Voici la liste des principaux mythes et des principales images utilisées. Le point saillant le plus important est de voir à quel point Socrate, quand il s’exprime autrement qu’en questionnant les autres, recours presque toujours à des images ou des mythes retravaillés par ses soins (ou ceux de Platon).

| Dialogue | Narrateur dans le dialogue | Mythe(s) convoqué(s) | Images, allégories, comparaisons développées |
| Hippias mineur | — | — aucun mythe (exemples homériques utilisés comme cas littéraires, pas comme mythes racontés) | — (le parallèle géomètre/arithméticien reste une analogie brève, non développée en image autonome) |
| Alcibiade I | Socrate | L’œil qui, pour se voir lui-même, doit se regarder dans un autre œil (dans la partie la plus brillante, où se reflète la vue) — image de la connaissance de soi par le détour d’autrui | |
| Euthydème | Socrate | L’image de la chasse : les deux frères sophistes comparés à des chasseurs traquant le jeune Clinias comme un gibier | |
| Protagoras | Protagoras (fait notable : c’est le seul grand mythe du corpus que Socrate ne raconte pas lui-même) | Mythe de Prométhée et Épiméthée (le partage des qualités aux vivants, le vol du feu et des arts, puis le don de la pudeur et de la justice par Zeus à tous les hommes) | — |
| Gorgias | Socrate, qui précise le tenir d’une tradition (« un beau discours… que tu tiendras, je crois, pour une fable, mais moi pour un récit vrai ») | Mythe eschatologique du jugement des âmes (Rhadamanthe, Éaque et Minos jugeant les âmes nues après la mort, séparation des justes et des injustes) | 1. Les quatre arts de la flatterie mis en parallèle système atique avec les quatre arts véritables (rhétorique/cuisine flattant la médecine ; sophistique/cosmétique flattant la gymnastique) |
| Gorgias | Socrate, présenté comme emprunté à « un homme habile, peut-être sicilien ou italien » | 2. Les tonneaux percés et les tonneaux intacts : image des âmes intempérantes (jarres trouées qu’il faut sans cesse remplir) contre les âmes tempérantes | |
| Cratyle | — | — aucun mythe (seulement une hypothèse sur les « législateurs » héraclitéens, non narrativisée) | — (les étymologies développées sont un exercice sur le langage, pas des images argumentatives) |
| Banquet | Aristophane | 1. Mythe des êtres primitifs sphériques coupés en deux par Zeus (origine du désir amoureux) | |
| Banquet | Diotime, rapportée par Socrate (double mise en abyme : Socrate raconte ce que Diotime lui a enseigné) | 2. Mythe de la naissance d’Éros, fils de Poros (l’Expédient) et Pénia (la Pauvreté), conçu lors de la fête d’anniversaire d’Aphrodite | |
| Banquet | Alcibiade | Les statuettes de Silène : Socrate comparé à ces figurines laides à l’extérieur mais contenant des statues divines à l’intérieur — image de la disproportion entre l’apparence de Socrate et sa valeur intérieure | |
| Ménon | Socrate, citant sa source | Mythe de l’âme immortelle ayant tout appris avant la naissance, transmis par « prêtres et prêtresses » et par les poètes, Pindare cité nommément | La torpille (poisson-torpille) : Ménon compare Socrate à ce poisson qui engourdit quiconque le touche, comme Socrate engourdit l’esprit de ses interlocuteurs |
| Ion | Socrate | — aucun mythe à proprement parler (l’image de la pierre magnétique/aimant est une analogie, pas un mythe narratif) | La chaîne d’anneaux de fer aimantés : la pierre magnétique (aimant) transmet sa force à une série d’anneaux qui s’attirent les uns les autres, image de l’inspiration transmise de la Muse au poète puis au rhapsode puis à l’auditeur |
| Phèdre | Mentionné par Phèdre, commenté par Socrate | 1. Mythe de Borée et Orithye (le dieu du vent enlevant la jeune fille), évoqué puis explicitement écarté par Socrate comme sujet d’exégèse rationaliste | |
| Phèdre | Socrate, en état d’inspiration déclarée (le lieu, les Nymphes) | 2. Mythe de l’attelage ailé de l’âme (le cocher et les deux chevaux, le cortège des dieux, la chute et la réincarnation) — cœur du second discours de Socrate, la « palinodie » | |
| Phèdre | Socrate, présenté comme « un récit entendu des anciens », situé en Égypte | 3. Mythe de Theuth et Thamous (invention de l’écriture proposée par le dieu Theuth, critiquée par le roi Thamous comme remède trompeur à la mémoire) | |
| Phèdre | Socrate — je le classe ici comme image/mythe hybride, plutôt métamorphose étiologique brève que grand mythe cosmologique ; à corriger dans le tableau des mythes si vous le jugez utile | Les cigales : (à signaler — j’avais omis ce mythe dans le tableau précédent) les cigales seraient d’anciens hommes changés en insectes par les Muses, chantant sans manger ni boire, observant si les auditeurs de Socrate et Phèdre philosophent vraiment ou cèdent à la paresse méridienne | Les cigales : (à signaler — j’avais omis ce mythe dans le tableau précédent) les cigales seraient d’anciens hommes changés en insectes par les Muses, chantant sans manger ni boire, observant si les auditeurs de Socrate et Phèdre philosophent vraiment ou cèdent à la paresse méridienne |
| République | Socrate | 1. Le Soleil : analogie entre le Bien (source de l’être et de la connaissance dans le monde intelligible) et le soleil (source de la vie et de la visibilité dans le monde sensible) | |
| République | 2. La Ligne divisée : quatre segments proportionnels distinguant degrés de réalité et de connaissance (image/conjecture, croyance, pensée discursive, intellection) | ||
| République | Socrate | 3. La Caverne : prisonniers enchaînés ne voyant que des ombres, libération et ascension vers la lumière, retour et incompréhension des autres prisonniers | |
| République | Socrate | 4. Le navire (la « nef de l’État ») : un capitaine compétent mais méprisé par un équipage mutin et ignorant, image de la place du vrai philosophe dans une cité mal gouvernée | |
| République | Socrate, proposé comme fiction utile (« mensonge phénicien ») | 1. Mythe/« noble mensonge » des races de métaux (or, argent, bronze) mêlés à la terre, fondant la hiérarchie des classes de la cité | |
| République | Socrate | 5. La bête composite (livre IX) : l’âme injuste comparée à une créature à plusieurs têtes (bête multiforme, lion, homme) mal proportionnée et tyrannisée par sa partie la plus sauvage | |
| République | Socrate, rapportant le récit d’Er | 2. Mythe d’Er (livre X) : le soldat pamphylien revenu d’entre les morts, voyage de l’âme, choix des existences, fuseau de la Nécessité, plaine de l’Oubli | |
| Euthyphron | Évoqués par Euthyphron comme justification, contestés par Socrate | — pas de mythe raconté, mais discussion critique de mythes traditionnels déjà connus (Zeus enchaînant Cronos, Cronos châtrant Ouranos), cités comme croyances communes | |
| Apologie | Le taon (myōps) : Socrate comparé à un taon harcelant un grand cheval noble mais paresseux (la cité d’Athènes), la piquant pour la réveiller | ||
| Apologie | Socrate, à titre de conjecture, non de récit | — aucun mythe narratif ; simple hypothèse rhétorique sur la mort (« sommeil sans rêve » ou « migration de l’âme ») | |
| Criton | Les Lois, mises en scène par Socrate | — aucun mythe ; prosopopée des Lois d’Athènes (procédé voisin mais distinct du mythe : une personnification qui parle, non un récit) | |
| Phédon | Socrate | L’image du cygne : les philosophes proches de la mort comparés aux cygnes qui chantent avec le plus de force et de beauté juste avant de mourir, par joie d’aller retrouver leur dieu | |
| Phédon | Socrate, juste avant de boire la ciguë, présenté explicitement comme récit vraisemblable et non comme démonstration | Description mythique de la géographie de l’au-delà (la terre véritable, ses régions lumineuses, les fleuves souterrains — Achéron, Pyriphlégéthon, Cocyte, Styx — et le sort des âmes selon leur degré de pureté) | |
| Parménide | Structure enchâssée : Céphale de Clazomènes rapporte le récit d’Antiphon, qui le tenait lui-même de Pythodore, témoin oculaire de la scène originale entre le jeune Socrate, Zénon et Parménide | — aucun mythe | — aucune image développée ; c’est le seul dialogue de tout le corpus (socratique et tardif confondus) entièrement dépourvu de support mythique ou imagé — exercice dialectique pur sur les hypothèses de l’Un, sans aucun détour narratif ou figuré |
| Théétète | Dispositif enchâssé lui aussi : Euclide de Mégare fait lire à voix haute, par un esclave, un livre qu’il a rédigé à partir du récit que Socrate lui avait fait — mais rédigé en dialogue direct plutôt qu’en discours rapporté, pour « éviter les formules encombrantes » (précision qu’Euclide donne lui-même à Terpsion) Socrate (c’est le texte fondateur de cette image, la seule occurrence du mot dans tout Platon) | — aucun mythe à proprement parler | 1. La maïeutique : Socrate se présente comme fils de Phénarète, sage-femme, et pratique un « accouchement des esprits » — |
| Théétète | Socrate | 2. Le bloc de cire dans l’âme, sur lequel s’impriment les perceptions et souvenirs | |
| Théétète | Socrate | 3. La volière (cage aux oiseaux) où sont enfermés les savoirs qu’on possède sans les avoir « sous la main » | |
| Théétète | Socrate | 4. Anecdote de Thalès tombé dans un puits en observant les astres, raillé par une servante thrace spirituelle — image du philosophe inadapté au monde pratique | |
| Sophiste | L’Étranger d’Élée mène l’interrogatoire face au jeune Théétète ; Socrate est présent mais silencieux presque tout le dialogue | — aucun mythe | 1. La Gigantomachie (combat des dieux et des géants) : image du conflit entre matérialistes (les Géants, qui ne croient qu’au corps tangible) et « amis des Formes » (les Dieux, défendant l’incorporel) |
| Sophiste | L’Etrangé d’Eléé | 2. Le sophiste traqué comme un gibier à travers une série de définitions par division (pêcheur à la ligne, chasseur, marchand) | |
| Politique | L’Étranger d’Élée, face à un autre jeune Socrate (homonyme du philosophe, simple interlocuteur de circonstance) | Mythe du renversement cosmique : alternance de deux âges, celui de Cronos où le dieu guide lui-même la rotation du monde (hommes nés de la terre, abondance spontanée) et celui de Zeus où le monde, livré à lui-même, rétrograde et se dégrade ; discussion du « roi-pasteur » et de l’impossibilité pour un homme d’incarner vraiment ce rôle divin | L’art du tissage : le politique comparé à un tisserand qui doit entrelacer les caractères courageux et modérés comme la chaîne et la trame d’une étoffe |
| Philèbe | Socrate, face à Philèbe (peu loquace) et surtout Protarque | Mention de Theuth, dieu égyptien qui, le premier, aurait distingué les sons de la voix (voyelles, consonnes) et leur aurait donné des lettres — utilisé comme modèle méthodologique de la division de l’illimité par la limite, plutôt que comme grand récit narratif | 1. Le scribe et le peintre dans l’âme : un scribe intérieur inscrit nos opinions en discours, puis un peintre intérieur en trace les images correspondantes — sert à expliquer les fausses opinions et les faux plaisirs |
| Philèbe | Socrate | 2. Le cratère du mélange : plaisir et sagesse comparés à deux sources qu’il faut verser et mélanger dans un vase commun, comme on coupe le vin, pour obtenir la vie bonne | |
| Timée | Timée mène un long monologue cosmologique, après une brève introduction de Critias qui rappelle la conversation de la veille (résumant ce qui deviendra la République) | 1. Le grand récit cosmologique lui-même, explicitement présenté comme eikōs mythos (récit vraisemblable, non démonstration) : le Démiurge façonnant le monde d’après des modèles éternels, l’Âme du monde, la création des dieux inférieurs, du corps et de l’âme humaine, le Réceptacle/khôra | |
| Timée | Critias | 2. Le récit d’Atlantis (introduit brièvement ici, développé dans le Critias) : Solon l’aurait tenu de prêtres égyptiens à Saïs, une Athènes antique ayant vaincu l’empire d’Atlantide neuf mille ans plus tôt — Critias, se réclamant de Solon | |
| Critias | Critias, poursuivant directement le récit commencé dans le Timée | Suite et développement du mythe d’Atlantide : géographie de l’île (anneaux concentriques de terre et de mer), temple de Poséidon, richesse et puissance militaire ; par contraste, description de l’Athènes primitive, vertueuse et simple ; début de la corruption des Atlantes par la part mortelle de leur nature divine — le dialogue s’interrompt brutalement, en pleine phrase, alors que Zeus s’apprête à parler aux dieux assemblés pour juger et punir Atlantide | Critias, poursuivant sa propre narration — dialogue inachevé, aucune image distincte du mythe lui-même |
| Lois | L’Étranger d’Athènes (souvent lu comme porte-parole de Platon lui-même), face à Clinias le Crétois et Mégillos le Spartiate | Mythe de Cronos (livre IV), proche de celui du Politique : à l’âge de Cronos, des démons gouvernaient les hommes comme des pasteurs leur troupeau ; à défaut d’un tel roi divin aujourd’hui, la loi doit en tenir lieu, comme un succédané rationnel du gouvernement divin | La marionnette divine (livre I) : l’homme comparé à un pantin tiré par des cordes contraires — les passions (cordes rudes, de fer) et le raisonnement (corde d’or, « sacrée », celle de la loi) que chacun doit suivre en s’y accrochant fermement |
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