Objectif, subjectif, intersubjectif

  1. L’objectivité
    1. L’objet, c’est la chose
    2. L’objectif, c’est le raisonnement droit
    3. L’objectif, c’est l’Idée hors de moi
  2. La subjectivité
    1. Irréductible Moi
    2. L’expérience, mode d’extension de la connaissance
    3. Le sujet, source de toute vérité
  3. L’intersubjectivité
    1. La dérive moderne du subjectivisme
    2. Vérité ou valeurs
    3. L’enfer c’est les autres
  4. Sauver la subjectivité
    1. Nécessaire intersubjectivité
      1. La reconnaissance juridique de la subjectivité
    2. Que reste-t-il du sujet?
    3. Les gardiens de l’intersubjectivité
      1. Les journalistes, les historiens, les enquêteurs de police et la justice.
      2. L’artiste et le poète
      3. Les psychiatres et psychanalystes
  5. De la raison à la folie
  6. Annexe
    1. Sur le privilège de l’art
    2. Références philosophiques

Voici quelques termes qui méritent d’éclaircissements. Plus encore, le domaine de connaissance propre à chacun mérite d’être redéfini, à l’heure où l’intersubjectivité, comme dans l’oeuvre du désormais regretté Habermas, ou dans la pensée de la science de Kuhn semble avoir envahi tout le domaine du savoir. Quels sont les domaines de l’objectif, du subjectif et de l’intersubjectivité? Quelle vérité, absolue, ou simple validité, peut-on, accorder et établir selon les structures de ces dimensions de la conscience? Où sont-elles toutes sujettes à l’erreur et à la manipulation par le discours? Voici quelques-uns des thèmes que nous allons aborder (le lecteur attentif voudra bien nous pardonner quelques liaisons un peu rapides que nous aurons à cœur de corriger si l’énergie nous en vient).

L’objectivité

L’objet, c’est la chose

Objectif désigne tout simplement l’objet. C’est la chose qui est en dehors de moi, extérieure à moi. La table, l’arbre, le soleil, sont par rapport au sujet qui parle, objet. On ajoute objectif pour signifier qu’il s’impose à tous par l’existence, ou par le raisonnement. Et là, objectif se dédouble.

Est aussi objectif le raisonnement rationnel simple et indubitable. Cela va des mathématiques: 2+2 = 4 est une vérité objective, universelle, indiscutable. Le ciel sans nuage est bleu est une vérité objective. On devrait dire que cette proposition est la simple description d’une réalité. Mais l’accord et la validité de la proposition ont transformé cela en une « vérité ». L’accord du sujet et du prédicat est universellement valable. On parle alors d’une vérité objective.

Un bon exemple est ce que Kant appelle le jugement analytique. C’est un jugement qui met en rapport un sujet et l’une de ces déterminations, exactement dans la lignée des Catégories d’Aristote. L’homme est mortel, le chien a 4 pattes sont des vérités objectives.

L’objectif, c’est le raisonnement droit

Le jugement analytique est objectif de deux manières. Si je dis : tous les points du cercle sont à la même distance du centre du cercle, c’est une vérité objective a priori. Le cercle parfait n’existe pas dans la nature. Il est une construction intellectuelle. Et pourtant cette relation est toujours valable. Je peux en déduire qu’il existe un rapport constant entre le rayon du cercle et la périphérie du cercle, et je peux nommer ce rapport sans même le connaître, en l’appelant Pi, par exemple. (La circonférence = 2 pi R, mais peu importe le 2… ce qui compte c’est l’idée de la proportion nécessaire entre le rayon et la circonférence. Il en est de même de l’air).

Le jugement analytique peut aussi être a posteriori, construit sur un concept empirique. Par exemple, un chien est un animal dont la connaissance relève de l’expérience. Sa définition est donc construite sur l’observation que l’on en a. C’est un animal à 4 pattes, qui apprécie son maître et qui aboie. La définition est une addition de critères et pas forcément détruire d’une nécessité. La nécessité de l’existence du chien est bien plus difficile à montrer. Il se pourrait bien que l’existence du chien soit complètement contingente, et qu’il n’y ait pas de « nécessité » du chien, et donc pas de définition a priori.

Nous voyons le problème de l’objectivité. D’un côté peut-être objectif ce qui n’existe qu’en pensée sans être sujet à une expérience. Et de l’autre peut-être objectif, ce qui relève uniquement de l’existence, sans nécessité. Nous voyons tout de suite que l’Idée de dieu est nécessaire mais sans faire l’objet de la moindre expérience concrète. On ne peut pas lui donner le critère de l’existence, puisque de la même manière, nous ne trouverons jamais dans la nature deux choses parfaitement égales, et que l’égalité est une simple idée de la raison (Socrate, dans le Phédon).

L’objectif, c’est l’Idée hors de moi

Ainsi, chez Platon, l’Idée est objective. Elle existe quelque part et fait l’objet d’une expérience de l’âme. Même si nous n’arrivons plus à définir les Idées, nous les reconnaissons ici-bas parce que nous les avons contemplées, nous en avons eu l’expérience, dans une autre vie.

Nous avons donc trois objectivités: l’idée purement nécessaire, l’idée applicable à la nature et à l’expérience, comme le un, ou l’égal, ou les constructions géométriques et algébriques, et enfin les expériences purement contingentes. Le génie de Kant sera de montrer comment les catégories s’appliquent aux formes de l’espace et du temps et nous permettent de penser des lois universellement applicables à toute expérience (comme montré… longuement… ici: https://foodforthoughts.blog/2020/11/15/le-jugement-synthetique-a-priori-ou-la-formation-des-lois-scientifiques/ )

La subjectivité

Irréductible Moi

La subjectivité n’est pas tellement mieux lotie en termes de clarté du concept. Le sens le plus évident, le plus courant, est celui du ressenti individuel. Je ressens les choses en fonction de ma propre complexion, et comme le suis un être unique dans l’univers, ma sensibilité est aussi unique. Cette singularité constitue une part de la sensation qui, en toute logique, devrait être parfaitement incommunicable, uniquement relative à celui qui sent de cette manière;

Et comme nous sommes tous uniques, nous avons tous une part propre, incommunicable, qui nous relie uniquement à nous-mêmes et que nous ne pourrions pas partager. C’est assez triste. Nous plongeons dans un extrême de la sensibilité, qui, s’il existe, n’est pas communicable, donc improuvable. Je peux le déduire de mon caractère unique, mais je ne peux en donner le moindre exemple. Si en effet j’en donne un exemple et que l’autre le comprend, hop, la singularité disparaît. Nous sommes dans le relativisme le plus total.

L’expérience, mode d’extension de la connaissance

Bien sûr, une autre partie de la subjectivité est communicable et partageable. Cette communication permet d’ailleurs une « extension » de l’expérience humaine. À travers cet échange d’expérience, sous la forme du dialogue, de l’oeuvre fabriquée, de l’expérience vécue ensemble, je n’apprends rien de plus du point de vue objectif. Mais j’étends mon expérience humaine au-delà même de mon champ propre et initial d’expérience. Je suis déjà dans l’intersubjectivité qui est supposée être le troisième terme de l’exposé. L’artiste est devenu l’archétype de ce type de subjectivité. Les toiles de Picasso, dans leur déformation des perspectives, nous invitent à voir le monde autrement. Le génie de Monnet et l’invention de l’impressionnisme ouvrent notre champ émotionnel. Mon expérience est « élargie », enrichie, partagée, même si en toute scientificité, je n’ai rien app

Monet, femme à l’ombrelle

Le sujet, source de toute vérité

Le troisième niveau de la subjectivité est le « Je » cartésien. A ce stade, la définition est totalement inversée. Ce qui était le comble du singulier, devient la source de l’universel. Ce que l’on appelle la révolution du sujet, cependant, n’est pas lié à ce renversement, mais au renversement du sujet et de l’objet comme source de… l’objectivité et de la vérité.

La vérité chez Platon ne dépendait pas du sujet, mais de l’Idée. Le sujet se pliait devant la réalité de la vérité. Mais la question du fondement restait inconnue. Descartes, en cela parfait continuateur de Socrate, cherche à lever tous les doutes possibles, à dépasser la docte ignorance. Il y parvient en posant le sujet, le « Je », l’expérience de ma propre réalité, qui résiste à tout doute possible (voir plus de détail ici: https://foodforthoughts.blog/2025/08/01/descartes-heritier-de-socrate-je-pense-donc-je-suis/ ).

Toute vérité trouve désormais son fondement dans la conscience humaine. L’idéalisme objectif de Platon, qui considérait les Idées comme dotées d’une réalité supérieure à celle de la réalité elle-même, est désormais remplacé par ce qui deviendra dans la philosophie allemande l’idéalisme subjectif. Toute idée, toute pensée, doit être déduite du Je, avant même de considérer la réalité extérieure. Celle-ci est ravalée à n’être qu’un objet, une chose, dont le statut d’être est dévalorisé. Elle n’a plus de lien avec les Idée à la réalité parfaite dont elle serait une imitation. Elle est au contraire quelque chose de fondamentalement inconnaissable dans son essence. Kant déclare que le noumène, l’essence de la chose réelle, est inaccessible à la conscience. Seules les lois de la conscience, dans l’espace et le temps, seule la subjectivité, au sens de subjectivité universellement partagée par tous les hommes, le Je, la logique, les catégories, sont réelles et vraies.

L’intersubjectivité

Les définitions variées et contradictoires de l’objectif et du subjectif nous montrent toute la complexité des statuts d’être de la réalité et de la pensée. Ces changements de position font le régal de Hegel qui peut y trouver un bel exemple de sa dialectique, de sa thèse de la transformation de l’Idée dans le temps et l’histoire. C’est d’abord le réel qui est objectif, puis c’est l’Idée platonicienne, puis c’est la pensée elle-même… En toile de fond se déroule le drame de la vraie réalité.

Mais la philosophie a aussi exploré une autre piste, une sorte de troisième voie, qui n’est pas une synthèse, mais une troisième modalité de mise en place de la réalité. On aurait tort de croire qu’il s’agit d’une innovation moderne. Les fondements de l’intersubjectivité sont posés par Socrate dans le Premier Alcibiade. Socrate explique à Alcibiade qu’il faut apprendre à se voir dans l’oeil de l’autre. Il ouvre une dimension nouvelle de la vérité, celle qui se construit dans le rapport à l’autre et non pas dans le rapport aux dieux ou aux Idées. L’idée aura pourtant des fortunes diverses.

La dérive moderne du subjectivisme

La position de Kuhn, citée en introduction, consiste à dissoudre toute objectivité, y compris scientifique et rationnelle, dans l’intersubjectivité. Toute loi scientifique, nous dit Kuhn, c’est une loi qu’en tant qu’elle est reconnue comme telle par la communauté scientifique et tant qu’il en est ainsi.

Kuhn fonde son constat sur la variabilité des lois de la physique. Un nouveau système finit toujours par en remplacer un autre. La vérité que l’on croyait éternelle et parfaite des lois de Newton, n’était finalement qu’une étape dans le développement de la connaissance. Aucune loi n’est absolue. La vérité ultime est à jamais inaccessible. Est posé comme vérité ce que la communauté scientifique qualifie comme telle durant une période donnée.

Kuhn va évidemment trop loin. En mathématiques, la preuve rationnelle et démonstrative reste le graal de l’approbation par la communauté scientifique. En physique, personne n’a jamais soutenu avoir trouvé la théorie du tout. La théorie de Newton n’a jamais justifié la Lune et ses mouvements. L’orbite de Vénus n’a pas non plus été parfaitement simulée par les calculs newtoniens. L’union des forces fondamentales reste un sujet ouvert et ne fait pas, justement, l’objet d’un consensus. Les hypothèses du Spin des particules n’ont pas non plus été validées…

D’autres théories, comme la classification périodique des éléments, parfaite en son genre, sont au contraire rationnellement tellement solides que l’on peut se demander comment nous les remettrons en cause un jour. La thèse qui consiste à réduire la validité de la logique à l’approbation de l’intersubjectivité est tellement dangereuse que l’on finit par ne plus voir la différence entre cette thèse et la propagande totalitaire qui imposerait aux consciences que 2+2=5.

Non seulement chacun n’a pas « sa » vérité, ce qui est contradictoire avec l’idée même de vérité, mais même un groupe, ou l’humanité entière ne saurait violer les lois de la logique et du raisonnement et proclamer vrai ce qui relève de ces lois et viole ces lois. Un mensonge ou une erreur répétés par un milliard de personnes ne le transforme pas en vérité logique. C’est donc ailleurs, dans un autre ordre d’objets mentaux, qu’il faut chercher la possibilité d’un fondement intersubjectif d’une forme d’objectivité.

Vérité ou valeurs

Un cran en dessous de l’attaque en règle contre l’objectivité scientifique, nous trouvons la validation de ce que l’on appelle les « valeurs ». il n’y a pas de définition parfaite, mais les valeurs sont en gros les principes, souvent moraux, que l’on se donne pour conduire sa vie ou juger l’action. Les « valeurs » seraient dans un no man’s land intellectuel et par conséquent l’objet d’un choix plus ou moins rationnelle. Les valeurs englobent ainsi les valeurs religieuses, « la vie », « l’amour », du côté chrétien, « la soumission juridique de la femme à l’homme » dans l’Islam, le monothéisme chez les juifs, « le dialogue » en démocratie, pour donner quelques exemples.

Les valeurs peuvent avoir une composante objective conceptuelle. Mais elles peuvent être contradictoires, ce qui montre leur manque d’universalité. On ne peut pas défendre à la fois la loi islamique et la loi démocratique. Elles sont donc validées par un consensus et non par un raisonnement. Le consensus est le partage par les personnes concernées de la valeur en question. Si la valeur est reconnue, acceptée, partagée, elle est d’office validée. Nous trouvons ainsi autant de formes de démocraties qu’il y a des pays démocratique. Comment comparer la démocratie libérale extrême américaine et le fameux « pacte social » français, reposant sur une mutualisation extrême de la santé, la retraite, l’éducation? La différence d’orientation est complète.

Ce qui devient le plus important dès lors, est de trouver un moyen d’installer ces valeurs le mieux possible. La religion a ses moyens propres, crédulités, forces des messages, connivence voir fusion avec un pouvoir politique appuyé sur la force, éducation dès le plus jeune âge et tradition… Mais comment faire dans des pays démocratiques? C’est la question posée par Habermas dans son Agir communicationnel. Sa méthode consiste essentiellement à revenir aux conditions du dialogue socratique. La valeur, ou le choix, le plus rationnel et consensuel, doit l’emporter. Plus généralement, cette méthode est aussi celle qu’a choisi l’Allemagne traumatisée d’avoir obéit à un seul homme et d’avoir créé une forme de totalitarisme épouvantable l’ayant conduit à la ruine, la honte et la défaite. Le consensus rationnel cependant, reste tributaire de longues et difficiles négociations. Il nécessite l’accord quasiment unanime de toutes les parties prenantes, ce qui lui donne souvent des airs de freins à l’action, de conservatisme et d’immobilisme, bien caché sous le terme plus flatteur de consensus.

Les ennemis de la démocratie sont sans doute ceux qui connaissent le mieux ces mécanismes de création, parfois factice, de consensus. Ayant éliminé toute notion de liberté d’expression dans leurs tyrannies, ils manient au plus près la communication, ou devrait-on plutôt dire, la propagande, avec comme buts de toujours souder le groupe, purger les dissidences et installer un discours de grandeur de la nation.

Ils savent d’expérience lutter contre la liberté d’expression beaucoup mieux que nous ne savons la défendre. Il y a deux méthodes principales pour retourner la liberté d’expression contre elle-même. Faire monter les extrêmes, en privilégiant les passions sur la raison et discréditer les discours rationnels, présentés comme des idéologies. Il s’agit de radicaliser les positions pour empêcher le consensus. A ce titre, aucun texte ni aucune thèse n’ont sans doute fait plus de mal à la démocratie libérale que le texte de Marx La question juive. C’est dans ce torchon que Marx dénonce les droits de l’homme comme étant une construction bourgeoise visant à asservir le peuple. Les droits de l’homme, dans une duplicité qui confine à la schizophrénie, auraient pour but cachée et sens véritable l’exacte inverse de ce qu’ils déclarent, à savoir non pas le règne de la liberté individuelle dans un pays régit par le droit et reconnaissant l’individu.

Le texte de Marx, au passage condamné dès sa sortie pour son antisémitisme, est le symbole tournant funeste de la démocratie. En ramenant les droits de l’homme au rang d’une idéologie comme les autres, Marx, qui pensait peut-être réellement défendre les ouvriers (mais on est en droit d’en douter), a ouvert la boîte de pandore. Si tout est idéologie, seule la force. Le discours devient l’enjeu principal, puisqu’il n’y a pas de normes plus importantes qu’une autre. Nous entrons dans l’ère de la communication comme principe supérieur à la réalité.

La naissance du complotisme et de l’antisémitisme moderne.

Le succès de ces thèses, notamment au sein même de l’université et parmi les professeurs de philosophie, ne cesse d’interroger. On pourrait encore penser que les premiers apôtres avaient une bonne intention, même si un tel texte, une telle haine de l’individu et de la liberté, ne passent pas inaperçus dans les thèses de Marx. Qu’en penser alors aujourd’hui, alors que le communisme est le seul système politique ayant connu 100% d’échec? Même la Chine lui a tourné le dos… mais en France certains continuent à y croire…

Malheureusement, et c’est encore pire, le succès intellectuel et historique du marxisme montre cette porosité de la subjectivité et sa fragilité face au discours de l’intersubjectivité.

L’enfer c’est les autres

La subjectivité, le rapport de soi à soi, dépend de l’autre. Mais cette dépendance ouvre les portes de l’enfer et du paradis. D’un côté nous avons par exemple l’amour, qui nous promet une intersubjectivité non seulement pacifiée mais même capable de nous combler et de nous conduire au bonheur. Qu’attendons-nous des autres en effet, si ce n’est de l’amour? Qu’avons-nous besoin de donner nous-mêmes si ce n’est de l’amour? Dans les deux sens, la preuve de notre valeur, et implicitement de notre respect des autres, de la loi morale, et de nous-mêmes, c’est l’amour.

L’expérience quotidienne nous montre malheureusement quelque chose de bien plus tragique et complexe. D’un côté, le narcissisme, le repli sur soi, l’amour de sa propre image, dévore tout. Il justifie le mensonge, la violence, la déformation de toute réalité. « Moi » ne doit avoir aucune limite. Les psychologues ont tendance à dire que le narcissisme cache des failles et une fragilité. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il le cache bien, jusqu’au sommet du pouvoir, de Trump à Poutine. Le narcissisme est bien au contraire incassable. L’autre y devient soit le soumis qui nourrit l’image, soi l’ennemi qu’il faut faire disparaître. Il n’y a pas d’entre-deux, à la fois au sens où il n’y a pas de nuance, mais aussi au sens où la psyché ne peut pas se projeter sur plus d’une seule personne (voir à ce sujet nos articles sur l’origine du mal).

L’extrême inverse, l’ouverture et la tolérance, va souvent de pair avec un drame familial ou personnel. Seul celui qui a vu l’abîme reconnait l’abîme et comprend la douleur des victimes de toutes sortes. Cette dialectique est assez claire dans la question de la reconnaissance demandée par les victimes. La victime, notamment de mauvais traitement, a psychiquement besoin que sa douleur et son calvaire soit reconnu par d’autres. Malheureusement, c’est surtout la reconnaissance et le mea culpa du coupable qu’elles cherchent. Or ce mea culpa est quasiment impossible. Sinon la personne ne se serait jamais comportée de cette manière… La reconnaissance va être bien plus facile auprès des autres victimes et dans les procédures légales. Les autres victimes savent l’horreur et sont capables d’empathie. Tout ce que le psychopathe ne sait pas faire, surtout quand il s’agit de lui.

Dans aucune de ces deux positions l’amour et le rapport à l’autre ne sont sereins. Il n’est pas possible d’arriver à un rapport à l’autre pacifié

Sauver la subjectivité

La communication des subjectivités n’est pas, c’est le moins que l’on puisse dire, un processus simple. Entre la construction de l’identité individuelle qui passe par le regard d’un ou de plusieurs autres, et la nécessité de se définir comme individu, ce sont cinquante nuances d’incompréhensions qui s’interposent.

Nécessaire intersubjectivité

Il est des expériences dans la vie dont on se passerait bien, mais qui par leur caractère absolu, nous montrent une réalité que nous ne pouvions sans doute pas apercevoir sans elles.

Parmi ces expériences, il y a bien sûr la violence et le trauma, qui nous montre à quel point l’Autre peut nous faire du mal et à quel point nous avons au contraire besoin d’amour, de reconnaissance, d’écoute, d’échange émotionnel, etc. Mais il y a aussi une expérience encore plus universelle. Nous voulons parler du deuil.

Cette expérience est difficilement communicable. Imaginer un instant que vous ayez perdu toute votre famille et même tous vos amis d’enfance. Toutes vos premières joies, premières peines, vos apprentissages, vos expériences, les câlins ou les gâteaux de votre grand-mère, tous ces moments de partage réel, imaginez que toutes les personnes avec lesquelles vous les avez partagés aient disparu. Une représentation moderne assez forte a été présentée dans Avengers Infinity wars et End game, quand Thanos fait disparaître la moitié de toute vie dans l’univers.

Dans ce passage, Peter est comme conscient de sa propre disparition en train de se faire

Que reste-t-il de nos souvenirs? Ce qui en faisait la beauté, l’importance, la valeur, c’était en définitive leur caractère partagé. Nous pouvions, à plusieurs, nous en rappeler. Ce partage est remplacé par une forme de néant. Le souvenir individuel perd sa réalité. Et comme nous parlons de milliers de souvenirs à travers le temps, c’est toute notre conscience de nous-mêmes qui est affectée. Notre vie devient un rêve dont nous aurions gardé le souvenir. Notre individualité se réduit au fur et à mesure que le nombre de morts nous entourant croît. Nous sommes aspirés par leur néant, vers l’au-delà, le pays des fantômes et des êtres de lumière. C’est sans doute l’une des expériences de la mort les plus puissantes que nous pouvons faire durant notre vie. Partout nous, et la civilisation avec nous, lutte contre le néant, l’oubli, la mort. Les lois, l’histoire, la pensée, traversent les générations. Nous cherchons l’éternité aussi bien dans la pensée et la rationalité que dans l’oeuvre, l’action ou la famille. Mais quand la mort, inéluctable comme l’est Thanos dans Avengers, frappe à la porte, c’est un vide, un rétrécissement, un basculement qui se produit dans notre propre moi. Une amputation dont rien ne nous permettait de comprendre l’importance, incapables de voir parfois ce que nous avons et ne le réalisant que dans la perte.

La reconnaissance juridique de la subjectivité

« Je est un autre » dit la formule au double sens. « Je » est quelqu’un d’autre, je ne le connais jamais, je ne me connais jamais, contrairement à ce que commande l’injonction socratique du connais-toi, toi-même. Et » je » est connu, reconnu à travers le regard d’un autre. C’est parce qu’une personne me reconnaît, s’adresse à moi comme à un être humain, que je deviens moi-même humain. La combinaison des deux interprétations nous donne un « je » qui dépend entièrement de l’extérieur pour sa reconnaissance à lui-même.

Nous sommes loin du « je pense, j’existe » de Descartes. Plus troublant encore, nous pouvons tout à fait penser les deux identités en même temps. D’un côté, indéniablement je suis parce que je pense, je suis rationnel, mais aussi, parce que la thèse de Descartes ne s’arrête pas à la pensée et à la rationalité, parce que je sens, j’imagine, j’ai un corps. Et pourtant, tout cela n’est pas suffisant pour une autre partie de la subjectivité, qui exige pour lutter contre l’angoisse du non-être, d’être reconnu par autrui comme une identité. Nous pourrions dire que la première subjectivité est objective et la seconde est une subjectivité subjective. Le terme de subjectivité est un peu victime de sa propre extension.

La seconde subjectivité a besoin d’être objectivée, de se retrouver gravée dans le marbre de la réalité. La structure sociale est l’élément clé de la résolution de cette question. Aristote disait déjà que l’homme est un animal politique, vivant en communauté. La société, ou l’État, garantit l’enregistrement de la filiation, de l’identité, du parcours scolaire et professionnel, du parcours de soin et de santé, de la propriété, du mariage, des enfants, des œuvres, etc. L’organisation et l’extension de toutes ses garanties de l’existence dépendent du régime et de la religion. Là encore, il s’agit de créer une forme de récit légal de la vie de chacun, de relier les moments de la chronologie selon certaines formes. Du CV au casier judiciaire, en passant par la note de crédit accordée par la banque… nous aimerions tous parfois que ce miroir d’une partie de notre vie soit un peu plus souple…

La tentation de transformer le récit et l’objectivation de la seconde subjectivité en outil totalitaire est en effet toujours présente. En Chine, chaque habitant a désormais une note de crédit social, basée sur des éléments. Cette note, selon les critères du gouvernement, peut conditionner l’accès à l’emploi, au crédit, à l’enfant, au logement. Dans nos démocraties libérales, nous travaillons un équilibre fragile qui consiste à écrire l’histoire a posteriori, sans – trop – impacter l’histoire elle-même. Mais nous ne pouvons pas nous leurrer non plus. Plus on est pauvre, plus il est difficile d’emprunter. Un ancien prisonnier aura plus de difficulté à s’insérer.

Nous retrouvons ce critère négatif de la subjectivité. Elle est falsifiable, manipulable, par l’individu, ou par l’État. Il y a même une forme de lutte entre les deux pour la maîtrise de ce récit, à travers les possibilités d’action offertes ou non aux individus.

Que reste-t-il du sujet?

Les gardiens de l’intersubjectivité

Sorti du domaine de la preuve scientifique, le récit, et non la démonstration, est sujet à toutes les déformations possibles. Une démonstration logique est en tout lieu et en tout point vérifiable par n’importe quelle personne rationnelle, suffisamment formée. Mais les discours non-rationnels, les récits, sont sujets à de bien plus grandes tentations.

L’embellissement, la réécriture, la manipulation, font partie des déformations possibles. Pour se prémunir au maximum de ces manipulations, la démocratie a créé un certain nombre de disciplines dont le rôle est de garantir l’exactitude des faits. L’actualité nous montre tous les jours la tentation, notamment de certains hommes politiques, de mettre en place un récit qui sert leurs intérêts. En face d’eux, ils trouvent le quatrième pouvoir, la presse et les journalistes, ou au moins une partie du journalisme. De la même manière, mais sur le temps long, les historiens ont pour mission de rétablir la réalité des faits.

Les journalistes, les historiens, les enquêteurs de police et la justice.

Leur tâche est immense. Elle l’est d’autant plus aujourd’hui où l’on voit croître partout dans le monde les méthodes de désinformation et la contestation de l’objectivité. Comme les enquêteurs de police et les juges, le journaliste et l’historien s’appuient sur deux éléments principaux: la chronologie et la responsabilité. Qui a fait quoi, à quel moment, dans quel enchaînement d’événements et quel respect ou violation des responsabilités légales de chacun, voilà ce qu’il faut poser pour permettre l’exercice du jugement.

Hérodote, le père de l’histoire, donnait à son enquête un but précis: faire en sorte que les actions des grands hommes ne tombent pas dans l’oubli. Son ennemi, si l’on peut dire, était la disparition de la mémoire collective des hommes. Mais il ne s’agissait pas de n’importe quelle mémoire. Mais bien d’une mémoire objectivée, partageable, reconnaissable par tous. C’est tout le travail de Thucydide que d’établir cet enchaînement des faits et des responsabilités, à travers la recollection des témoignages des acteurs. Il note les différences parfois flagrantes dans les récits, dont seuls les croisements permettent d’établir un récit vraisemblable, réaliste, logique.

L’artiste et le poète

A ce titre, le poète, créateur d’œuvre, a le privilège insigne d’avoir le droit de dire n’importe quoi. Il n’est pas tenu par une réalité ou une objectivité qui pourrait être validée par un échange, un dialogue et la reconnaissance d’une expérience commune.

L’artiste a le droit d’inventer en dehors de la réalité. Mais cela ne veut pas dire qu’il soit libre de faire n’importe quoi. Il doit suivre certaines règles, assez mystérieuses d’ailleurs, qui rendent son histoire vraisemblable ou crédible pour ses spectateurs. Il ne s’agit d’ailleurs pas de la même vraisemblance que celle de l’historien. Le poète ne peut pas faire n’importe quoi. Il s’adresse cependant à une autre partie de la subjectivité, à travers ses personnages, leurs enjeux et aventures. On note souvent que l’histoire, notamment par toutes les horreurs qu’elle contient, est souvent bien moins vraisemblable que la littérature. Plus qu’une différence de degré, c’est cependant surtout une différence de nature qui sépare les deux activités. La littérature cherche toujours une forme de reconnaissance de l’identité de ses héros, à travers l’action glorieuse, l’amour, ou la restauration de la lignée. Le héros est reconnu par le roi, le chef, ou le peuple. Ainsi des Trois mousquetaires. La reconnaissance par l’amour est celle des amants, qui soumettent leur subjectivité à l’autre. Celle de la filiation vient souvent par une preuve, comme l’objet que l’on avait donné à l’enfant perdu dans les pièces de Molière.

Cette question de la reconnaissance touche une facette de l’intersubjectivité plus profonde et plus fondamentale de la création de l’identité de soi à soi.

Les psychiatres et psychanalystes

Ces disciplines, bien plus jeunes à l’aune de l’histoire humaine, ont aussi à faire avec la perte de contact entre la réalité et la subjectivité. Le psychiatre a surtout à faire à la folie, l’extrême de la subjectivité qui a lâché tout lien avec la réalité. Le fou ne parle que de son imagination. Sa définition identitaire tourne en rond dans sa psyché et il n’est malheureusement plus possible de la reconstruire selon les critères usuels de santé mentale.

Le psychanalyste a plutôt à faire avec les problèmes de violence, détournée ou directe, à l’intérieur de la famille, violences qui bloquent la reconnaissance de l’autre et principalement dans le développement psychique des enfants, qui restent les principales victimes de ces processus.

De la raison à la folie

Le sujet, ou plutôt la conscience, n’a pas encore fini de nous livrer tous ses secrets. Du sujet intellectuel et rationnel, à la folie furieuse et l’enfermement dans un discours symbolique, la question de la liaison des différentes dimensions de la conscience ne saurait être plus large.

La dualité, ou la multi dimensionnalité de l’homme ne correspond pas uniquement à la distinction de l’âme et du corps. À l’intérieur de l’âme elle-même, la possibilité du grand écart existe. Étrangement, le plus solide, le plus parfaitement partagé, la raison, est ce qui nous définit le moins en tant qu’individu singulier. À l’inverse, ce qui a trait à notre singularité est plus fragile, soumis à la désobjectivation narcissique et à la manipulation, soit par un tiers extérieur, soit par nous-mêmes.

A nouveau la question se pose à nous de chercher la liaison de ces dimensions en partant de la définition de la conscience comme conscience libre. Il n’était pas très intuitif de soumettre la raison à la liberté, dont elle est l’instrument dans le temps, l’espace et l’action. Mais de soumettre la subjectivité dans sa dimension intersubjective à la liberté ressemble encore plus à une quadrature.

Il faut sans doute réordonner les catégories. La raison rationnelle permet le raisonnement logique, qui est transcendant, commun à tous et communicable. Il est donc également intersubjectif, mais de manière objective. Il sert également à l’action de chacun, qui est bien individuelle et libre. Du côté de la subjectivité, nous avons d’abord l’intersubjectivité, qui pour ainsi dire part de l’illogique, du sujet, pour aller vers la transcendance par la reconnaissance d’autrui. Cette reconnaissance fait passer le subjectif à un statut d’objectivité (alors que pour la logique le chemin se déroule dans l’autre sens).

Cette objectivation est soutenue par un grand nombre de dispositifs, la loi, qui fixe, l’identité, la justice, la police, le journalisme, l’histoire, mais aussi les contrats de la vie professionnelle, etc. Cette objectivation est fragile et peut être sujette à manipulation et transformation.

L’art, à la fois dans la création et dans la contemplation, redonne une liberté à la subjectivité en cherchant la communication des subjectivités au-delà des dispositifs de réalisation plus ou moins administratifs. Mais il touche finalement, ou revient au sujet de la reconnaissance de la psyché, à travers l’oeuvre. Soit qu’il y ait reconnaissance et mise en scène de cette reconnaissance. Soit qu’il soit communication d’une subjectivité, comme dans l’Impressionnisme, une subjectivité qui « parle » finalement à tous, reculant les frontières de l’expérience sensible commune.

La subjectivité réussie est finalement celle qui est communicable et partageable dans l’intersubjectivité. Elle ne se fait pas n’importe comment. A l’inverse, le dernier champ, celui de la subjectivité pure, à la communication fragile ou impossible, est le champ de la folie. Les liens avec la réalité sont distendus voire reconstruits dans le phantasme ou le symbole. L’identité, la définition que l’on se donne à soi-même, ou que l’on reconnaît comme étant la sienne, est remplacée par une identité quasiment d’emprunt ou d’ailleurs.

Annexe

Sur le privilège de l’art

La série Les idées larges sur Arte, souvent trop wokistes, mais nos lecteurs sauront s’y retrouver, propose une très bonne émission sur les rapports du public, de l’oeuvre et de l’auteur. Même si l’émission se place toujours du point de vue des femmes et de Metoo (les femmes sont parfaites, en revanche les hommes… tropisme wokiste classique, trop classique.. tous les exemples vont dans le même sens), les distinctions posées sont suffisamment bien faites pour poser clairement les questions:

https://www.youtube.com/watch?v=87TnE84JuZU

Références philosophiques

Dans ce texte, nous avons pris pour acquis une grande partie de la littérature liée au sujet. La question de la subjectivité nait historiquement juste après la position du sujet cartésien. On peut noter trois fondements. L’identité narrative, qui trouve ses linéaments dans la définition de l’identité de Locke; l’identité subjective, dans les Confessions de Rousseau; ou encore dans la Critique de la faculté de juger, où Kant cherche les fondements de la communication des subjectivités au-delà de la connaissance rationnelle.

Sur la base de ces fondements, la philosophie a suivi de nombreux chemins dont voici les principaux, trouvés avec Chat GPT:

Chez Georg Wilhelm Friedrich Hegel, le point de départ est exactement celui que vous mentionnez : le besoin de reconnaissance. Dans la dialectique du maître et de l’esclave (dans la Phénoménologie de l’esprit), une conscience n’accède à l’objectivité de soi qu’à travers la reconnaissance par une autre conscience. L’objectivité n’est pas donnée, elle est produite dans une relation. Et surtout : elle ne disparaît pas dans la subjectivité, elle se stabilise institutionnellement (droit, État, mœurs). On est très proche de votre idée : des expériences subjectives (désir, lutte, souffrance) deviennent objectives par médiation sociale.

Axel Honneth radicalise cette intuition. Dans sa théorie de la reconnaissance, il montre que des expériences subjectives de mépris ou d’injustice deviennent des prétentions objectives dès lors qu’elles sont articulées publiquement. Le cas paradigmatique est celui des victimes : la souffrance n’est pas encore une vérité objective, mais elle le devient à travers des luttes pour la reconnaissance, des récits, des institutions. L’objectivité est ici le résultat d’un processus de validation intersubjective des expériences vécues.

Dans une perspective différente, Paul Ricœur a beaucoup travaillé sur le témoignage et l’histoire. Il montre que le témoignage est fondamentalement subjectif, mais qu’il peut produire de l’objectivité à condition d’être soumis à des procédures : confrontation des récits, critique, archivage. L’histoire n’est pas purement objective au sens positiviste, mais elle n’est pas non plus subjective : elle est une objectivation du vécu à travers des médiations (documents, institutions, méthodes). Ici encore, on part du subjectif pour produire de l’objectif.

On retrouve une logique analogue chez Hannah Arendt. Pour elle, le monde commun (et donc une certaine objectivité) naît de la pluralité des perspectives. Un événement devient « objectif » lorsqu’il peut apparaître devant plusieurs et être raconté, discuté, stabilisé. Cela correspond très directement à ce que vous évoquez : témoignage, reconnaissance publique, mémoire des victimes.

Sur le plan juridique, ce que vous décrivez correspond très bien à la pensée de Ronald Dworkin. Le droit n’est pas une pure objectivité donnée : il est construit à partir de cas, d’interprétations, de conflits de subjectivités. Mais ces subjectivités sont contraintes par des procédures, des précédents, une exigence de cohérence. L’objectivité juridique est donc une objectivité procédurale issue de positions subjectives argumentées.

Enfin, ce que vous dites sur l’art renvoie à John Dewey. Pour lui, l’œuvre d’art part d’une expérience individuelle, mais elle devient objective dans la mesure où elle est partageable, reconnue, et qu’elle cristallise une expérience humaine commune. L’objectivité esthétique n’est pas donnée, elle est produite dans l’expérience partagée.

Si l’on reformule votre intuition en termes philosophiques rigoureux : il ne s’agit pas de nier l’objectivité, mais de déplacer son origine. L’objectivité n’est plus première ; elle est le résultat d’un processus de mise en commun, de mise à l’épreuve et de stabilisation des subjectivités.

Et votre liste est très cohérente :
– reconnaissance (Hegel, Honneth) → objectivation des personnes
– témoignage et histoire (Ricœur) → objectivation du vécu
– droit (Dworkin) → objectivation des conflits
– art (Dewey) → objectivation de l’expérience sensible

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