Quantum of Solace – James contre la Banque Mondiale

Quantum of Solace, 22ème James Bond, est assurément celui au titre le plus étrange. La suite de Casino Royale reprend l’intrigue là où le précédent opus l’avait laissée. James a retrouvé M. White, le contact de Vesper, et l’emmène dans le coffre de sa voiture pour un interrogatoire avec M.

« Quantum » signifie quantité et « Solace » consolation, réconfort.

Une histoire d’amour

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Le scénario a deux axes principaux. Il s’agit d’abord de remonter le moral de James. Il a cru à l’Amour dans Casino Royale. Mais Vesper, sa dame de cœur, est partie avec les gains du tournoi de poker. James doit en avoir le cœur net. Vesper l’a-t-elle trahi ?

Le producteur Michael G. Wilson explique : « Le titre du film vient d’une nouvelle de Ian Fleming ». Il signifie que la relation entre James et Vesper ne peut être sauvée que si la confiance est restaurée. James cherche à se consoler de la perte de l’amour de sa vie, à se réconcilier avec elle, par delà la mort. C’est beau. Mais Bond reste avant tout un agent secret.

Une intrigue politique

Cet opus est l’un des plus efficaces de la franchise. L’action est menée tambour battant, conduite par le réalisateur Marc Forster. Pour blanchir Vesper et prouver qu’elle a été manipulée, James va révéler un complot international d’une ampleur inédite. Il se lance sur la piste de M. Greene. Sous la couverture idéologiquement bien pensante de l’écologisme, M. Greene, interprété par Mathieu Amalric, loue les services de son organisation pour renverser le pouvoir bolivien et mettre à sa place un ancien général.

Mais ceci n’est qu’un moyen pour ce Machiavel de la mondialisation. Pour prix de leurs services, M. Greene et son « organisation » cherchent à s’approprier l’une des principales ressources naturelles de la Bolivie. Les protagonistes de ce complot international, que ne renierait aucun conspirationniste, sont démasqués par James lors une représentation moderne de Tosca, donnée à l’opéra de Bregenz, en Autriche. « This is the world’s most precious resources, and we must control it as much as we can. » : Il s’agit de la ressource la plus précieuse au monde, et nous devons en contrôler autant que possible, plaide Amalric alias Greene. Il est possible d’être un salaud et d’aimer Puccini. La beauté n’est pas un rempart contre le mal. Chef du Mossad, grand industriel, ministre britannique, M. Greene, M. White, et d’autres encore valident l’achat de kilomètres de pipeline.

Mathieu_Amalric Quantum of Solace

 Dans le film, la CIA surveille M. Greene et pense qu’il finance le développement d’un champ pétrolier. Elle ferme les yeux. M. Greene a les coudées franches pour passer à l’acte. Au moment de mettre en place le nouveau dictateur bolivien, il exige le contrôle de 60% des réserves d’eau du pays. Le pipeline ne sera pas pour du pétrole, il n’y en a pas. La ressource la plus précise sur Terre est l’eau.

« You should know something about me and the people I work with. We deal with the left or the right. With dictators or liberators. If the current President had been more agreedable, I wouldn’t be talking to you. » : Vous devez savoir quelque chose sur moi et les personnes avec lesquelles je travaille. Nous nous associons avec la gauche ou la droite; avec les dictateurs, ou les libérateurs. Si le Président actuel avait été plus accommodant, je ne serais pas en train de vous parler.

Plus tôt dans le film, lorsque M. Greene contracte avec le Général, il vante son expérience. « Et tout ça, vous pouvez me le promettre ? » demande le Général. « Regardez ce que nous avons fait avec ce pays », répond Greene. « Les Haïtiens élisent un prêtre qui décide de faire passer le salaire minimum de 38 cents à 1 dollar par jour. C’est trois fois rien, mais assez pour froisser toutes les multinationales venues ici fabriquer des t-shirts et des tennis. Alors ils nous ont contactés et on a facilité l’alternance (…). Nous avons déjà commencé à déstabiliser votre gouvernement (…) et nous avons 26 nations qui sont prêtes à reconnaître votre nouveau gouvernement de Bolivie. On vous a pris votre pays. Mon organisation vous le rendra dans environ 8 jours ».

Fiction ou réalité ?

Le film, sorti en 2008, fait référence a au moins un élément historique réel, la « guerre de l’eau », qui a eu lieu en Bolivie en 2000. La Bolivie est le prototype du pays d’Amérique du Sud engagé dans de douloureuses réformes économiques et confronté à une forte instabilité politique.

La guerre de l’eau

Selon les sources citées à la fin de cet article, l’affaire peut être décrite comme suit : en septembre 1999, sous l’impulsion de la Banque mondiale, la multinationale Bechtel signe un contrat avec Hugo Banzer, président et ancien dictateur de Bolivie revenu au pouvoir en 1997, pour privatiser le service des eaux de Cochabamba. L’approvisionnement en eau de cette ville de 600 000 âmes était catastrophique. La population n’avait plus qu’un accès irrégulier – parfois limité à quelques heures par jour – à une eau de médiocre qualité. Un passage du film nous montre une file d’habitants faisant la queue devant un robinet dont l’eau descend au goutte à goutte. Un tiers des habitants de la ville est même totalement privé d’eau potable.

Le contrat est officiellement accordé à une entreprise nommée Aguas del Tunari, un consortium formé par Bechtel (participant à hauteur de 27,5%), l’entreprise nord-américaine Edison, les entreprises boliviennes A. Petricevich et S. Doria Medina, et le consortium espagnol Abengoa S.A. (participant à hauteur de 25%).

Le consortium obtient une concession de quarante ans. L’organisme étatique de tutelle donne son feu vert pour que le nouveau distributeur augmente les prix de l’eau de manière significative, entre 25 et 300% selon les sources disponibles. Le salaire mensuel moyen à l’époque était de 60 dollars. Certaines familles reçoivent des factures de 15 dollars et rapidement, la population se révolte et des émeutes éclatent un peu partout. Les bureaux de la compagnie d’eau sont mis à sac. Un adolescent de 17 ans trouve la mort au cours des émeutes, 100 à 150 personnes sont blessées et l’état d’urgence est décrété en avril 2000.

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Le gouvernement a finalement annulé le contrat de Bechtel, qui quitte le pays. Selon l’un des porte-paroles du groupe californien, le consortium avait réellement amélioré le réseau de distribution, ce qui explique la hausse des factures. C’est l’organisme régulateur qui avait fixé le prix de l’eau. La marge de profit n’était que de 16 %, un taux tout à fait descend. Bechtel a lancé une action en justice et réclame entre 25 et 50 millions de dollars de dédommagement pour rupture de contrat. Mais en 2006, et après une campagne sans précédent contre l’opacité des règlements de litiges internationaux, Bechtel retire sa demande. L’entreprise qui n’avait investi « qu’un » million de dollars reçoit en dédommagement 2 fois 30 centimes boliviens.

D’autres guerres du même type ?

M. Greene fait référence à Haïti. Il faudrait une thèse sur la question pour y voir clair, tant l’instabilité politique y est forte. Le prêtre qu’il utilise comme exemple est Jean-Bertrand Aristide, élu démocratiquement en 1990, contre un ancien représentant de la Banque mondiale, soutenu par la CIA. Aristide est renversé par un coup d’Etat presque immédiatement. Le pays sombre dans le chaos pendant 3 ans. Aristide avait bien prévu dans son programme politique d’augmenter le salaire minimum. Wikipedia nous raconte la suite : « En 1994, Aristide est rétabli au pouvoir par l’administration de Bill Clinton, lors de l’opération « Rétablir la démocratie », à la condition de se plier à un programme néolibéral, surnommé « plan de la mort » par les Haïtiens. Il s’agissait en partie du programme de son opposant lors des dernières élections, ancien de la Banque mondiale.

En Bolivie, la « guerre de l’eau » a laissé place en 2003 à la « guerre du gaz ». Un gigantesque champ de gaz est découvert lors de la présidence d’Hugo Banzer. Cette nouvelle « guerre », qui connaîtra de nombreux rebondissements, se terminera heureusement par la nationalisation des ressources énergétiques du pays le 1er mai 2006 par le président Evo Morales.

Un Bond hors norme

Quantum of Solace est-il vraiment un James Bond ? Marc Forster a pris de nombreuses libertés très discutables avec le code « bondien », autant d’accros qui rendent le film bien plus réaliste et plus proche d’un scénario de Tom Clancy, auteur notoirement proche des services secrets américains :

– La séquence dite du « bullet barrel », où le spectateur voit James à travers la chambre d’une balle de revolver est absente du film.

– Il n’a recours à aucun gadget. Q n’est pas dans le film.

– Le méchant n’a pas non plus de « gadget », ni aucun accessoire. Devant le refus de Marc Forster, l’acteur, Mathieu Amalric a choisi de mettre la « perversion » du personnage dans son regard.

– James n’a pas d’histoire d’amour avec Camille, l’espionne des services boliviens. Pas de scène finale où les service secrets le retrouve en train de se détendre en charmante compagnie.

– Il ne combat pas le Spectre, mais « Quantum »… Serait-ce un code pour désigner la Banque mondiale ?

– Enfin James n’y prononce jamais sa célèbre phrase: « My name is Bond, James Bond ». Marc Forster a révélé qu’un scène finale supplémentaire a été coupée au montage. James y retrouvait M. White et le liquidait en prononçant sa célèbre formule de présentation. La scène n’a pas été retenue pour deux raisons, maintenir l’intensité émotionnelle de la fin de l’intrigue consacrée à Vesper, et conserver la mort de M. White pour le prochain film de la franchise.

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Annexes:

https://www.acme-eau.org/BECHTEL-CONTRE-LA-BOLIVIE-LE-PEUPLE-A-GAGNE–font-color-red-size-6-center-Felicitations–center-font_a481.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_l%27eau_(Bolivie)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Hugo_Banzer_Su%C3%A1rez

https://www.voltairenet.org/article15905.html

https://www.courrierinternational.com/article/2003/03/13/emeutes-de-l-eau-chere-en-bolivie

https://www.courrierinternational.com/article/2005/03/17/un-nouveau-pays-va-sortir-des-barricades

https://www.partagedeseaux.info/La-guerre-de-l-eau-a-Cochabamba

http://www.alternavista.fr/index.php/cochabamba-la-gestion-de-leau-au-coeur-du-debat

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