant, ce n’est pas tout, le film va encore plus loin, encore plus fort, et à l’aide des deux principes restants, il attaque de front la question de l’expérience individuelle et de la communication entre les hommes.

Eammon continue sa discussion avec Mae:

-Alors tu peux nous parler de cette excursion en kayak, raconte-nous un peu. Tu as vu de belle chose?

-Oui, la lune était presque pleine, et j’ai eu l’impression de pagayer sur une mer de mercure.

-Cela a dû être incroyable! Mais il ne reste aucune trace de tout cela.

-Non, seulement dans ma mémoire.

-Bon, je voudrais passer à quelque chose de plus personnel. Comme vous le savez tous, j’ai un fils Gunner, qui souffre d’infirmité cérébrale. Il a une vie très riche et on essaie de lui faire faire beaucoup de choses. Mais il est condamné à rester dans un fauteuil roulant. Il ne peut pas marcher, courir, ou aller faire du Kayak. Donc que fait-il s’il veut éprouver toutes ces sensations? Et bien il regarde des vidéos. Et la plus grande partie de ce qu’il éprouve lui vient des autres. S’il voit l’un des membres de The Circle escalader le mont Kenya, il a l’impression de vivre cette ascension (…). Ses expériences extraordinaires, il les vit parce que des gens ont accepté de les partager avec d’autres. Trouves-tu normale de nous avoir privé du spectacle merveilleux dont tu as profité?

-Non. Je sais que j’ai eu tort. C’était très égoïste. Priver les autres d’expériences comme celles que j’ai vécues, c’est leur voler quelque chose qui leur revient. La connaissance fait partie des droits humains. L’accès aux expériences vécues par l’humanité fait partie des droits humains.

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Avec Secrets are lies, les deux autres principes de The Circle: Partager c’est prendre soin des autres, La vie privée, est une forme de vol.

Le propos peut étonner par sa radicalité. La vie d’une personne ne pourrait donc jamais prétendre à la moindre intimité? Tout absolument devrait être partagé? Cela paraît étrange, mais c’est en fait une autre – décidément- attaque frontale adressée à une certaine lecture de la philosophie kantienne de l’intersubjectivité qui est à l’oeuvre.

L’expérience esthétique, devant une oeuvre d’art ou devant la nature, est supposée être totalement subjective, personnelle. Elle touche à la sensibilité, et pas à la raison, ce qui devrait la disqualifier dans l’accès à l’universalité. « Des goûts et des couleurs, on ne discute pas », ou encore « chacun son goût ». Et pourtant, discuter des goûts et des couleurs, on ne fait que cela. On en discute dans la vies de tous les jours beaucoup plus que des accords et désaccords de la théorie générale et de la mécanique quantique. Et ceci parce que l’expérience esthétique est constituée de telle sorte qu’elle porte en elle-même la capacité à être communiquée. Quand nous disons qu’une oeuvre est belle, nous supposons que tout autre personne que nous pourrait la trouver belle. Il y a de l’universel même au plus profond de la sensibilité singulière. Telle est la magie de la sensibilité humaine. Ce n’est pas une expérience repliée sur elle-même et incommunicable. Au contraire, elle porte avec elle la possibilité, l’élan, vers une communication.

C’est beau, c’est magnifique. Certains fondent une philosophie du sentiment sur cet argument de l’intersubjectivité. C’est la cas de Luc Ferry avec sa philosophie de l’amour. Mais cette thèse n’est pas exempte de toute critique. D’abord, si l’on fonde une philosophie sur les sentiments, quand bien même ceux-ci seraient positifs, on se place en position de se voir objecter le poids des émotions négatives, et notamment de la haine. Secondement et sans doute plus profondément encore, il est particulièrement difficile de tracer la frontière entre l’intersubjectivité et le contrôle du groupe. C’est cette frontière que the Circle propose d’abolir.

De quel droit priverions-nous un infirme des expériences de vie d’un valide? L’argument peut paraître absurde, surtout vu d’Europe. Il est évident qu’un invalide ne va pas avoir la même vie qu’un valide. Cette différence n’a rien d’essentiel, cela n’empêche pas l’invalide et le valide d’être égaux en droit et en dignité. Cela n’empêche ni l’un ni l’autre de tenter de s’améliorer, en morale et en fait. Mais aux Etats-Unis la question ne se pose absolument pas dans ces termes. Elle se pose dans le cadre d’une égalité non pas formelle, mais réelle. Dans ce passage à la réalité, la question devient par exemple: pourquoi un blanc pourrait-il escalader le mont Kenya, et pas un noir? Pourquoi un asiatique devrait-il manger du riz, et pas un blanc? Pourquoi un homme pourrait-il être un footballer et pas une femme? Aussi incroyable que cela puisse paraître, le football en compétition a été interdit aux femmes en Allemagne jusqu’en 1971. En franchissant certaines digues, c’est toute individualité irréductible à une universalité qui devient condamnable et vécue comme une injustice, ressentie émotionnellement comme une rupture d’égalité inadmissible. Dans un épisode de Star Trek, Next Generation, la femme médecin de l’entreprise, Berverly, en vient à contester aux hommes le droit de porter la barbe, au nom du fait qu’elle-même n’aurait pas de barbe, et vivrait cela comme injuste. Est-ce totalement absurde? Du point de vue du réalisme, de l’objectivité et de la raison, sûrement. Nous sommes tous différents, c’est ce qui fait que la communauté et la communication est créatrice de richesse morale et d’un élargissement de l’expérience. Mais du point de vue du sentiment, et particulièrement du sentiment de justice? Du point de vue de l’égalité réelle? The Circle nous le dit: à partir du moment où la technologie permet le partage et permet d’égaliser les conditions réelles, il devient par principe impossible de les refuser.

Si l’intersubjectivité prime sur l’individu, tout expérience doit être partagée. Mais si toutes les expériences sont partagées, elles tomberont immanquablement sous le jugement du groupe. L’expérience de Mae est belle, naturelle, apparemment consensuelle. Mais qu’en est-il de l’expérience de son ami, qui crée des lustres à partir de bois recueillis sur des cerfs? L’intersubjectivité obligatoire ne garantit pas l’accord universel. L’universalité du goût n’est pas systématiquement au rendez-vous du groupe. L’ami de Mae est poursuivi par les caméras. Il essaie de s’enfuir. Il est pourchassé par les followers de Mae. Il envoie son véhicule par delà une rambarde de sécurité, plonge dans le fleuve en contre-bas et se tue. Sans vie privée, sans intimité, sans refus possible du contrôle, le groupe devient le tyran, plus puissant qu’aucun Etat ne l’a jamais été. Le groupe ne respecte pas l’intimité, les préférences individuelles. Il devient un tyran de conformisme et instaure une justice d’une efficacité jamais vue auparavant. Une justice qui peut sombrer dans la vindicte et la chasse aux sorcières, réelles ou supposées.

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Le Léviathan – Gustave Doré

Qui gardera les gardiens?

La situation, heureusement, n’en est pas là. Et ne le sera peut-être jamais. La dystopie est aussi une caricature permettant la présentation la plus pure possible des principes et mouvements sous-jacents, aux potentialités des réseaux sociaux. Pour contrer ce déchaînement du conformisme de groupe, il existe déjà des outils. L’une des solutions à la télé-réalité permanente est dans la régulation des contenus. Les principaux réseaux sociaux emploient des armées de « modérateurs », vigilants gardiens de la morale et des mœurs dans les échanges informatiques. Cette profession est l’une de celle connaissant les plus forts taux de rotation (turn over) de toute l’industrie. Les modérateurs, soumis nuits et jours à des contenus insupportables ne tiennent que quelques mois en poste ( https://metier-outsourcer.com/metiers/moderateur-un-metier-penible/ ). Ils utilisent deux outils: la déclaration des participants des réseaux sociaux, qui pratiquent ainsi une forme d’auto-régulation, et l’utilisation de charte de contenu.

On peut polémiquer sans fin sur la liberté d’expression. Mais le sujet principal n’est pas là. Les lois sur la liberté d’expression existent déjà: très permissives aux Etats-Unis, ou plus restrictives en France, interdisant la haine et l’appel à la violence. Dans tous les cas, nous sommes, du point de vue philosophique, dans ce qu’Habermas a appelé l’Ethique de la discussion: la mise en place de règles du dialogue, permettant une communication pertinente. Le but d’Habermas est de sauver l’intersubjectivité de ses écueils, comme le font déjà les lois sur la liberté d’expression. Ce débat est vieux comme la presse, vieux comme la démagogie qui sévissait déjà dans la Grèce antique. Ce qui est nouveau en revanche, c’est que ce contrôle échoit de manière plus ou moins légale aux réseaux sociaux eux-mêmes, dans le cadre d’une communication mondialisée.

A la fin de The Circle, Mae décide de retourner le système contre lui-même. Si tout le monde doit se soumettre à cette transparence qui sauve des vies, nous allège du poids des mensonges, améliore tout dans notre vie, les grands possesseurs de ces technologies, les capitalistes derrière le voile de la technologie, doivent également faire preuve d’une transparence totale. Mae répond ainsi à la question de Tocqueville sur la démocratie. Si la démocratie doit toujours vérifier partout l’égalité, et si l’autorité aura le contrôle de cette égalité, qui, demande Tocqueville, contrôlera les gardiens? En d’autres termes, à qui profite le crimes, qui bénéficient in fine de cette transparence? Les possesseurs des GAFA, bien sûr, plus riches que jamais furent aucun humain dans toute l’histoire de l’humanité. Si puissants qu’ils seraient capables d’influencer les cours des élections démocratiques s’ils utilisaient les réseaux sociaux pour orienter les convictions et les votes des électeurs (voir la Saison 3 de House of cards, le scandale présumé des rôles de Facebook et de la Russie dans l’élection de D. Trump ).

Parmi les réponses possibles, la question du démantèlement des GAFA, ou de la limitation de l’accroissement de leur pouvoir, est plus que jamais d’actualité. Cependant, une réalité prosaïque éloignée des principes permet aussi de relativiser. Les contenus les plus consultés sur le Web restent les histoires drôles et les contenus pornographiques. Il y a toujours des voleurs, et chaque contrôle appelle une nouvelle méthode pour le déjouer. Tout le monde n’accepte pas d’exposer sa vie sur les réseaux sociaux. Ceux qui le font tiennent rarement longtemps. Et bientôt, un nouveau produit, un nouveau service, vient en chasser un ancien, restaurant les réputations de tous. Les identités se dissimulent derrière des pseudo et les représentations de nous que nous mettons sur les réseaux sont loin d’être un reflet parfait, qui n’existe pas, de notre vie et de nos potentialités.

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