Demain, dimanche 12 décembre, suivant la proposition des Présidents des deux Assemblées, un grand rassemblement politique aura lieu contre l’antisémitisme à Paris et d’autres partout en France. Ce sera la manifestation politique la plus importante en France depuis les concerts de 1985 faisant suite à la création du slogan « Touche pas à mon pote » de SOS racisme.

Cet appel fait suite aux conséquences sur le territoire français du massacre perpétré le 7 octobre par les terroristes du Hamas en Israël. Pour contrer les actes antisémites qui ont explosé sur le territoire, la République, par les Présidents de ses deux chambres principales, réaffirme son universalisme et son refus du racisme.

Mais la puissance de cet événement ne s’arrête pas là. La participation du Rassemblement Nationale à la manifestation, et au contraire l’absence de l’extrême gauche mélenchoniste acte la recomposition du fameux cordon sanitaire anti-extrême droite, et la composition d’un nouveau cordon sanitaire, cette fois contre l’extrême gauche antisémite, anticapitaliste et anti-républicaine.
Ce double mouvement, de normalisation du RN d’un côté et de diabolisation de l’extrême gauche de l’autre est évidemment l’aboutissement d’un long mouvement intellectuel et politique de recomposition. A droite, tout a commencé le 20 août 2015 avec l’exclusion de Jean-Marie Le Pen de son propre mouvement. A gauche, le choc en retour a mis du temps à émergé, mais a en fait, d’un point de vue chronologique, été assez rapide, avec la fondation de le LFI dès LE 10 février 2016.
Les autres partis sont bousculés par les mouvements des extrêmes ( ce mouvement de renouvellement depuis les extrêmes est une constante du temps long de la vie politique française depuis la Révolution). La gauche républicaine a disparu d’un seul coup à la fin du mandat de François Hollande. La droite très centriste de LR lutte pour sa survie en essayant de se repositionner plus à droite, mais elle se heurte désormais à Zemmour. Ces deux mouvements ont eu le tort de trop se rapprocher du centre pour conquérir le pouvoir et de s’éloigner de leur base électorale. Au milieu, Renaissance, le mouvement d’Emmanuel Macron, ce nouvel UDF réussi pourrait-on dire, sans doute parce qu’il est parti de la gauche et non de la droite, lutte lui aussi désormais pour sa survie, malgré sa forte assise de gauche.
La légitimisation du RN
Légitimé son parti pour en faire un parti de gouvernement est le but de Marine Le Pen depuis sa prise de pouvoir du parti. On se rappelle par exemple les instructions données aux députés RN concernant le comportement irréprochable attendu d’eux à l’Assemblée nationale et dont la cravate est le symbole. Mais suite au 7 octobre, tout s’est accéléré jusqu’à la déclaration de Serge Klarsfeld: «Il faut se réjouir que le Rassemblement national participe à la marche contre l’antisémitisme ».

Consterné par l’antisémitisme de LFI, par la molle de Renaissance et la faiblesse de LR, le CRIF et toute la communauté juive ont basculé du côté du RN. Incroyable retournement des choses! La gauche, et disons-le, toute la bien-pensance de gauche a frôlé l’apoplexie, se voyant ainsi en quelques mots renvoyée dans le camp, auquel sa jeune génération appartient malheureusement désormais, de l’extrémisme raciste.
Les réactions des classes politiques et médiatiques sont nombreuses et marquent cette nouvelle tectonique des partis.
Le débat à droite: l’héritage de Jean-Marie Le Pen
A droite, la question est de savoir que faire désormais de l’héritage de Jean-Marie Lepen. Jordan Bardella a commis la faute politique qu’il ne fallait pas commettre et qui révèle l’inconscient toujours un peu frontiste du RN. Il a défendu le fait que Jean-Marie Le Pen n’aurait pas été antisémite. Cette faute politique est une sorte de négationnisme au carré, M Bardella niant l’antisémitisme d’un Le Pen ayant lui même nié l’importance voir le fait même de la Shoa, de l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale, « point de détail » de cette guerre.
Il ne fait aucun doute pour ma génération qui l’a vécu en direct, que Jean-Marie Le Pen était non seulement un antisémite notoire, mais aussi tout simplement un raciste assumé. On peut le tourner comme on veut, Jean Marie Le Pen était un homme odieux, un salaud. Et cette position n’était pas uniquement celle de Jean-Marie Le Pen, mais bien celle de tout le Front Nationale. Et il a fallu, pour notre malheur à tous, que ce soit le même homme qui soit à la fois le premier lucide sur le caractère difficilement soluble de l’Islam dans la république et d’un racisme crasse, rendant inaudible ce qu’il pouvait y avoir de pertinent dans certaines de ses analyses. L’opinion publique n’a pas la force de trier ainsi le bon grain de l’ivraie dans les arguments. Elle cherche surtout à louer ou condamner les hommes et les femmes.
Jordan Bardella, avec l’aide de Pascal Praud sur Cnews, a rétropédalé sur sa déclaration initiale, mais le mal était fait. Pire si l’on peut dire, Marion Maréchal a déclaré qu’elle n’avait en privé, dans la vie familiale, jamais entendu son oncle tenir le moindre propos antisémite. On a du mal à y croire. Il n’y a finalement que Marine Le Pen qui soit complètement claire dans cette histoire.
Un mot sur Pascal Praud: toujours prompte à dénoncer une gauche qui n’a pas fait l’agiornamiento du communisme et du stalinisme, il considère tout à coup quand on parle de la droite, que le devoir de mémoire historique n’a pas de sens. Bel exemple d’assymétrie. Le devoir de mémoire s’impose à tous. Rappelons d’un seul mot pourquoi: le nazisme est né national socialisme, à gauche du spectre politique. Le positionnement actuel du RN est exactement celui d’un national socialisme. Il déteste le libéralisme, ce qui le rend incompatible avec une certaine idée de la droite.
Que conclure de ce débat? Oui, le RN se normalise et oui également, il devra donner beaucoup d’autres preuves d’amour à la République pour qu’elle l’accepte complètement. Les médias ont rappelé avec justesse la ligne politique internationale très à droite, les amitiés avec les mouvements d’extrême droit autrichien ou avec la Hongrie d’Orban du RN actuel. La normalisation est en cours, elle bascule définitivement avec la manifestation de demain, qui laisse entrevoir un futur score phénoménal du RN à la prochaine présidentielle, mais non, elle n’est pas terminée, et l’on ne peut pas ballayer d’un trait de plume l’histoire de ce parti et de l’extrême droite française.
La diabolisation de LFI
Nous nous sommes déjà largement exprimé sur la question LCI ici: https://foodforthoughts.blog/2023/07/14/melenchon-et-lfi-faux-revolutionnaires-vrais-anarchistes/ . LFI et Mélenchon sont un danger pour la République et l’on ne peut que se satisfaire de voir l’opinion et les autres partis ouvrir enfin les yeux.

Avec ce tweet de son leader maximo, LFI s’est exlcu tout seul d’un arc républicain où une bonne partie de la gauche, à travers la Nupes notamment, essayait vainement de la maintenir.
Plus intéressant est désormais de voir comment la gauche va réagir. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle réagit mal. Notons tout d’abord qu’il y a désormais trois gauches en France. La gauche LFI est la seule clairement identifiable, le reste de la gauche Nupes ne représentant quasiement plus rien. La gauche Renaissance, qui a réussi à se maintenir au pouvoir en désertant sa gauche et en accomplissant le tour de force de ne jamais se remettre en question. C’est sans doute ce confort intellectuel qui explique finalement son ralliement au Président. Et enfin la gauche dépassée, la gauche du passé, de Hollande à Anne Sinclair en passant par Valls et Cazeneuve. Cette dernière gauche reste très présente dans les médias et les institutions. Elle a encore un réel pouvoir d’opinion au niveau de la société civile. C’est elle qui a le plus à perdre dans cette histoire, pour être restée aveugle et étanche à cette double transformation des extrêmes. Elle n’a pas voulu voir la menance Mélenchon, à l’exception de François Hollande, et a laissé la dérive extrême gauchiste et raciste contaminer ses troupes (comme le montre les hallucinantes prises de position de l’AFP, qui refuse de considérer le Hamas comme une organisation terroriste, ou encore le silence d’Amnesty international). Elle n’a pas non plus voulu voir la normalisation du RN, et a trop longtemps caché son immobilisme sur l’immigration et ses conséquences derrière ses belles valeurs de tolérance et de respect.
Panique présidentielle
Emmanuel Macron avait jusqu’ici plutôt réussi à ne pas trop dévier de sa ligne, condamnant et soutenant alternativement Israël et Palestiniens , dans un jeu d’équilibriste ayant pour résultat lénifiant de brouiller complètemet son message. Mais lors d’une interview à la BBC, le Président a complètement dérapé, reprenant en grande partie les propos de LFI.

Pourquoi? Il ne sait évidemment rien des morts. Il oublie et c’est loin d’être anecdoctique, le rôle éventuel du Hamas dans la séquestration de sa propre population, alors qu’il est avéré que le Hamas a sciemment utilisé tous les lieux les plus symboliquement pacifiques pour les transformer en casernes militaires, et principalement les hopitaux et les écoles.
Ce message du Président, dans la tradition douteuse des interventions via l’étranger ou les médias étrangers, s’adresse avant tout aux français et à leur classe politique. Son but est de refuser ce nouveau Front Républicain et de refaire pencher la balance vers la gauche. M Macron refuse de voir Mme Le Pen gagner l’élection présidentielle et fait tout pour, quitte à s’assoir sur le drame en Israël, ce qui est une faute politique et morale, pour protéger son parti, son positionnement et pouvoir désigner lui-même son successeur. Il a d’ailleurs refusé de se rendre à la manifestation. Ce n’est pas ainsi qu’il réussira, bien au contraire, à contrer l’événement politique le plus important de ces 40 dernières années.
Il n’y a pas que le vote, les élections ou les référundums qui permettent aux citoyens de s’exprimer et à la politique d’un pays de changer de direction. Souvent d’ailleurs, ces modes de consultation nous divisent, forçant chacun à se démarquer pour attirer les électeur. C’est aussi dans la rue que les principales valeurs sont réaffirmées et défendues.