L’erreur de Ricardo – ou la mondialisation sauvage (4/5)

Avouons le tout de suite, il est abusif de parler d’erreur en au sujet de la théorie de l’avantage comparatif de Ricardo. Prise à la lettre, le texte ne propose aucune théorie définitive. C’est surtout la généralisation, l’extension et l’application irraisonnée d’une partie des idées de Ricardo, qui pose problème et montre une fois de plus les dégâts d’une certaine rationalisation économique.

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David Ricardo 1772-1823

L’avantage comparatif

RicardoLa thèse qui a rendu Ricardo célèbre et l’a élevée au panthéon des économistes, est développée au livre VII de son chef d’oeuvre Des principes de l’économie politique et de l’impôt. La tradition économique a retenu que Ricardo démontrait comment des pays n’ayant pas les mêmes conditions de productivités concernant des biens différents pouvaient tout de même échanger au bénéfice de tous. Ricardo est ainsi devenu l’est l’un des penseurs fondamentaux de la mondialisation économique.

L’écriture de Ricardo est complexe. Il ne développe
en fait jamais de thèse réelle et complète. Ricardo procède par exemples, hypothèses, et suit les différents scénarios possible d’une même situation. Ainsi l’Avantage comparatif n’est qu’un cas parmi d’autres de l’échange entre des pays. Ce n’est jamais une loi absolue de l’échange. Mais le texte est difficile à suivre. Le raisonnement fonctionne un peu à la manière de celui des rabbins lorsqu’ils délivrent l’enseignement du Talmud. Ricardo était juif. Il a commencé à travaille à 14 ans et il est fort probable que le Talmud soit sa seule formation intellectuelle.

Ricardo prend le célébrissime exemple du Portugal et de l’Angleterre. Chacune produit du vin et du drap. Mais le Portugal est plus productif pour ces deux produits. Il montre, que sous certaines conditions, l’Angleterre et le Portugal sont tous deux gagnants si chacun se spécialise dans la production d’un produit et qu’ils subviennent à la variété de leurs besoins en s’échangeant ces produits. En effet, même si le Portugal est plus productif dans les deux produits, il est tout de même plus productif dans sa production de vin que dans sa production de drap. On dit que le Portugal est relativement plus productif pour le vin que pour le drap. L’Angleterre de son côté est moins productive pour les deux produits, mais elle est relativement plus productive pour le drap que pour le vin. L’Angleterre a intérêt à se spécialiser dans la fabrication de drap et à l’échanger avec le Portugal. Ainsi, en s’appuyant sur les productivité relative, ou l’avantage relatif, tout le monde est gagnant.

Il est assez inutile de présenter les calculs, que Ricardo n’a d’ailleurs pas produit, pour défendre cette théorie. (Pour ceux que cela peut intéresser, une présentation complète est faite sur le site Bases, dédié aux sciences économiques et sociales: https://wp.unil.ch/bases/2013/04/david-ricardo-et-les-avantages-comparatifs/)

Les objections que l’on peut faire à cette théorie sont évidentes, et correspondent aux hypothèses qui soutiennent le raisonnement. Listons les principales:

-Il n’y a donc aucun chômage, ni en Angleterre, ni au Portugal? Les salariés ou artisans du drap et du vin qui vont abandonner leur production vont tout naturellement retrouver du travail dans l’autre production? Evidemment non. Il est fort plus probable que la hausse des exportations de l’un des produits entraîne une hausse de sa production, mais que la production de l’autre produit reste longtemps équivalente.

-Les productions quantitatives de drap et de vin vont augmenter. Le marché, la demande va-t-elle pouvoir absorbée toute cette hausse? A cette question, il n’y a pas de réponse parfaite. Peut-être que oui, peut-être que non. Il faudrait un calcul très savant, et aux résultats instables, pour trouver une solution probabiliste.

-Qu’en est-il du rôle de la monnaie? La variation des valeurs relatives des deux monnaies, et ce quelques soient les avantages des pays, peuvent modifier tous les termes de l’échange. La question était d’autant plus complexe au temps de Ricardo que la valeur de la monnaie dépendait de son indexation à l’or et aux réserves d’or des différents pays. Dans les deuxièmes et troisième partie du chapitre, Ricardo revient sur ces questions monétaires. Il ne pose jamais la question d’un pays qui maintiendrait sa monnaie aussi basse que possible par rapport à celle de ces concurrents. C’est pourtant ce qu’il se passe avec la Chine, ou ce qu’il s’est passé pendant les Trente glorieuses, où les bien nommées dévaluations compétitives permettaient à la France, à l’Italie et à d’autres pays, de restaurer leur compétitivité internationale.

-Où vont aller les profits? Ricardo, comme Smith, présuppose que les profits générés dans un pays vont être réinvestis dans ce même pays. Ils ont tous deux un biais nationaliste fort. On ne peut pas taxer Ricardo d’illustrer la thèse du juif capitaliste apatride près à investir partout dans le monde en reniant la nation qu’il l’accueille. Et pourtant, si la production de vin au Portugal est plus rémunératrice que celle de vin en Angleterre, pourquoi le capitaliste anglais n’investirait pas au Portugal? Pourquoi, pour employer le terme moderne, ne délocaliserait-il pas sa production dans un pays où la productivité est meilleure? Il n’y a aucune raison

Les Corn Law

Jonathan's coffee house 1ere bourse
Le Jonathan’s coffee house, pub où se rencontrait les agents de change londonien, et parmi eux Ricardo, est considéré comme la première bourse au monde.

Ricardo présente bien ses analyses comme des hypothèses. « La situation peut être telle en Angleterre que la production de vin… », « Au Portugal, la production de vin pourrait n’exiger que… » (Edition GF pages 154, 155). Tout est hypothétique, et cela d’autant plus que Ricardo avait en vue une situation tout autre, celle de l’importation en Angleterre de blé étranger. Ricardo, devenu membre du Parlement, était contre les Corn Law de 1819. Dans ce cas précis, mentionné dans une simple note, la théorie prend un relief tout différent.

« Il apparaît donc qu’un pays bénéficiant d’avantages considérables en matière de machines et de savoir-faire, capable donc de fabriquer des marchandises avec beaucoup moins de travail que ses voisins, peut, en échange de ces marchandises, importer une partie de la quantité de blé nécessaire à sa consommation, et ce, même si sa terre est plus fertile… » (GF, p155)

Le but de Ricardo était de contribuer au développement de l’industrie anglaise. L’importation de blé permet de réorienter le capital et la main d’oeuvre sur l’industrie.

La postérité d’une idée

L’idée de Ricardo est devenue une thèse absolue. La division du travail, et le libre échange ne sont plus cantonnés à une nation, mais élargie au monde entier. L’échange n’est plus forcément vu comme une source de profit et de puissance unilatérale, enrichissant uniquement celui dont la balance extérieure est positive, celui qui vend plus qu’il n’achète, comme la théorie dite Mercantiliste le soutenait. L’échange international est désormais considéré comme un vecteur de progrès économique pour tous. La division du travail ne concerne plus uniquement les tâches, comme chez Platon, ni les étapes de production, comme chez Adam Smith, mais également les pays. C’est la division internationale du travail Il s’agit bien du monde dans lequel nous vivons: les Etats-Unis conçoivent des i-phone, et la Chine les produits.

L’OMC, l’Organisation Mondiale du Commerce, est née en 1995, en remplacement du GATT, General Agreement on Tariffs and Trade, fondé en 1947, après la Seconde Guerre mondiale. L’OMC a pour but d’organiser et de promouvoir le commerce mondial, essentiellement en baissant les droits de douane. L’OMC se réfère directement à Ricardo.

https://www.wto.org/french/thewto_f/whatis_f/tif_f/fact3_f.htm

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L’évolution du commerce mondial, indicateur suivi par le FMI, est considéré comme l’un des indicateurs majeurs permettant de modéliser la croissance mondiale.

Cependant, comme nous l’avons vu, la théorie n’est pas suffisamment solide. Le libre-échange au niveau international repose finalement sur une idée très abstraite, qui voudrait que tout s’équilibre pour le mieux à la fin. C’est le retour de la « main invisible » de Smith.

L’avantage absolu d’Adam Smith

La théorie de Ricardo est supposée corriger l’idée précédente d’Adam Smith. Smith défendait l’Avantage absolu. « Si un pays étranger peut nous fournir une marchandise à un meilleur marché que nous sommes en état de l’établir nous-même, il vaut mieux que nous lui achetions avec quelque partie de notre industrie, employée dans le genre dans lequel nous avons quelques avantages. » (Richesses des nations, livre IV, chp 2, Des entraves à l’importation seulement des marchandises étrangères qui sont de nature à être produites par l’industrie). Les conséquences sont bien différentes de celle de Ricardo. Si un pays ne produit rien moins cher qu’un autre, il aurait tout intérêt à tout acheter à l’étranger. Mais évidemment cette position est intenable, puisque ce pays se ruinerait automatiquement.

La théorie de Smith conduit directement à l’établissement de barrière et d’un protectionnisme. Un pays qui ne produit pas moins cher qu’un autre devra se protéger des vents du commerce international en mettant en place une série de mesure, comme les droits de douane, pour corriger la différence de prix, ou encore les subventions aux secteurs trop fragiles pour ne pas pouvoir supporter la concurrence internationale. Rappelons que pour Smith, il est inutile de bloquer les mouvements de capitaux, puisque les investisseurs veulent en grande majorité investir dans leur pays. La question du contrôle international du capital ne se pose pas plus pour lui, que pour Ricardo.

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Heures et malheurs de la mondialisation

Bien loin de répondre aux hypothèses de Ricardo, de l’OMC, ou aux présupposés de la théorie économiques classique, que personne, sauf l’Union européenne, ne prend réellement au sérieux, la mondialisation est un véritable champ de bataille. Les situations sont si variées et complexes qu’il est difficile de faire un réel bilan.

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Quelques exemples:

-Le rôle joué par les Institutions Internationales dans le développement du commerce mondial est sujet à toutes les critiques. Le FMI, quand il accorde ses prêts de dernier recours exige en contre-partie une libéralisation de certains secteurs. C’est ce qu’il appelle les « ajustements structurels ». La conséquence est bien souvent l’ouverture inconsidérée (ou considérée si l’on est un peu paranoïaque) de pays extrêmement fragilisées aux vents de la prédation mondiale. Comment un pays qui ne parvient plus à faire tourner son économie pourrait bénéficier de se retrouver en concurrence directe et frontale avec le reste du monde, et surtout les exportateurs du reste du monde? Le bon sens suffit à répondre: c’est impossible. Son économie intérieur sera en grande partie détruite. Il ne parviendra peut-être jamais à s’en remettre. Argentine, Haïti, Grèce… Dès que le FMI, ou la Banque mondiale, passent, l’économie locale s’effondre et les exportateurs des pays sains en profitent sans aucun scrupule.

La cas d’Haïti est assez exemplaire. Il est https://www.persee.fr/doc/tiers_1293-8882_2006_num_47_187_5676

-En 1986, après un coup d’Etat, Haïti ruinée demande l’aide du FMI. En échange d’un prêt, le FMI exige la libéralisation de l’agriculture. Le résultat fut immédiat. Le riz étranger, et notamment américain, moins cher que le riz local, a détruit l’économie locale. Les petits paysans se sont entassés dans les villes, sans trouvé d’emploi de substitution. En mars 2010, Bill Clinton, ancien président des Etats-Unis, déclare devant la Commission des affaires économiques du Sénat américain, : «  Depuis 2010, Les Etats-Unis ont suivi la politique suivante: -Nous, les pays riches, produisons beaucoup de nourriture. Nous devrions la vendre aux pays pauvres pour les soulager de la charge de produire leur propre alimentation, afin que, grâce à dieu, ils puissent parvenir directement à l’âge industriel. Cela n’a pas fonctionné. Cela a peut-être été bon pour quelques fermiers en Arkansas (l’Etat donc B. Clinton était gouverneur). Mais cela n’a pas marché. C’était une erreur. Une erreur à laquelle j’ai contribué (…). Je l’ai fait et je dois vivre avec les conséquences de la perte pour Haïti de sa capacité à produire du riz et à nourrir ses habitants« .

Le même type de libéralisation du marché agricole a eu lieu au Ghana, avec les mêmes conséquences. Le riz international a remplacé le riz local. Dans les deux cas, c’est le riz américain, notoirement subventionné et déjà produit par une agriculture intensive ultra moderne, qui en est sorti seul vainqueur. Ce n’est pas sans une certaine ironie que le constant dressé par Bill Clinton reprend exactement la situation réelle à laquelle Ricardo avait à faire: production agricole contre production industrielle. Comme à l’époque du débat sur les Corn Laws chez Ricardo, l’idée est de dire que la sous-traitance internationale de l’industrie alimentaire permet un meilleur développement de l’industrie manufacturière. La comparaison s’arrête là. Haïti, le Ghana ou la Grèce ne sont pas suffisamment industrialisées. La réalité de l’aide du FMI fait l’inverse de ce que recommandait Ricardo: déposséder de leur agriculture des pays pauvres pour la relocaliser dans les pays riches.

Qui plus est, le riz américain étant subventionné, tout ce passe comme prévu par Ricardo un peu plus loin dans son traité:  » Ainsi, une prime (une subvention) )à l’exportation de blé n’a pas pour effet ultime d’augmenter ou de diminuer le prix sur le marché intérieur, mais de réduire le prix du blé pour le consommateur étranger. (…) Une prime encourage toujours l’agriculture du pays exportateur. » Ricardo décrit ensuite tous les ajustements de l’offre et de la demande qui vont modifier les prix et l’équilibre dans les différents pays. Mais là encore il fait l’hypothèse de marché parfait, d’ajustement théorique, sans tenir compte d’une quelconque situation.

-Le cas de la Corée du Sud est également exemplaire. Après la guerre avec les Etats-Unis, la Corée du Sud a décidé de bâtir une économie moderne. Elle a choisi de lancer un programme de « protection des industries naissantes », dirigé par l’armée. Ce programme comprenait notamment la création d’une industrie sidérurgique nationale, garant d’une certaine indépendance dans la fabrication des infrastructures et des armes. Le projet a été rejeté par toute la communauté internationale. La Corée a néanmoins réalisé son projet. Posco, la société ainsi créée est toujours l’un des leaders mondiaux de la sidérurgie.

-L’Europe, ouverte aux quatre vents, subit de plein fouet la déréglementation voulue par les instances européennes. Seuls quelques secteurs industriels, comme l’automobile et l’aéronautique, resistent encore aux forces de la mondialisation. Il est clair et depuis plusieurs années déjà, que la doctrine économique européenne conduit la construction dans le mur. La disparition de la production de téléviseurs en donne une représentation chimiquement pure. Tout est expliqué dans l’excellent article de Véronique Ngyen :

http://premium.lefigaro.fr/vox/economie/2016/02/03/31007-20160203ARTFIG00286-bruxelles-pourquoi-l-europe-ne-fabrique-plus-de-televiseurs.php

« Depuis la loi de 1969 sur la promotion de l’électronique, celle de 1973 sur le développement des complexes industriels, la Corée a en effet subventionné l’exportation de produits électroniques, directement ou indirectement via des exonérations fiscales, financé l’investissement dans la recherche et les capacités de production, protégé son industrie avec des barrières douanières. Du côté européen, au nom du libre fonctionnement des marchés et du refus du protectionnisme, on a toléré les ventes à perte de concurrents agressifs. »

Les Samsung et LG ont vendu a perte sur leurs propres marchés, soutenus par un tissu d’exonération fiscale et de subventions plus ou moins déguisées. L’Europe, enfermée dans ses règles juridiques, n’a commencé à regarder le dossier qu’une fois le mal fait, c’est-à-dire, bien trop tard pour sauver quoique ce soit.

Tout récent, le secteur du sucre a été libéralisé. Alors que l’Europe était leader mondial, ses positions sont attaquées de toutes parts: subvention de la production en Inde, interdiction de certains produits chimiques en France uniquement… Le destin de la filière n’est que trop clair.

https://www.lejdd.fr/Economie/sucre-pourquoi-le-secteur-est-en-danger-3898313

Encore un exemple édifiant sur l’alimentation:

http://premium.lefigaro.fr/conso/the-pistaches-viande-pres-d-un-produit-importe-sur-quatre-ne-serait-pas-aux-normes-20190606

La synthèse Paul Krugman

Ces différents problèmes, tous induits par une théorisation excessive et une idéologisation de l’économie remplaçant trop souvent le simple bon sens ont été identifiés par certains économistes, comme Paul Krugman.

Prix Nobel d’économie pour ses travaux sur « Les effets des économies d’échelle sur les modèles du commerce international et la localisation de l’activité économique », Krugman conclut qu’il est impossible de montrer que le libre-échange soit supérieur au protectionnisme. Seule l’analyse de la situation permet de savoir si l’échange sera gagnant-gagnant, ou gagnant perdant. Il faut d’adapter à la situation, ce qui explique que Krugman soit parfois un défenseur de la mondialisation, quand il défend les échanges entre égaux qui permettent d’étendre les choix offerts aux consommateurs, comme quand la Suède importe des BMW et exporte des Volvo et que l’Allemagne fasse l’échange inverse. Ou parfois un défenseur du protectionnisme, lorsqu’il explique que la politique monétaire chinoise, qui consiste à vendre systématiquement ces RMB contre des Dollars américains sert à dévaloriser perpétuellement sa monnaie en augmentant toujours celles des USA pour financer tout son développement économique par les exportations.

Les moyens de soutenir une économie et de lutter contre le libéralisme concernent tous les postes qui peuvent être directement ou indirectement subventionnés par l’Etat. Les principaux leviers, qui correspondent à tous les angles morts, ou toutes les hypothèses réputées équivalentes, selon la formule « tout étant égal par ailleurs », sont les suivants:

-Les droits de douane

-La politique fiscale sur les profits (par exemple les conditions préférentielles accordées par l’Irlande et le Luxembourg aux sièges sociaux d’Apple ou de Mac Donald).

-La politique fiscale sur la protection sociale (en Chine, pas de protection ou très peu).

-La TVA (d’où la célèbre TVA sociale, ou la TVA réduite pour les restaurateur).

-Les subventions diverses (comme les subventions européennes à l’aéronautique, ou américaine à l’agriculture, ou encore les subventions à la recherche et développement, qui font en France l’objet d’un contrôle très relatif).

-Les normes techniques et de sécurité

-Les investissements d’Etat, dont se demande bien pourquoi il seraient entièrement soumis à la concurrence internationale.

-La protection des industries et techniques « sensibles », c’est-à-dire militaire ou liée à l’industrie militaire (carte à puce spécifique, technologie balistiques, cryptologie…)

-La commande publique, dont la commande publique et la recherche militaire (rappelons qu’internet a été développé par l’Etat américain, d’abord au sein de l’armée)

-L’existence plus ou moins large de services publiques: eau, électricité, éducation, internet, armée, etc.

-Le contrôle de la valeur de la monnaie. Ce point inclut les investissements fait via des paradis fiscaux, par exemple le circuit Delaware, îles Caïman, Pays-Bas, Luxembourg, reste de l’Europe, qui sert à faire ressortir les dividendes d’Europe vers les Etats-Unis à moindre coût fiscal.

-Les ressources naturelles d’un pays (pétrole, tourisme, matières premières, climats, population, etc).

-Les investissements à perte massifs générés par l’abondance de liquidité: Uber est un cas typique. La firme californienne est un aspirateur à liquidité, concurrence les taxis dans le monde entier, mais n’a pas dégagé depuis sa création la moindre rentabilité. De même, Amazon a longtemps été déficitaire, et son activité distribution reste faiblement contributrice à son résultat. Sans les bénéfices du Cloud, Amazon pourrait-il faire chanceler toute la distribution mondiale?

On voit clairement qu’il est impossible de que tous ces facteurs s’ajustent automatiquement au niveau mondial. Les hommes ne sont pas des machines.

A tous ces éléments classiques, les Etats-Unis ont ajouté une arme complémentaire et complètement déloyale: la justice extra-territoriale. L’exemple majeur est celui de l’Iran. Quiconque commercera avec l’Iran, achètera son pétrole, vendra ou produira sur place, se verra interdire le marché américain. L’Europe ne fait rien. Cet élément permet tout simplement de contourner toute la législation internationale sur le commerce, y compris les accords signés devant l’OMC.

Les conséquences pour la politique européenne

Euro trade
https://www.touteleurope.eu/actualite/le-commerce-exterieur-de-l-union-europeenne.html

L’une des conclusions que l’on peut tirer de ces analyses concerne les réformes à faire dans l’Union européenne.

-Il n’est pas possible de suivre les dogmes libéraux aveuglément. Les seules amendes pour concurrence déloyale sont insuffisantes. Elles ressemblent plus à un impôt qu’à une correction du marché. Pour restaurer l’égalité, il faudrait simplement bannir les firmes du marché pendant une assez longue période de temps pour permettre l’émergence de réel concurrents européens. En parallèle toute négociation commerciale doit entrer dans le cadre d’un marché donnant donnant

-Il faut se mettre à l’abri de la banque mondiale et du FMI. Cette proposition a été faite par Jacques Attali qui propose une sorte de FMI européen pour venir en aide aux pays en difficulté comme la Grèce.

-Avoir une monnaie commune ne suffit pas. Le problème de l’euro fait quasiment consensus: l’Euro est trop faible pour l’Allemagne et favorise ses exportations, et trop fort pour la France, l’Italie et de nombreux autres pays, empêchant le maintient de leurs industries.

L’unité monétaire ne suffit pas. Il faut harmoniser les autres factures, les conditions fiscales et sociales et les politiques de services publiques. Ainsi, progressivement, l’Europe pourra devenir une zone économique homogène et organisée. Bruno Lemaire, ministre Français des finances, déclarait en mai 2019: « Il existe 80 milliards de taxe indirectes en plus pesant sur les entreprises françaises que sur entreprises allemandes ». Autant de taxes modifiant la concurrence à l’intérieur même de la zone. Il faut réformer l’Europe pour avoir une régionalisation économique. Cette transformation peur faire peur aux responsables politiques. Il y a de quoi. Mais s’il est conduit en douceur, ce processus fera du marché européen un véritable concurrent du marché américain.

-Il faut définir un périmètre cohérent de services publiques, au niveau de chaque pays et au niveau européen: police, justice, eau, électricité, télécommunication, éducation (au moins jusqu’au bac), assurances santé, emploi, retraites. L’armée, les industries d’armement et les matières premières principales forment un axe majeur indélocalisable (en théorie…), comme défini par les fondateurs de l’Europe, qui ont commencé la construction par une communauté du charbon et de l’acier.

-Il faut définir des axes économiques incompressibles: existence d’un secteur agricole, d’une industrie, etc. Ces industries peuvent tout à fait être protégées par des barrières douanière et ou techniques.

-Les citoyens européens veulent une certaine qualité dans l’alimentation, les soins, les médicaments, le respect de la nature et même la protection sociale. Toutes les différences entre les demandes et les normes internes à l’Europe et la situation des produits importés peut être corrigé par des droits de douane, voir même des interdictions.

-Les flux de capitaux et d’investissement doivent être maîtrisés. C’est possible, la Chine le fait déjà. Les investissements indirects via les paradis fiscaux doivent être interdits.

Il s’agit de remettre l’économie au service d’un projet politique orienté vers la préservation des biens communs et de l’intérêt général. La croissance pour la croissance, à grands coups de dumping, subventions, ou autre, ne peut qu’enrichir les multi-nationales capables de surfer sur les différences mondiales pour maximiser leurs rentes et appauvrir les citoyens en creusant les inégalités.

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Autres sources:

http://premium.lefigaro.fr/conjoncture/2018/06/30/20002-20180630ARTFIG00093-les-fronts-ouverts-par-donald-trump-dans-sa-guerre-commerciale.php

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