L’amour selon Spinoza

21 février 2019

Spinoza place la béatitude humaine, le salut de l’homme et la meilleure vie possible, dans l’amour de Dieu.

Dieu est tout. Il est la substance, c’est-à-dire la matière, ou encore la totalité du réel. Dieu est parfait, car il est cause de lui-même. Nous, petite partie de la réalité et de la matière, sommes imparfaits. Il s’en faut de beaucoup que nous soyons parfaits, puisque nous ne sommes presque en rien cause de nous-mêmes. Partout des causes extérieures nous déterminent : naissance, disposition du corps, famille, pays, culture, etc.

Dans la philosophie de Spinoza, rigoureusement mécaniste et dépendante de la cause efficiente, la liberté n’existe pas. Seul celui qui est cause de lui-même est libre. Or seul Dieu est cause de lui-même. Notre unique manière d’accéder à l’éternité et à la plus grande joie possible est donc dans cet amour de Dieu, cette « joie causée par l’idée d’une cause extérieure ».

Plus la cause qui provoque la joie est parfaite, plus la joie est dite parfaite. Mais qu’est-ce que la perfection? Spinoza a connu une vie de malheurs. Il a été chassé de la communauté juive. Il a perdu rapidement son père, sa mère, mais aussi ses frères et sœurs. Les affaires familiales dont il a hérité ont fait faillite. La dame de son cœur, l’amour de sa vie, a finalement épousé un autre homme. Tuberculeux depuis l’âge de 15 ans. Spinoza a connu presque toutes les difficultés possibles, du corps, du cœur, de la famille, du métier, de la communauté. N’ayant pas eu d’enfant, il n’aura pas connu la douleur de les perdre. Nous comprenons aisément pourquoi il lui était si important de trouver dans la vie une source de plaisir pure, indépendante de toute contingence. Cette source, éternelle et parfaite, c’est Dieu.

Comme Dieu est le tout, et seul parfait, chacune des parties de la réalité est une partie de Dieu, et est imparfaite prise en elle-même. Elle ne peut retrouver sa perfection que considérée dans la totalité, dans son rapport à l’intégralité de l’Etre. Considérer ce rapport, c’est pour Spinoza, penser selon l’éternité. Chacun d’entre-nous est imparfait, isolé, désuni du tout dont il provient.

Il est chimérique de penser pouvoir nous rendre plus parfait. Nous sommes entièrement déterminés par notre nature. Mais ce que nous pouvons faire, c’est méditer sur notre rapport au divin. Nous sommes une partie de Dieu, comme tous les autres êtres et toute le reste de la nature. En cela, par notre lien au divin, nous sommes reliés à toute la création. La joie est dans la pensée de l’union. La tristesse est dans la pensée de la désunion, de la séparation, de l’abandon.

Inutile de nous flageller sur nos propres défauts, personne, ni rien, n’est parfait. C’est la prise de conscience de notre place dans l’univers qui va nous ouvrir à la seule liberté possible. Non pas celle du choix purement indéterminé, qui n’a de toute manière pas de sens puisque que tout est déterminé par la cause et l’effet. Ni celle d’un choix déterminé par la raison seule, impossible chez Spinoza, puisque nous ne pouvons échapper à la cause efficiente. Même la raison est faillible et faible. La conscience n’est que le reflet du corps.

Mais la liberté de reconnaître nos limites, notre finitude, notre imperfection en tant que nous nous considérons nous-mêmes, cette liberté est possible. Et en même temps, notre réalité immortelle, ou la part immortelle de notre réalité, d’être partie de Dieu, de sa totalité.

En aimant Dieu, nous nous aimons nous-mêmes, qui sommes une partie de Dieu, et toute la création avec nous.

Cette connaissance qui permet de remonter à Dieu et d’y trouver la plus grande joie, est l’intuition, la connaissance du troisième genre, qui dépasse la raison calculante ou conceptuelle pour nous ouvrir un espace de réconciliation et de lien avec tout, dans un système holistique. L’intuition intellectuelle est la pensée de l’unité, de l’union, et de la réunion avec Dieu et ainsi de la Joie. C’est pourquoi on l’appelle communément amour de Dieu, de la totalité de l’être.

Nous voyons bien tout le plaisir de la consolation spinoziste. Nous ne sommes pas comme chez Descartes, face à notre Ego, et pourvu d’une volonté parfaite. Nous ne nous martyrisons pas nous-mêmes, incapables que nous sommes d’être à la hauteur de notre propre raison et de notre idéal de liberté. Avec Spinoza, nous pouvons être heureux dans notre imperfection elle-même, puisque celle-ci n’est rien comparée à notre place à la droite de Dieu.

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