Platon – Comment lire les dialogues ? Repères historiques (4/4)

Chronologie générale : de la mort de Solon à la fondation du Lycée

(env. 559 – 334/335 av. J.-C.)

I. Fin de l’époque archaïque : des tyrans aux réformes de Clisthène (559–508)

  • 559 : Mort de Solon, législateur athénien. Ses réformes (abolition de l’esclavage pour dettes, réorganisation censitaire de la société) posent les bases du futur régime démocratique.
  • 561–527 : Tyrannie de Pisistrate à Athènes (avec interruptions). Grands travaux, essor culturel, mise par écrit des poèmes homériques.
  • 546 : Cyrus le Grand conquiert la Lydie de Crésus ; les cités grecques d’Ionie (Milet, Éphèse…) passent sous domination perse. C’est dans ce contexte ionien que naît la philosophie naturaliste (Thalès, Anaximandre, Anaximène, déjà actifs un peu avant et autour de cette date).
  • 527–510 : Tyrannie d’Hippias et d’Hipparque, fils de Pisistrate ; assassinat d’Hipparque en 514.
  • 510 : Expulsion d’Hippias, fin de la tyrannie à Athènes, avec l’appui de Sparte.
  • 508–507 : Réformes de Clisthène : réorganisation civique en tribus territoriales, fondation de la démocratie athénienne (isonomia).
  • c. 500 : Floruit d’Héraclite d’Éphèse — doctrine du devenir universel (panta rhei), du logos et de l’unité des contraires. Son œuvre, connue pour son obscurité, circule sous forme d’aphorismes.

II. Les guerres médiques (499–479)

  • 499–494 : Révolte des cités ioniennes contre la Perse, soutenue par Athènes et Érétrie. Écrasement de Milet en 494.
  • 490 : Première guerre médique. Victoire athénienne à Marathon contre Darius Ier.
  • 480 : Seconde guerre médique, sous Xerxès Ier. Thermopyles (résistance de Léonidas), destruction d’Athènes, puis victoire navale grecque décisive à Salamine, sous l’impulsion de Thémistocle.
  • 479 : Victoires de Platées (terre) et Mycale (mer) : fin de la menace perse directe sur la Grèce continentale.
  • c. 475 : Floruit de Parménide d’Élée, dans le sud de l’Italie. Son poème De la nature fonde l’ontologie occidentale (l’Être un, immuable, opposé au devenir sensible) et influence profondément Platon. Son disciple Zénon d’Élée (né vers 490) élabore les célèbres paradoxes (Achille et la tortue, la flèche) pour défendre la doctrine du maître.

III. L’apogée athénienne : Pentécontaétie et siècle de Périclès (478–431)

Périclès et Aspasie contemplant l’Athéna de Phidias – Louis Hector Leroux, Visite à l’atelier de Phidias XIX
  • 478/477 : Fondation de la Ligue de Délos sous hégémonie athénienne, en principe pour continuer la lutte contre la Perse.
  • c. 470 : Naissance présumée de Socrate à Athènes (fils de Sophronisque, sculpteur, et Phénarète, sage-femme).
  • 465–429 : Ascension politique de Périclès, chef du parti démocrate.
  • 462–461 : Réformes d’Éphialte, qui achèvent la démocratisation des institutions athéniennes (affaiblissement de l’Aréopage).
  • 460: naissance d’Hippocrate, le « père de la médecine ». Il appartient à une famille de médecins qui se réclamait d’une lignée remontant, selon la légende, à Asclépios lui-même, le dieu de la médecine — sa formation initiale se fait vraisemblablement dans le cadre du sanctuaire-école de Cos (l’Asclépeion). Il enseigne et pratique dans plusieurs régions du monde grec, notamment en Thessalie, où il meurt. Contemporain presque exact de Socrate (c. 470–399), il incarne comme lui un tournant : le passage d’une médecine encore mêlée de magie et de religion vers une approche plus rationnelle et empirique, fondée sur l’observation clinique plutôt que sur l’explication mythologique de la maladie — un mouvement intellectuel parallèle, à sa manière, à celui des présocratiques naturalistes et des sophistes qui cherchent des explications rationnelles au monde.
  • 454 : Transfert du trésor de la Ligue de Délos à Athènes : la Ligue devient de fait un empire athénien.
  • 449 : Paix de Callias, fin officielle du conflit avec la Perse (datation discutée).
  • 447–432 : Construction du Parthénon sur l’Acropole, sous l’impulsion de Périclès et la direction de Phidias.
  • c. 490–420 : Vie de Protagoras d’Abdère, premier grand sophiste, célèbre pour la formule « l’homme est la mesure de toutes choses ». Proche de Périclès, il rédige les lois de la colonie panhellénique de Thourioi (444).
  • c. 485–380 : Vie de Gorgias de Léontinoi, maître de rhétorique, auteur du Traité du non-être ; son ambassade à Athènes en 427 fait sensation.
  • c. 460–399 : Vie d’Hippias d’Élis, sophiste polymathe (mathématiques, astronomie, mémoire), personnage de deux dialogues de Platon.
  • c. 460–428 : Floruit d’Anaxagore de Clazomènes à Athènes, ami de Périclès ; introduit le concept de Noûs (Intelligence ordonnatrice) en philosophie. Poursuivi pour impiété vers 450–430, il doit quitter Athènes.
  • 450 : Naissance présumée d’Alcibiade, futur pupille de Périclès (son père Clinias meurt en 447) et disciple controversé de Socrate.
  • c. 445–360 : Vie de Démocrite d’Abdère, fondateur de l’atomisme (moins directement lié à Platon mais contemporain majeur).
  • Potidée (432–429)
    Socrate participe au siège de cette cité, en Chalcidique, qui s’est révoltée contre Athènes — c’est l’un des épisodes qui déclenchent la guerre du Péloponnèse. C’est là, en 432, qu’a lieu l’épisode que tu évoques : lors d’un combat, Socrate sauve la vie d’Alcibiade, blessé, en le protégeant et en récupérant ses armes. Le récit s’appuie sur le témoignage d’Alcibiade lui-même dans le Banquet (219e–221a) : il raconte que le prix de la valeur militaire aurait dû revenir à Socrate, mais que les généraux, influencés par le rang social d’Alcibiade, le lui ont attribué à lui plutôt qu’à Socrate. Le même passage décrit aussi l’endurance physique extraordinaire de Socrate pendant cette campagne (résistance au froid, à la faim, capacité à rester immobile un jour et une nuit entiers, plongé dans la réflexion).
  • 431 : Discours funèbre de Périclès (rapporté par Thucydide), célébration de la démocratie athénienne, juste avant le grand conflit.

IV. La guerre du Péloponnèse (431–404)

  • 431 : Déclenchement de la guerre entre la ligue athénienne (Délos) et la ligue spartiate (Péloponnèse). Dès le début du conflit Thucidyde commence la rédaction des Guerres du Péloponèse
  • 430–429 : Grande peste d’Athènes ; mort de Périclès en 429.
  • 429: Sophocle créé son Oedipe Roi, qui servira de modèle de la tragédie parfaite dans la Poétique d’Aristote
  • 428/427 : Naissance de Platon à Athènes, dans une famille aristocratique (père Ariston, mère Périctione, apparentée à Critias et Charmide).
  • 427 : Ambassade de Gorgias à Athènes — introduction spectaculaire de la rhétorique sophistique dans la cité.
  • 425: mort d’Hérodote, « le père de l’histoire »
  • 424 : Bataille de Délion ; Socrate, soldat-hoplite, s’y distingue par son courage (épisode rapporté dans le Banquet et le Lachès).
  • 423, Aristophane fait jouer les Nuées, aux Grandes Dionysies, où elle obtient… la troisième place (un échec relatif). C’est la comédie où Aristophane caricature Socrate en philosophe farfelu dirigeant un « Pensoir » (phrontistèrion), mélangeant absurdement recherches naturalistes et sophistique — une caricature que Socrate lui-même évoque dans l’Apologie (18b–19c) comme l’une des sources anciennes des préjugés qui pèseront contre lui près d’un quart de siècle plus tard, lors de son procès en 399. Mécontent de son échec, Aristophane entreprend une révision de la pièce, sans doute entre 420 et 417, mais cette seconde version n’est apparemment jamais représentée sur scène — c’est cette version révisée, non jouée, qui nous est parvenue et que nous lisons aujourd’hui.
  • Amphipolis (422)
    Troisième campagne à laquelle Socrate aurait participé, lors de la défaite athénienne face à Brasidas — moins documentée dans les dialogues, mais attestée par la tradition biographique (notamment chez Diogène Laërce).
  • 421 : Paix de Nicias, trêve fragile entre Athènes et Sparte.
  • 420–415 : Ascension politique d’Alcibiade, figure brillante et controversée, élève et proche de Socrate.
  • 415–413 : Expédition de Sicile, initiée par Alcibiade puis compromise par son rappel (accusation de profanation des Mystères d’Éleusis) et son passage du côté spartiate. Désastre militaire athénien à Syracuse.
  • 411 : Coup d’État oligarchique des Quatre-Cents à Athènes, bref épisode antidémocratique.
  • 411: fin de la rédaction des Guerres du Péloponnèse de Thucydide. Il arrête d’écrire d’un seul coup. L’histoire ne dit pas pourquoi. Il meurt vers 400.
  • 406 : Bataille des Arginuses ; procès collectif et exécution des stratèges vainqueurs — épisode où Socrate, alors prytane, refuse seul de céder à l’illégalité de la procédure.
  • 406: Mort de Sophocle et d’Euripide
  • 404 : Défaite finale d’Athènes (bataille d’Aigos Potamos, 405, puis capitulation). Instauration du régime oligarchique des Trente Tyrans, dirigé notamment par Critias, ancien élève de Socrate et oncle de Platon. Régime de terreur (env. 404–403).
  • 404 marque également la mort d’Alcibiade meut., en Phrygie (Asie Mineure), dans des circonstances restées troubles et probablement politiques. Il aurait été exécuté sur ordre de Pharnabaze, pour complaire à Lysandre, le général spartiate victorieux, désireux d’éliminer un adversaire toujours redouté. Une autre tradition l’associe aux Trente Tyrans (le régime oligarchique installé à Athènes cette même année 404, dirigé par Critias), qui auraient voulu se débarrasser d’un rival politique potentiellement capable de renverser leur pouvoir.
  • 403 : Restauration de la démocratie athénienne, amnistie générale.

V. Après la guerre : procès de Socrate et recompositions de la Grèce (404–367)

  • 399 : Procès et mort de Socrate, condamné pour impiété et corruption de la jeunesse — accusation où pèsent, en arrière-plan, ses liens passés avec Alcibiade et Critias. Il boit la ciguë en prison, entouré de ses disciples (épisode central du Phédon).
  • 399–387 : « Années de formation » et voyages de Platon, marqué par la mort de son maître. Séjours possibles en Égypte, à Cyrène, en Grande-Grèce (contact avec les pythagoriciens, notamment Archytas de Tarente) et en Sicile, à la cour de Denys l’Ancien, tyran de Syracuse.
  • 395–387 : Guerre de Corinthe, déclin progressif de l’hégémonie spartiate.
  • 387 : Retour de Platon à Athènes et fondation de l’Académie, dans le gymnase consacré au héros Académos — première institution d’enseignement supérieur durable en Occident.
  • 384 : Naissance d’Aristote à Stagire, en Chalcidique (père Nicomaque, médecin à la cour de Macédoine).
  • 371 : Bataille de Leuctres, victoire thébaine (Épaminondas) qui met fin à l’hégémonie spartiate et ouvre une brève période d’hégémonie thébaine.
  • 367 : Deuxième voyage de Platon en Sicile, auprès de Denys le Jeune, à l’instigation de Dion de Syracuse — tentative avortée de mettre en pratique l’idéal du philosophe-roi. La même année, Aristote, à 17 ans, entre à l’Académie de Platon, où il restera près de vingt ans.

VI. Dernières années de Platon et fondation du Lycée (367–334)

  • 361–360 : Troisième et dernier voyage de Platon en Sicile ; échec définitif de l’entreprise politique auprès de Denys le Jeune.
  • 347 : Mort de Platon à Athènes. Direction de l’Académie confiée à son neveu Speusippe.
  • 347–345 : Aristote quitte Athènes après la mort de Platon (n’ayant pas été choisi pour diriger l’Académie), séjourne à Assos puis à Mytilène (Lesbos), où il mène des recherches naturalistes avec Théophraste.
  • 343/342 : Aristote devient précepteur d’Alexandre, fils de Philippe II de Macédoine, à Pella.
  • 338 : Bataille de Chéronée : victoire de Philippe II de Macédoine sur la coalition des cités grecques (dont Athènes et Thèbes) — fin de l’indépendance politique des cités grecques classiques.
  • 336 : Assassinat de Philippe II ; avènement d’Alexandre le Grand.
  • 335/334 : Retour d’Aristote à Athènes et fondation du Lycée (école également dite « péripatéticienne », du nom de la promenade couverte, le peripatos, où il enseignait), en rivalité institutionnelle avec l’Académie platonicienne désormais dirigée par Xénocrate.

Repères transversaux utiles

Grande périodeContexte politiqueFigures philosophiques actives
559–508Tyrannie puis réformes de ClisthèneThalès, Anaximandre, Héraclite
499–479Guerres médiquesParménide, Zénon d’Élée
478–431Apogée athénienne, siècle de PériclèsAnaxagore, Protagoras, Gorgias, Hippias, jeune Socrate
431–404Guerre du PéloponnèseSocrate (maturité), jeune Platon, Alcibiade, Critias
404–387Trente Tyrans, restauration démocratiqueMort de Socrate (399), voyages de Platon
387–347Académie platoniciennePlaton (maturité), jeune Aristote
347–334Hégémonie macédonienne naissanteAristote (voyages, précepteur d’Alexandre), fondation du Lycée

Note méthodologique : plusieurs dates, notamment pour les penseurs présocratiques et les sophistes (naissances, « floruit », durées de vie), reposent sur des témoignages tardifs et fragmentaires (Diogène Laërce, Apollodore) et restent débattues par les historiens. Elles sont ici données comme repères indicatifs plutôt que comme certitudes absolues.

En français comme dans les autres langues savantes, floruit est employé tel quel (on le laisse en latin, parfois en italique : floruit) pour désigner la période où une personne — souvent un philosophe, un artiste ou un auteur antique — était active intellectuellement ou professionnellement, lorsqu’on ne connaît pas ses dates exactes de naissance et de mort.

L’école d’Athènes – au centre, Platon et Aristote

Un commentaire

Laisser un commentaire