Les principaux fondements du pouvoir politique

Comment est fondé le pouvoir politique dans les différentes théories philosophiques ? Il est en fait assez facile d’en faire la liste. Si l’on souhaite être complet, il faut distinguer les principes fondant le pouvoir, de la fondation des régimes eux-mêmes.

  1. Dieu, source du pouvoir
    1. La théocratie
    2. La monarchie de droit de divin
  2. La force, source du pouvoir
  3. L’auto-fondation du pouvoir – le droit fait le droit
  4. Le peuple assemblé – la démocratie directe
  5. L’homme – des droits de l’homme à la Souveraineté
  6. Contractualisme versus totalitarisme

Dieu, source du pouvoir

Le pouvoir divin est souvent directement lié au type de régime. Deux grandes figures émergent.

La théocratie

La théocratie, qui est un pouvoir religieux, appuyé directement sur le texte religieux, comme le Vatican, ou l’Iran. Le pouvoir est détenu par le chef spirituel, qui est donc à la fois le chef spirituel et le chef temporel.

Ramsès II – Pharaon de droit divin

La monarchie de droit de divin

Le pouvoir de droit divin a longtemps fondé le pouvoir des monarchies européennes. Le roi de France tient son pouvoir de dieu directement. Il existe donc un lien direct et personnel entre le roi et le dieu. La monarchie est héréditaire, le pouvoir passant du souverain à ses descendants.

Le pouvoir de droit divin est souvent sanctionné par les autorités religieuses. L’histoire du Moyen Âge européen raconte cette histoire et ses soubresauts, par lesquels le pouvoir s’est détaché de l’Église.

Louis XIV – Dieu sur terre

Notons qu’il existe d’autres fondements de la monarchie. Il est possible d’être élu roi, comme ce fut le cas dans les royaumes nordiques. Il est aussi possible d’arriver au pouvoir par élection, puis par populisme, de césariser le pouvoir. Le « césarisme » renvoie

La force, source du pouvoir

La principale source de fondation politique, c’est la prise de pouvoir par les armes et les armées. Rousseau le regrette et l’admet en même temps dans le premier livre du contrat social. Le fondement n’est pas de droit, intellectuel, il est de fait et anthropologique.

Napoléon, et les nombreux exemples de guerres civiles romaines, donc la lutte entre Pompée et César reste le modèle, le prouve amplement.

La thèse de la force est défendue par Thrasymaque dans le livre 2 de la République de Platon et par Calliclès dans le Gorgias. Il ne faut pas cependant aller trop vite dans l’interprétation du platonisme. Ces défenses de la force sont en grande partie une réaction contre la démocratie directe athénienne, qui était totalement étouffante. Si seuls les citoyens participaient, excluant les femmes, enfants et étrangers, il n’y avait pas de limite au pouvoir des citoyens. Pas de droit de l’homme pour empêcher un Socrate de se retrouver condamné à mort, par une défense de la liberté d’expression.

Notons que lorsque Thrasymaque énonce que le pouvoir est fondé par la force, il vise la démocratie. La démocratie est le pouvoir du plus grand nombre, parce qu’ils sont pris ensemble les plus forts. Il ne pense pas forcément aux pouvoirs du chef militaire. Et quand il défend les qualité et la force individuelle, c’est en réaction contre le pouvoir de la démocratie (évidemment dans notre pays marxiste, cette thèse est largement passée sous silence dans les études de philosophies).

Le pouvoir par la force donne souvent une monarchie, voire une tyrannie. Mais il peut tout à fait s’appliquer à la démocratie. Le plus fort choisira le régime qui lui convient, que ce soit un homme, un groupe ou une majorité. C’est l’origine même des noms désignants les différentes forme de régime. La Démo-cratie, c’est le pouvoir, la force, kratos, du peuple. La mono -cratie, c’est le pouvoir d’un seul, oligocratie, le pouvoir d’un groupe, ploutocratie, le pouvoir des riches, théocratie, le pouvoir du dieu. Par extension on parle aussi de gérontocratie, le pouvoirs des anciens. Les anciens ont la plupart du temps plus de pouvoir que les jeunes, parce qu’ils ont eu toute la vie pour le construire. La militarocratie désigne le pouvoir de l’armée.

Le pouvoir du souverain est plus grand s’il est craint, que s’il est aimé – Nicolas Machiavel

La fin de la Seconde Guerre mondiale, et la reconstruction ou la construction des démocraties libérales en Europe.

L’auto-fondation du pouvoir – le droit fait le droit

La thèse la plus absurde selon nous. Pour certains, notamment les juristes, derrière le tristement célèbre Kelsen, le droit se fonde tout seul. C’est un peu la théorie de l’art pour l’art, mais adaptée au droit. Cette théorie ne mérite pas qu’on s’y attarde plus. Le droit n’est pas la source de tout pouvoir par lui-même.

Le peuple assemblé – la démocratie directe

Dans la démocratie directe, le pouvoir n’est pas individualisé, il est commun à tous les citoyens. C’est le modèle de la démocratie directe de la Grèce antique, et notamment d’Athènes. Le pouvoir est détenu par l’Assemblée entière qui vote les lois, et les exécute.

Les femmes, les enfants, les esclaves et les étrangers sont exclus. Mais chaque citoyen est également entièrement soumis aux décisions de la collectivité. C’est ainsi que Socrate, pourtant citoyen, n’a pas de droit propre qu’il puisse opposer à la Cité pour éviter la condamnation à mort.

Le pouvoir du peuple est dés lors total et totalitaire. On comprend mieux pourquoi il était si important de savoir bien parler devant les tribunaux et pourquoi savoir convaincre la foule était crucial. Il s’agissait bien sûr d’augmenter son pouvoir personnel, mais aussi d’échapper à la mort. Les lois athéniennes étaient particulièrement dures. La première loi d’Athènes avait été par Draco. Il ne connaissait quasiment qu’un seul châtiment, la peine de mort. L’histoire en a gardé la mémoire par l’adjectif draconien, signifiant dur et sans compromis. Même si les lois avaient ensuite été adoucie par Solon et d’autres, la justice Athénienne était expéditive.

Pour certains, cette démocratie directe reste le modèle presque parfait de la démocratie. C’est notamment le cas de Rousseau, qui fonde un Etat où tout le pouvoir est remis à l’Etat, sans autre contre pouvoir individuel. Mais d’autres, notamment les anglo-saxons, ont préféré défendre des droits individuels incompressibles, pour se garder d’un Etat totalitaire.

La radicalité des régimes de démocratie directe a aussi jeté un voile de défiance sur les Parlements mis en place par la démocratie représentative. Dans la plupart des régimes démocratiques, les Parlements ont été désarticulé, pour leur éviter de sombrer dans la dictature du peuple. C’est ainsi que deux chambres furent créée, un Parlement et un Sénat, et que dans de nombreux pays, une Constitution, d’un rang légal supérieur, empêche le Parlement de voter n’importe quoi. La Constitution elle-même est tenue par son Préambule, contenant les Droits de l’homme.

Dans la plupart des démocraties modernes, le Parlement est aussi tenu de respecter des règles financières strictes, l’empêchant de faire n’importe quoi. Trois pays échappent à cette règle, avec les résultats que l’on connait: les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne.

Une leçon à méditer pour tous ceux qui prétendent se grandir et faire preuve de solidarité en attaquant toute la journée le « libéralisme ».

L’homme – des droits de l’homme à la Souveraineté

Les Lumières ont définitivement mis l’homme, l’individu, au centre de la construction politique occidentale. Ce ne fut pas sans combat et cela reste un sujet de controverse, notamment dans notre France quasiment communiste, qui méconnaît très largement le libéralisme.

Les droits de l’homme ont plusieurs sources historiques, de Cyrus le Grand, qui mit en place la première tolérance religieuse, à la Magna carta anglais, qui posait des limites au pouvoir royal sur ses sujets. ( voir cet article pour plus de détail: https://foodforthoughts.blog/2020/10/24/les-heros-de-la-liberte-defense-et-illustration-de-la-laicite/ ).

La grande idée libérale, anglo-saxonne, est tout simplement que chacun d’entre nous, chaque homme, a des droits qui lui sont propres et sont inaliénables. Là où Thrasymaque défendait l’individu contre la puissance du peuple assemblé en démocratie, le peuple anglais, à travers la Magna Carta, la chute de Charles Ier, la première République de Cromwell, a défendu l’individu contre le tyran de droit divin.

Cérémonie d’ouverture du Parlment anglais, qui fut le phare de la liberté dans le monde

Contractualisme versus totalitarisme

Les droits de l’homme, aussi paradoxale que cela puisse paraître, et un peu malheureux aussi, ont donné lieu à deux traditions.

La première, la plus connue, est celle du contractualisme. Si chacun d’entre-nous a un pouvoir incompréssible, comment fait-il pour s’allier aux autres? Il passe un contrat. C’est le fameux contrat social, tacite la plupart du temps, mais nécessaire en droit, comme fondation intellectuelle.

Et là, c’est le drame. Certains théorisent un contrat limité, l’homme gardant ses droits, les fameux droits de l’homme, limite de tout pouvoir commun. Mais d’autres, au premier rang desquels Rousseau, pensent le contrat des égaux comme une remise totale et complète du pouvoir à l’Etat. C’est la naissance, au sens propre, du totalitarisme. Dans cette version moderne, le fondement totalitaire n’est pas en Dieu, dans la force, dans le tyran. Il vient du peuple. Et c’est d’une certaine manière, encore pire. Car il devient ainsi incontestable. C’est la volonté du peuple. C’est le retour à la démocratie athénienne, mais coiffée par une nomenklatura de représentants députés, le pouvoir n’étant plus donné et exercé par les citoyens.

Les droits de l’homme fondent la démocratie libérale, celle qui respecte les individus, mais ont été immédiatement détournés pour fonder la démocratie totalitaire, où tout le pouvoir revient in fine aux dirigeants.

Une représentation saisissante de Staline – Mélenchon

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